Bitcoin et épargne : Portrait robot des Français qui investissent
Des investisseurs plus diversifiés que leur réputation. Dans une étude publiée le 21 octobre, BPCE L’Observatoire examine la place des cryptoactifs dans l’épargne des Français. Le portrait dépasse celui du spéculateur attiré uniquement par les gains rapides : les détenteurs possèdent plus souvent des placements traditionnels, citent d’abord la diversification et effectuent généralement peu d’opérations. Mais la confiance reste fragile, avec 17 % des détenteurs déclarant avoir rencontré des difficultés pour récupérer leur investissement.
Points clés
- Selon les enquêtes, entre 5,4 % et 11 % des Français détiennent des cryptoactifs. La BCE situe la France sous la moyenne de la zone euro.
- Parmi les détenteurs, 47 % possèdent aussi des actions ou des obligations, contre 17 % de l’ensemble des Français.
- La diversification motive 52 % des détenteurs actuels, et près de sept sur dix réalisent moins d’une opération par mois.
- Bitcoin et Ethereum dominent les portefeuilles, mais près de la moitié des détenteurs français possèdent moins de 1 000 euros de crypto-actifs.
- BPCE prévoit 51,2 milliards d’euros de placements financiers en 2026, un montant gonflé par un reclassement comptable de 10 milliards.
Épargne des Français : BPCE prévoit moins de placements en 2026
L’étude inscrit les comportements d’épargne dans un contexte économique dégradé. BPCE révise sa prévision de croissance française à 0,4 % en 2026, contre 1 % auparavant, et son estimation d’inflation à 2,2 %, contre 1,6 %. Les économistes invoquent la prolongation du conflit au Moyen-Orient et la hausse de la prime de risque sur la dette française.
Selon leur modèle, ce nouveau scénario réduit les placements financiers attendus de 19,7 milliards d’euros par rapport aux hypothèses de début d’année. La contraction du pouvoir d’achat explique l’essentiel de l’écart, à hauteur de 15,2 milliards. La remontée des taux et la moindre distribution de crédits immobiliers contribuent respectivement pour 2,4 et 2,1 milliards.
La collecte annuelle atteindrait ainsi 51,2 milliards d’euros, mais ce chiffre comprend un effet comptable important. En avril, un reclassement de comptes a artificiellement augmenté les dépôts à vue de 10 milliards d’euros. Sans cet effet, le total ressortirait autour de 41,2 milliards.
Les arbitrages restent favorables à l’assurance-vie, pour laquelle BPCE attend 54 milliards d’euros de collecte nette. Les placements à échéance, qui comprennent les comptes à terme, attireraient 14,5 milliards. À l’inverse, l’épargne-logement enregistrerait 29 milliards de sorties nettes et les livrets réglementés 7,6 milliards.
Le Livret A affiche déjà 4,2 milliards d’euros de décollecte sur les huit premiers mois, contre 3,1 milliards de collecte sur la période comparable de 2025. Selon BPCE, la hausse de son taux au 1ᵉʳ août peut ralentir les retraits sans rendre le bilan annuel positif. Les comptes à terme retrouvent également de l’attrait et concurrencent notamment les fonds en euros de l’assurance-vie.
Dans son scénario, BPCE envisage pour février 2027 un Livret A à 2,60 %, un LEP à 3,10 % et un CEL à 1,75 %. Il s’agit de projections, pas de taux annoncés. Ces évolutions ne démontrent pas, par ailleurs, que l’argent retiré des livrets finance des achats de cryptomonnaies. Car oui, c’est bien le sujet qui nous intéresse aujourd’hui.

Crypto en France : Une détention minoritaire et des montants très dispersés
Combien de Français possèdent des cryptoactifs ? Les résultats varient selon les enquêtes : 5,4 % pour BPCE L’Observatoire, contre 11 % pour l’Adan. Ces chiffres proviennent de baromètres distincts et ne constituent pas les bornes d’une même estimation statistique.
BPCE évoque plusieurs explications possibles : taille des échantillons, sous-déclaration et dates de réalisation. Le groupe souligne néanmoins que les études recensées indiquent une progression de la détention au fil des années.
L’enquête de la Banque centrale européenne offre une comparaison internationale : 7,3 % des Français détiennent des cryptoactifs, contre 10,6 % dans la zone euro. Le Portugal affiche le taux le plus élevé cité dans l’étude, à 18,3 %, tandis que l’Italie se situe à 6,6 %. Les hommes, les jeunes et les ménages aux revenus élevés sont davantage représentés parmi les détenteurs.
Les montants restent très inégaux. 48 % des détenteurs français possèdent moins de 1 000 euros, tandis que seulement 4 % détiennent au moins 50 000 euros. La moyenne atteint pourtant environ 9 000 euros par détenteur, contre 9 200 euros dans la zone euro. Elle ne décrit donc pas le portefeuille de la majorité des répondants.
Bitcoin domine les actifs détenus, avec 68 % des détenteurs, devant Ethereum, à 36 %. Ces proportions peuvent se cumuler puisqu’un investisseur peut posséder les deux. Pour 59 % des détenteurs interrogés, l’entrée dans cette classe d’actifs remonte à moins de deux ans.

