Bitcoin et dette française : l’OAT à 10 ans touche 5 %, une première depuis 2002
Vingt-quatre ans en arrière. Le rendement de l’OAT 10 ans a touché 5 % ce mercredi 21 octobre en fin de matinée. L’État n’avait plus payé ce prix sur sa dette française depuis juillet 2002. La veille, l’OAT avait clôturé à 4,93 % et le CAC 40 avait lâché 1,1 %, banques en tête. Le bitcoin, lui, gagne 2,8 % sur la journée à 74 500 euros. Avant de crier au refuge, regardez d’où il vient.
- Le rendement de l’obligation française à 10 ans a atteint 5 %, un niveau jamais vu depuis 2002, ce qui suscite des inquiétudes sur la dette française.
- Le bitcoin a connu une hausse de 2,8 %, mais les capitaux évitent cette cryptomonnaie en raison d’une nouvelle taxe sur les stablecoins prévue pour 2027.
OAT 10 ans à 5 % : la dette française payée au prix de 2002
À 15h30, l’OAT 10 ans se traite à 4,97 % d’après TradingView, après avoir franchi le seuil vers midi. Le Bund allemand de même échéance est à 3,40 %. L’écart entre les deux, le fameux spread, dépasse donc 156 points de base. Lundi soir, il était à 147 points, déjà un niveau plus vu depuis 2012. Le 30 ans français est à 5,53 %.

Reuters parle d’un « seuil psychologique ». Les raisons n’ont pas changé depuis une semaine. Le vote des recettes du budget 2027, prévu mardi à l’Assemblée, a été repoussé sans nouvelle date. Il reste 2 828 amendements à examiner. Moody’s rend vendredi soir, après la clôture, sa décision sur la note Aa3 de la France. Elle est sous perspective négative depuis un an. Et l’Agence France Trésor doit lever 340 milliards d’euros l’an prochain, à un taux désormais supérieur à celui de l’Italie.
Pour un ménage, 5 % sur dix ans ressemble à un crédit immobilier de 2008. Pour une dette française qui atteint 3 595 milliards d’euros, chaque dixième de point de plus sur les nouvelles émissions se compte en centaines de millions d’intérêts annuels. Ils s’ajoutent aux 59,3 milliards déjà prévus pour 2026.
Bitcoin à 74 500 euros : refuge en théorie, spectateur en pratique
Sur le papier, c’est le scénario rêvé des maximalistes. Une dette française payée au prix de 2002, une monnaie unique à 1,1230 dollar, et un actif à offre fixe qui grimpe le même jour. Le bitcoin cote 83 700 dollars à 15h30, soit 74 500 euros, en hausse de 2,8 % sur vingt-quatre heures.
Sauf que le calendrier ne colle pas. Le 2 octobre, quand les CDS français bondissaient de 40 % en une semaine, le bitcoin valait 86 000 dollars. Le 5 octobre, pendant que l’euro tombait au plus bas depuis 17 mois, il était à 85 800 dollars. Trois semaines de stress sur la dette française plus tard, il est 2 300 dollars plus bas. Le rebond du jour le ramène simplement en haut de sa fourchette de la semaine, entre 79 800 et 83 800 dollars. Les capitaux qui fuient l’OAT 10 ans vont vers le Bund et le dollar, pas vers Bitcoin.
Le budget 2027 taxe aussi la sortie vers les stablecoins
Il y a une autre raison, plus française, de ne pas confondre bitcoin et bouclier. Le budget 2027 qui affole l’OAT 10 ans est aussi celui qui contient l’amendement Sansu, adopté le 16 octobre par 38 voix contre 37. Dès le 1er janvier 2027, il soumet à la flat tax de 31,4 % toute conversion de cryptomonnaie en stablecoin. L’exit tax sur les plus-values crypto et la déclaration des wallets auto-conservés attendent encore leur tour en séance. L’épargnant qui sort de l’euro par la crypto paiera donc le budget qui fait grimper l’OAT 10 ans.
La prochaine étape est connue : Moody’s vendredi 23 octobre après la clôture. Viendra ensuite le vote d’ensemble du budget en première lecture, fixé au 17 novembre, avec ou sans taxe sur les stablecoins. D’ici là, le marché a déjà voté. À 5 % sur l’OAT 10 ans, la France emprunte plus cher que l’Italie, dont le BTP se traitait à 4,55 % lundi.