Stablecoins et dépôts tokenisés : 88 % des grandes entreprises ont déjà sauté le pas
Changement de monnaie à la trésorerie. 88 % des 422 dirigeants financiers de groupes pesant plus de 500 millions de dollars de chiffre d’affaires déploient ou pilotent déjà de la monnaie tokenisée, selon une enquête publiée ce mercredi 28 octobre par la banque singapourienne DBS. Les stablecoins arrivent en tête des instruments utilisés devant les dépôts bancaires tokenisés et les fonds monétaires sur blockchain. L’Assemblée nationale votait une taxe sur les conversions en stablecoins au moment où les directions financières d’Asie et d’Amérique en faisaient un outil de gestion courant.
Points clés
- Près de neuf grands groupes sur dix ont au moins un pilote de monnaie tokenisée en cours
- Les jetons indexés sur une devise devancent les dépôts tokenisés et les fonds monétaires sur blockchain
- Traçabilité et paiements transfrontaliers instantanés sont les deux gains attendus sous deux ans
- Aucune entreprise française dans l’échantillon, l’Europe se résume à l’Allemagne et au Royaume-Uni
- Le renminbi gagne du terrain comme devise de règlement, y compris chez les Britanniques
Stablecoins en tête des réponses de 422 trésoriers
L’étude, baptisée « The Great Rewiring: Money in a new order », a été menée par EY pour DBS en juin et juillet 2026 dans onze pays. Allemagne (49 répondants), Royaume-Uni (41), Chine (39), Indonésie (39) et Australie (37) forment le gros de l’échantillon, complété par Hong Kong, l’Inde, Singapour, la Corée du Sud, Taïwan et les États-Unis. La moitié des sondés siège au comité exécutif, l’autre moitié juste en dessous.
88 % des entreprises déploient ou pilotent déjà la monnaie tokenisée, et environ deux tiers l’utilisent déjà à l’échelle ou sur certains sites, d’après le rapport de DBS. Seules 2 % n’envisagent aucune devise de règlement supplémentaire.
Côté instruments, les stablecoins recueillent 63 % des réponses. Les dépôts tokenisés suivent à 53 % et les fonds monétaires tokenisés à 52 %.
Les bénéfices attendus sous deux ans relèvent de la plomberie financière plutôt que du pari. 72 % des répondants attendent une meilleure traçabilité des flux, 71 % des paiements transfrontaliers en temps réel, 66 % de meilleurs contrôles internes et 65 % une liquidité mieux pilotée.
Lim Soon Chong, patron des services de transaction de DBS, résume l’avantage des stablecoins d’une phrase : ils offrent « une meilleure fongibilité entre les intermédiaires de paiement, pas seulement entre les banques ». Autrement dit, un USDC passe d’un prestataire à l’autre sans attendre que deux banques se réconcilient.
Trois monnaies tokenisées qui ne se valent pas
Les trois instruments de l’enquête se ressemblent à l’écran et diffèrent sur le papier. Le stablecoin est émis par une société privée, Tether ou Circle, qui garde en réserve des bons du Trésor et du cash pour garantir la parité. Vous détenez une créance sur l’émetteur, pas un dépôt bancaire garanti. L’USDT et l’USDC pèsent l’essentiel d’un marché d’environ 304 milliards de dollars selon Galaxy Research, en hausse de 129 % depuis début 2024.
Le dépôt tokenisé est tout autre chose. C’est votre compte en banque, inscrit sur une blockchain. JPMorgan a lancé son JPMD sur Base. Le jeton reste un passif de la banque, avec la garantie des dépôts et la supervision qui vont avec, mais il ne circule qu’entre clients autorisés.
Le fonds monétaire tokenisé, enfin, est une part de fonds qui rapporte un rendement, comme le MONY de JPMorgan sur Ethereum. Les trésoriers s’en servent pour parquer du cash qui travaille, puis le convertissent en stablecoin le jour où il faut payer un fournisseur à Jakarta.
Les entreprises interrogées veulent que leur banque orchestre tout cela. 64 % réclament un point d’intégration unique et 63 % un accompagnement pour leurs pilotes. Pour DBS, qui commande l’étude, les banques doivent devenir le guichet de la monnaie tokenisée sous peine de voir leurs clients partir chez un émetteur de stablecoins.
L’Europe absente du tableau et le renminbi qui s’invite
La France ne figure pas dans l’enquête. L’Europe y tient par l’Allemagne et le Royaume-Uni, soit 90 répondants sur 422. Le reste du monde avance sans attendre le Vieux Continent, où la dépendance aux stablecoins en dollar inquiète la BCE et où les dépôts tokenisés en euro restent des projets de laboratoire.
Washington a choisi son camp. Le 26 octobre, l’OCC, le régulateur des banques nationales américaines, a appelé les banques communautaires à entrer sur le marché des paiements en stablecoins, quelques jours après avoir finalisé les règles d’application du GENIUS Act, qui entrent en vigueur en janvier 2027. Scott Bessent, le secrétaire au Trésor, rappelait mardi à Ripple Swell que plus de 90 % des stablecoins sont adossés au dollar.
L’enquête de DBS glisse pourtant un caillou dans la chaussure américaine. 78 % des entreprises ont déjà diversifié leurs devises de règlement, et le renminbi progresse comme monnaie de commerce. Plus de la moitié des répondants britanniques et australiens envisagent de l’utiliser d’ici un à deux ans. « Les autorités chinoises poussent clairement l’internationalisation du renminbi, nous nous attendons donc à ce que cela augmente », commente Lim Soon Chong.
Parmi les groupes interrogés, 55 % ont une exposition sélective à plusieurs devises et 23 % règlent déjà des échanges hors des monnaies de réserve.
Côté français, la taxation des conversions vers des stablecoins votée le 16 octobre attend toujours le vote des recettes du budget 2027. Les 422 trésoriers de l’enquête DBS, eux, ont déjà passé leurs écritures, et Wall Street tokenise ses propres dépôts pour ne pas les voir filer.