Krach IA en Chine : 2 400 milliards de dollars évaporés depuis mai, Bitcoin tient ses 80 000 $
Dégonflage en mandarin. Les détenteurs de bitcoin surveillent depuis des mois la bulle de l’intelligence artificielle comme le premier risque pour leur portefeuille. Or la première fuite d’air ne vient pas du Nasdaq. En effet, les actions de Chine continentale ont perdu environ 2 400 milliards de dollars de capitalisation depuis mai. C’est le décompte publié mardi 27 octobre par Decrypt. La dernière fois que la Chine a ébranlé les semi-conducteurs, Bitcoin avait décroché dans la foulée.
Pourtant, cette fois, le BTC encaisse. Il flottait autour de 80 900 dollars à 7 heures ce mercredi selon CoinGecko et attend la Fed ce soir.
Points clés
- Le STAR 50 de Shanghai a effacé près de 480 milliards de dollars en moins de quatre mois. Le CSI 300 est entré en bear market le 22 octobre
- Les valeurs liées à l’IA pèsent 42 % de la capitalisation chinoise et 57 % des volumes d’après Goldman Sachs
- Le fabricant de robots Unitree a divisé son cours par deux depuis une introduction sursouscrite 8 000 fois en août
- La même nuit, Wall Street a applaudi 63 milliards de dollars de financement Broadcom pour les puces d’Anthropic
- Les tokens IA ont déjà perdu 41 % depuis mars. Bitcoin a glissé sous 80 000 dollars lundi avant de se reprendre
Bourse chinoise en chute de 40 % sur le STAR 50 et 480 milliards envolés
Commencez par Shanghai. Le STAR 50 regroupe les cinquante plus grosses valeurs technologiques de la place. Or il a perdu 40 % en moins de quatre mois. Près de 480 milliards de dollars sont donc partis en fumée sur ce seul panier.

L’indice reste pourtant cher. Il se paie encore une centaine de fois les bénéfices de ses sociétés. Au sommet de l’euphorie, c’était près de 250 fois. En comparaison, le Nasdaq 100 tourne autour de 30.
Le reste du marché a ensuite suivi. Le CSI 300 regroupe les grandes capitalisations de Shanghai et Shenzhen. Il est entré en bear market le 22 octobre, avec plus de 20 % de recul depuis son pic. D’après Goldman Sachs, les sociétés liées à l’IA pèsent 42 % de la valeur boursière des actions chinoises, continent et Hong Kong compris. Elles représentent aussi 57 % des échanges.
Le gérant pékinois Dong Baozhen résume la séquence dans l’article de Decrypt : « Le marché a fini par se transformer en un bull run spéculatif et fou. Et maintenant, nous voyons la bulle éclater. »
Unitree fabrique des robots humanoïdes. Lors de son introduction en août, les particuliers avaient demandé 8 000 fois le nombre d’actions proposées. Depuis, le titre a presque perdu la moitié de sa valeur. Zhongji Innolight et Eoptolink câblent les data centers avec leurs modules optiques. Les deux spécialistes ont chuté d’environ 60 % depuis leurs sommets. Entre-temps, Washington prépare l’exclusion des composants optiques chinois de ses propres data centers.
Pendant que Shanghai dégonfle, Wall Street emprunte pour gonfler
Le contraste de la nuit mérite le détour. Au moment où Decrypt publiait son décompte, le Nasdaq saluait un financement de 63 milliards de dollars monté par Broadcom. Il doit servir à louer des équipements d’IA à Anthropic. Le marché applaudissait aussi une augmentation de capital de 25 milliards de Meta, sursouscrite cinq fois. Nebius a gagné plus de 11 %, CoreWeave près de 8 % et AMD plus de 5 %. Les chiffres viennent du rapport quotidien de KuCoin du 28 octobre.
Même pari, financement différent. En Chine, les particuliers ont payé Unitree avec leur épargne. En revanche, les géants américains paient leurs data centers avec de la dette.
La Banque des règlements internationaux a sorti sa calculette le même jour. Dans son Bulletin n° 140 daté du 27 octobre, elle chiffre les dépenses des cinq premiers hyperscalers américains. Elle attend plus de 800 milliards de dollars d’investissements en 2026. Cela représente 2,5 % du PIB des États-Unis. Ces cinq groupes ont aussi déjà émis 222 milliards de dollars d’obligations à fin septembre. De son côté, Moody’s compte 1 200 milliards de dollars d’engagements de location de data centers. Parmi eux, 820 milliards concernent des sites pas encore sortis de terre.
Vous voyez donc le problème. Si le doute qui a vidé Shanghai traverse le Pacifique, il ne frappera pas des actions payées cash par des particuliers. Il touchera plutôt des montages obligataires, que la BRI chiffre elle-même entre 75 et 100 milliards de dollars hors bilan.
Bitcoin et tokens IA face à la bulle chinoise qui se dégonfle
Bitcoin n’a pas attendu la Chine pour trembler. Il a brièvement glissé sous 80 000 dollars lundi. Ce jour-là, le Brent dépassait 111 dollars et le rendement américain à dix ans frôlait 5 %. Or un baril cher et une dette chère assèchent l’appétit pour tout actif risqué. Cela vaut à Shanghai comme sur une blockchain.
Les tokens IA ont d’ailleurs pris les devants sur la baisse. Nous relevions qu’ils avaient perdu 41 % depuis mars, bien avant que le STAR 50 ne craque. Le compartiment crypto se vendait comme le carburant des agents autonomes. Il a pourtant corrigé avant les actions censées fabriquer ces agents.
L’Asie donne le ton depuis plusieurs semaines. Goldman Sachs a taillé de 25 % son objectif sur le Kospi coréen. Par ailleurs, la Bourse de Séoul a multiplié les suspensions de cotation ces derniers mois. Bitcoin était alors retombé à 63 500 dollars dans la foulée du crash coréen.
Mais le BTC tient mieux cette fois. À 80 900 dollars ce mercredi matin, il reste au-dessus de sa moyenne mobile à 50 semaines. C’est le seuil que Galaxy Digital surveille pour valider la fin du bear market. Après tout, un marché chinois largement fermé aux capitaux étrangers déplace moins d’argent qu’un Nasdaq qui vacille.
La Fed rend sa décision ce mercredi à 19 heures, heure de Paris. Neuf traders sur dix attendent un maintien des taux entre 3,75 et 4 %. Si Kevin Warsh signale une hausse en décembre, les valeurs américaines de l’IA les plus endettées trinqueront d’abord. Ce sont celles que la BRI pointe du doigt. Bitcoin suivrait alors. Nous écrivions déjà que la bulle de l’IA se dégonflerait plutôt que d’exploser. Shanghai vient donc d’en fournir la première démonstration grandeur nature.