Diversification et opérations limitées : Un profil loin du trading permanent
Le résultat le plus instructif concerne le reste du patrimoine. Les détenteurs de cryptoactifs possèdent plus fréquemment des actions ou des obligations : 47 %, contre 17 % de l’ensemble des Français. Il s’agit d’un écart de taux de détention, et non de montants investis presque trois fois supérieurs.
La même différence apparaît pour l’assurance-vie en unités de compte, détenue par 32 % contre 15 %, ainsi que pour l’épargne salariale ou les plans d’épargne retraite, à 41 % contre 22 %. Les placements atypiques concernent également davantage les détenteurs de crypto : 25 %, contre 3 %.
Ces résultats dessinent des portefeuilles plus variés. Ils ne suffisent pas à mesurer les compétences financières des personnes interrogées, mais montrent que les cryptomonnaies s’ajoutent souvent à des produits classiques.
Les motivations vont dans ce sens. La diversification arrive en tête, à 41 % dans les réponses présentées, devant les rendements élevés, à 34 %, et le retour rapide sur investissement, à 27 %. Chez les détenteurs actuels, la diversification atteint même 52 %.
L’activité reste par ailleurs modérée pour beaucoup d’investisseurs. Les deux tiers ont effectué au moins un achat ou une vente au cours des douze derniers mois, mais près de sept sur dix réalisent moins d’une opération mensuelle. La détention de cryptoactifs ne se confond donc pas avec une pratique intensive du trading.
Enfin, 16 % des Français détiennent déjà des cryptoactifs ou envisagent d’en acquérir, soit deux points de plus qu’en novembre 2024. L’or rassemble 28 % d’investisseurs actuels ou potentiels, en hausse de six points. Ces intentions signalent un intérêt, sans garantir un passage à l’achat.

Confiance, plateformes et euro numérique : Les banques ont une carte à jouer
Le principal obstacle à l’investissement reste le manque de confiance, cité à 55 %, devant la méconnaissance, à 40 %, et la volatilité, à 22 %. Cette dernière préoccupation atteint 34 % chez les anciens détenteurs. Enfin, les difficultés d’accès aux fonds comptent aussi puisque 17 % des détenteurs déclarent avoir eu du mal à récupérer leur investissement.
Pour choisir une plateforme, les répondants privilégient la disponibilité de l’argent, à 47 %, la conformité, à 45 %, la confiance dans l’acteur, à 43 %, puis les frais, à 42 %. Selon BPCE, 89 % des transactions passent par des plateformes spécialisées, tandis que les banques interviennent dans 31 % des parcours d’investissement. Ces deux indicateurs ne mesurent pas la même chose et ne s’additionnent pas.
Les établissements traditionnels disposent néanmoins d’un avantage potentiel : 36 % des Français déclarent faire davantage confiance à une plateforme bancaire pour gérer ces actifs.
La perception de la réglementation évolue également. Seuls 31 % des répondants associent désormais les cryptoactifs à un secteur « non réglementé », soit onze points de moins qu’en 2023. 55 % des détenteurs connaissent l’existence de MiCA, contre 28 % des futurs détenteurs.
L’euro numérique reste moins connu : 30 % des Français en ont entendu parler, contre 69 % des détenteurs de cryptoactifs. Parmi les Français qui expriment un avis, 40 % considèrent sa création comme une bonne chose. L’adhésion atteint 66 % chez les détenteurs actuels.
L’étude décrit ainsi une adoption encore minoritaire, mais intégrée à des pratiques d’épargne plus larges. Les détenteurs recherchent de la diversification et des rendements, tout en accordant une place importante à la disponibilité des fonds et à la fiabilité des intermédiaires. La confiance demeure un critère central, quel que soit le support d’investissement.