Netanyahou veut esquiver les sanctions grâce à la crypto, la Banque d’Israël dit non
Un plan B en bitcoin, à quatre jours des urnes. Benyamin Netanyahou veut préparer Israël à d’éventuelles sanctions bancaires en s’appuyant sur la crypto et la blockchain. Satoshi Nakamoto l’écrivait pourtant dès 2008 dans le livre blanc de Bitcoin : toutes les transactions doivent être « annoncées publiquement ».
La Banque d’Israël a recadré le Premier ministre dès le lendemain. Elle n’a aucun pouvoir de blocage sur ce projet, et Netanyahou a déjà fait savoir qu’il ferait ce qu’il juge bon. Le modèle qu’il invoque est surtout celui de la Russie et de l’Iran, qui contournent leurs sanctions à coups de stablecoins.
Points clés
- Vendredi, le Premier ministre israélien a cité crypto et blockchain parmi les parades à des sanctions bancaires.
- La banque centrale répond que les cryptomonnaies ne permettent pas d’échapper aux sanctions.
- L’institution ne peut rien interdire et renvoie la décision au gouvernement.
- L’opposition moque une « vision BibiCoin » avant le scrutin du 27 octobre.
Netanyahou et son plan crypto sorti d’un plateau télé
Tout part d’une interview accordée vendredi 23 octobre à Channel 10, la chaîne économique israélienne. Netanyahou y prévient qu’Israël pourrait subir des sanctions bancaires.
Interrogé sur la crypto et la blockchain, il confirme que ces pistes font partie des options. Il affirme aussi avoir demandé à ses conseillers de préparer un plan.
Le Royaume-Uni et onze autres pays occidentaux ont récemment annoncé des sanctions visant les produits des colonies de Cisjordanie. Des économistes israéliens craignent que l’onde de choc dépasse largement les implantations.
Ce plan, personne ne semble l’avoir vu. Selon le quotidien Ynet, les ministères économiques ignoraient tout d’une telle initiative. Des cadres du cabinet du Premier ministre ne connaissaient aucune équipe chargée du dossier.
La Banque d’Israël refuse de servir de caution crypto
Samedi 24 octobre, la banque centrale publie un communiqué d’une franchise rare. « Les cryptomonnaies ne peuvent pas servir de voie de contournement des sanctions », écrit l’institution, citée par The Times of Israel.
La bonne stratégie, selon elle, consiste à préserver les liens avec les principaux partenaires commerciaux du pays. Il faut empêcher les sanctions plutôt que chercher à les esquiver. Le dossier « relève de la responsabilité de l’échelon politique », conclut le texte.
Refus formel ? Non. La banque centrale n’a aucun droit de veto sur ce genre de choix.
Netanyahou l’a bien compris. « J’entends les objections et j’en tiens compte. Je remercie la Banque d’Israël pour ses conseils. J’écoute, mais je fais ce que je pense juste », a-t-il répondu le soir même sur Channel 14.
Le monde économique n’est pas plus tendre. Plus de cent économistes, chefs d’entreprise et anciens hauts responsables réunis dans le Forum des économistes jugent la proposition « déroutante ». Selon The Jewish Chronicle, ils y voient une « solution bizarre » qui ne sera « d’aucune aide ».
Contourner des sanctions en crypto sur une blockchain qui balance tout
Le problème est d’abord technique. Une transaction Bitcoin ou Ethereum reste gravée pour toujours dans un registre public, consultable par n’importe qui.
Des sociétés d’analyse on-chain comme Chainalysis passent leurs journées à relier ces adresses à des entités bien réelles. Tether, l’émetteur de l’USDT, gèle de son côté régulièrement des adresses visées par les sanctions américaines.
Avigdor Lieberman, chef du parti Israel Beytenou, l’a rappelé sur X. « Les transactions sur les blockchains sont traçables, et aujourd’hui déjà, les pays et les autorités savent identifier et bloquer l’activité des wallets liés à des entités sanctionnées », écrit-il.
Changer de moyen de paiement « ne transforme pas une transaction interdite en transaction autorisée », tranche Tomer Sharoni. Le patron de la société de renseignement crypto Adresable s’exprimait dans Ynet.
Gadi Eisenkot, chef du parti Yashar et favori des sondages, raille une « vision BibiCoin » qu’il qualifie de « menace pour la sécurité nationale ». Il demande comment Google pourrait racheter une start-up israélienne s’il devait contourner les banques internationales et payer en crypto.
Lieberman relève enfin un paradoxe. Président de la sous-commission high-tech de la Knesset, il accuse Netanyahou d’avoir lui-même freiné l’encadrement de la crypto en Israël. Les Israéliens votent ce mardi 27 octobre, et les derniers sondages ne donnent la majorité à aucun bloc. En matière de contournement par la crypto, le précédent le plus proche s’appelle l’Iran, accusé d’avoir fait transiter 3,8 milliards de dollars par l’exchange CoinEx.