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Stablecoins : La faille à 6 600 milliards de $ qui affole les banques

Tout l’enjeu dans un seul adverbe. L’Office of the Comptroller of the Currency a publié mercredi sa règle finale d’application du GENIUS Act sur les stablecoins. Mais il en a retiré la disposition que les banques attendaient le plus. Le texte entre en vigueur le 18 janvier 2027.

L’American Bankers Association a réagi dans la journée. Son président, Rob Nichols, conteste ce revirement de l’OCC sur les rendements.

Les points clés de cet article :
  • L’Office of the Comptroller of the Currency a publié la règle finale du GENIUS Act, omettant une disposition cruciale pour les banques.
  • Les banques craignent une fuite massive de dépôts en raison de la décision de l’OCC, estimée à 6 600 milliards de dollars.

Stablecoins : la loi interdit, l’adverbe autorise

La section 4(a)(11) du GENIUS Act interdit à un émetteur de stablecoin de paiement de verser un intérêt ou un rendement au détenteur. L’interdiction vaut en espèces, en jetons ou sous toute autre forme, mais uniquement au titre de la détention du jeton. Tout est dans cet adverbe. Ainsi, un versement motivé, même en partie, par autre chose que la simple détention sort du champ de l’interdiction. De même, un versement effectué par un tiers plutôt que par l’émetteur échappe à la lettre du texte.

En mars, l’OCC avait voulu refermer la brèche. Son projet de règle ajoutait alors une présomption réfragable de violation. Elle jouait dès qu’un émetteur s’entendait avec un affilié ou un tiers lié pour rémunérer les porteurs. Or la définition du tiers lié était assez large pour attraper les plateformes d’échange et les fournisseurs de portefeuilles. Était visée toute personne proposant de verser un rendement aux détenteurs à titre de service.

La présomption a sauté. Le régulateur l’a jugée inadaptée à ce stade du marché. Il examinera donc les montages au cas par cas, sans publier le moindre exemple. Une future réglementation viendra quand il aura accumulé de l’expérience de supervision, sans échéance annoncée. Il refuse par ailleurs de présumer conformes les programmes de récompenses antérieurs à la loi, d’après son bulletin. En attendant, les programmes continuent de tourner. PayPal verse 4 % sur son PYUSD, Coinbase One 3,75 % sur l’USDC et l’offre Kraken+ jusqu’à 4,5 % sur l’USDG.

ProgrammeStablecoinRécompense annoncée
Kraken+USDGjusqu’à 4,5 %
PayPalPYUSD4 %
Coinbase OneUSDC3,75 %

Taux en vigueur au 21 octobre 2026. Source : CoinDesk.

Les banques chiffrent la fuite des dépôts à 6 600 milliards de dollars

Rob Nichols, le président de l’American Bankers Association, n’a pas mâché ses mots mercredi. Selon lui, la règle finale abandonne les garde-fous que l’OCC avait lui-même proposés contre les montages indirects. Ceux-ci passent par des affiliés, des plateformes ou des partenaires de distribution. Ces lacunes « risquent de saper la distinction que le Congrès a tracée entre les stablecoins de paiement et les dépôts bancaires traditionnels ». Sa phrase la plus dure vise la promesse de réglementation ultérieure. Pour lui, « vouloir traiter la fuite des dépôts et les dommages économiques après qu’ils se sont produits est la mauvaise approche ». L’ABA promet donc de revenir devant les régulateurs et les législateurs.

Le Bank Policy Institute a tenu le même discours par la voix de Paige Pidano Paridon. Pour elle, la suppression de la présomption « remplace la clarté par l’ambiguïté ». Les lobbies bancaires brandissent aussi une estimation du comité consultatif du Trésor sur l’emprunt. Elle chiffre à 6 600 milliards de dollars les dépôts susceptibles de quitter le système bancaire. L’association des banques communautaires y ajoute enfin sa propre projection. Selon elle, ses membres prêteraient au moins 850 milliards de dollars de moins dans les années à venir.

Du côté du régulateur, Jonathan Gould promet « un cadre clair et praticable pour l’innovation en matière de stablecoins de paiement ». Scott Bessent, secrétaire au Trésor, voit dans le GENIUS Act « un tournant dans la finance américaine ». Selon lui, la loi installe un peu plus les États-Unis comme « capitale mondiale de la crypto ».

Il ne reste plus que les tribunaux aux banques américaines

L’industrie crypto, elle, n’a pas boudé son plaisir. Dante Disparte, chez Circle, « salue les règles finales de l’OCC appliquant le GENIUS Act ». Faryar Shirzad, responsable des politiques publiques de Coinbase, a résumé la chose sur X : « il y a beaucoup à aimer ». Pour la Blockchain Association, supprimer la présomption rapproche la réglementation de la lettre votée par le Congrès. En Bourse mercredi, Circle a pris environ 6 % et Coinbase plus de 4 %.

Les banques ont perdu deux fois en deux mois. D’abord, les amendements qui devaient refermer la faille ont coulé avec le Clarity Act. Le Sénat l’a recalé en septembre par 49 voix contre 50, les républicains restant divisés sur les rendements. Puis la présomption de l’OCC a disparu de la version finale. Chez TD Cowen, Jaret Seiberg y voit un point négatif et pose le calendrier réel. Selon lui, « jusqu’à ce que les tribunaux tranchent, il y aura une ambiguïté sur ce qui est permis et ce qui est interdit ». L’association des banques communautaires avait d’ailleurs déjà attaqué l’OCC en justice début octobre. Elle conteste les agréments de national trust bank accordés aux acteurs crypto.

Le 18 janvier 2027 est aussi la date d’entrée en vigueur du GENIUS Act lui-même. Or plusieurs textes d’application manquent encore à l’appel. L’OCC a laissé de côté le volet blanchiment et sanctions. Il fera l’objet d’une réglementation séparée, coordonnée avec le Trésor. La FDIC et la Fed n’ont pas fini non plus. Enfin, la bataille sur les rendements se rejouera devant un juge plutôt qu’au Congrès.

Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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