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Euro numérique : les négociations entrent dans la dernière ligne droite avant le 5 novembre

Cinq trilogues, et toujours pas de monnaie. Depuis le 13 juillet, Parlement européen, Conseil et Commission négocient à huis clos le règlement qui donnera naissance à l’euro numérique. Le cinquième round s’est tenu le 20 octobre, les techniciens ont planché les 27 et 28 octobre sur l’usage hors zone euro, et le prochain rendez-vous politique est fixé au jeudi 5 novembre. Il se tiendra dans un contexte nouveau : Christine Lagarde, qui a porté le projet depuis Francfort, a annoncé le 29 octobre qu’elle quitterait la présidence de la BCE le 7 février 2027. L’objectif affiché est de boucler le texte avant la fin de l’année pour une première émission en 2029.

L’euro numérique est la réponse de Francfort aux stablecoins en dollar.

Points clés

  • Le cinquième trilogue politique du 20 octobre a porté sur les paiements hors ligne, l’anti-blanchiment des petites sommes et le modèle économique de long terme
  • Christine Lagarde quittera la présidence de la BCE le 7 février 2027, neuf mois avant la fin de son mandat, et son successeur sera nommé par le Conseil européen
  • Un sixième round est programmé le 5 novembre, avec l’ambition d’un accord politique avant fin 2026
  • Le plafond de détention, la détention par les entreprises et la rémunération des banques divisent toujours Parlement et Conseil
  • La BCE vise une émission en 2029 et pilote dès 2027 avec 36 banques et prestataires de paiement
  • Le chiffre de 3 000 euros n’est écrit nulle part dans le texte, il reste une hypothèse de travail de Francfort

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Où en sont les négociations sur l’euro numérique

Un trilogue, c’est la salle d’arrière-boutique de la législation européenne. Les négociateurs du Parlement, de la présidence du Conseil (irlandaise depuis juillet) et de la Commission y rapprochent deux textes votés séparément. Le Conseil a arrêté son mandat le 19 décembre 2025 sous présidence danoise, le Parlement a adopté sa position le 9 juillet 2026. Depuis, cinq réunions politiques.

Le 8 octobre, d’après le compte rendu d’Agence Europe, les positions se sont encore rapprochées sur le statut de cours légal. Les commerçants devront accepter l’euro numérique, reste à écrire la liste des exceptions. Le volet espèces avance aussi, avec l’interdiction d’exclure unilatéralement le cash et des sanctions pour ceux qui le feraient.

Le 20 octobre, le menu portait sur le plafond des paiements hors ligne, les contrôles anti-blanchiment des petites sommes et le financement de l’infrastructure sur la durée. Les experts ont enchaîné le 21 sur les données personnelles, puis les 27 et 28 octobre sur l’usage de l’euro numérique hors de la zone euro.

Le prochain trilogue politique est fixé au 5 novembre. La Commission veut une loi finalisée avant le 31 décembre, conformément à sa feuille de route « One Europe, One Market ».

Plafond de détention et rémunération des banques divisent toujours

Premier nœud, le plafond. Vous ne pourrez pas stocker une fortune en euros numériques, tout le monde est d’accord là-dessus, pour éviter que les dépôts ne fuient des banques vers la BCE. Reste à désigner qui fixe le chiffre. Le Parlement veut que la Commission le décide par acte délégué. Le Conseil réclame une décision d’exécution des États membres à la majorité qualifiée renforcée, détaille le cabinet Freshfields. Le montant de 3 000 euros qui circule depuis 2023 vient des travaux préparatoires de Francfort, comme nous l’expliquions dès l’annonce des 3 000 euros de la BCE. Rien n’est gravé dans le texte.

Deuxième nœud, les entreprises. Le Parlement veut une quasi-interdiction de détention pour les personnes morales, inscrite dans le règlement. Le Conseil préfère laisser la main à la BCE, qui pourrait fixer un plafond à zéro. Pour une PME, la différence est réelle. Encaisser des euros numériques sans pouvoir les garder cinq minutes, ou ne pas en voir du tout.

Troisième nœud, l’argent des banques. Distribuer l’euro numérique leur coûtera entre 4 et 5,8 milliards d’euros, selon l’estimation de la BCE. Un modèle de compensation transitoire est prévu. Le Parlement accepte qu’il dure indéfiniment, le Conseil veut qu’il s’arrête « après dix ans au plus tard ». Les petites et micro-entreprises, elles, pourraient être exemptées de l’obligation d’accepter la monnaie, si le Parlement obtient gain de cause.

Reste le hors ligne. Le principe est acquis, un portefeuille sur téléphone qui fonctionne sans réseau et sans que la banque centrale voie la transaction, mais ni le plafond par opération ni les seuils anti-blanchiment ne sont chiffrés dans les comptes rendus.

Euro numérique contre stablecoins et le vrai calendrier de 2029

Pendant que Bruxelles négocie, Francfort construit. Le Conseil des gouverneurs a basculé en octobre 2025 vers la phase suivante du projet, le rulebook version 0.91 est sorti en juillet, et un pilote grandeur nature démarre au second semestre 2027 avec 36 banques et prestataires de paiement. Le 15 septembre, la BCE a lancé un appel aux commerçants en ligne et mobiles pour y participer. La formule officielle tient en une ligne, être prête pour « une première émission potentielle de l’euro numérique en 2029 », à condition que la loi soit votée en 2026.

Ce calendrier se déroulera sans celle qui l’a lancé. Christine Lagarde a informé jeudi 29 octobre le Conseil des gouverneurs et le président du Conseil européen, António Costa, qu’elle quitterait la BCE le 7 février 2027, près de neuf mois avant la fin de son mandat prévue fin octobre 2027. Aucun motif officiel n’a été avancé. Son successeur sera nommé par le Conseil européen, ce qui laisse à Emmanuel Macron la possibilité de peser sur le choix avant la présidentielle du printemps. Le pilote de 2027 et la première émission visée pour 2029 se feront donc sous une autre présidence, avec un nouveau visage pour défendre le projet face aux États et au Parlement.

Mettons les choses au clair pour le lecteur habitué aux stablecoins. L’euro numérique ne sera pas un token sur une blockchain publique et ne rapportera aucun intérêt. Il ne sera pas non plus programmable au sens d’un smart contract. C’est un billet dématérialisé émis par la banque centrale, distribué par votre banque, plafonné et gratuit pour les particuliers. La BCE le dit elle-même, il s’agit de contrer les stablecoins en dollar, qui pèsent plus de 300 milliards de dollars et que 63 % des grandes entreprises sondées par DBS utilisent ou comptent adopter, d’après une enquête publiée ce 28 octobre.

En 2029, Tether aura quinze ans d’avance commerciale. Pour le reste de la finance tokenisée, la BCE avance plus vite. Pontes règle depuis le 21 septembre les transactions sur registres distribués en monnaie de banque centrale, et Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, a promis le 21 octobre le blueprint d’Appia d’ici 2028, dans la continuité des trois projets que nous détaillions en septembre.

Le 5 novembre, les négociateurs remettront le plafond et la rémunération des banques sur la table. S’ils tiennent la date de fin d’année, le règlement sera publié en 2027, l’année même où les 36 prestataires du pilote commenceront leurs tests, et deux ans avant que vous ne la voyiez sur votre téléphone.

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Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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