Retraits limités à 60 € par jour : un scénario à la grecque est-il possible en France ?
7 Français sur 10 redoutent que l’État restreigne l’accès à leur épargne en cas de crise majeure. Cette crainte a un précédent dans la zone euro : en 2015, la Grèce a fermé ses banques pendant 3 semaines et plafonné les retraits à 60 euros par jour. En 2026, la France emprunte à près de 5 % et sa dette dépasse 119 % du PIB. Ce qui a conduit Athènes à fermer ses guichets éclaire ce que risquent les comptes des Français.

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60 euros par jour et des files de retraités devant les banques
Le lundi 29 juin 2015, les Grecs se sont réveillés avec des banques fermées. Un décret publié dans la nuit instaurait un « congé bancaire » jusqu’au 6 juillet.
Aux distributeurs, les retraits étaient plafonnés à 60 euros par carte et par jour. Les cartes ne servaient plus qu’à payer en Grèce, et les virements vers l’étranger devaient être autorisés par une commission administrative.
Beaucoup de retraités n’avaient pas de carte bancaire. Le 1er juillet, près de 1 000 agences ont rouvert pour eux seuls, avec un retrait autorisé de 120 euros. Les files se sont formées dès l’aube. « J’ai travaillé 50 ans en mer, et me voilà mendiant pour 120 euros », a lancé l’un d’eux à Athènes.
Les banques ont rouvert le 20 juillet, après 3 semaines de fermeture. Le plafond est passé à 60 euros par jour et par banque, cumulables jusqu’à 420 euros par semaine. Les dernières restrictions, notamment sur les transferts vers l’étranger, n’ont été levées que le 1er septembre 2019. Soit plus de 4 ans plus tard.

42 milliards d’euros sortis des banques en 8 mois
Entre décembre 2014 et juillet 2015, 42 milliards d’euros de dépôts ont quitté les banques grecques, selon la Banque de Grèce. Les négociations entre le gouvernement Tsipras et ses créanciers s’enlisaient, et les épargnants retiraient leur argent mois après mois. En juin, 7,7 milliards sont encore sortis.
Pour faire face à ces retraits, les banques grecques vivaient d’une aide d’urgence en liquidités, versée par la Banque de Grèce sous le contrôle de la BCE. Le 27 juin, le gouvernement a annoncé un référendum sur les propositions des créanciers. Le lendemain, la BCE a maintenu le plafond de cette aide à son niveau du 26 juin, sans le relever.
Le 6 juillet, elle a durci ses conditions. Elle a expliqué que les garanties apportées par les banques pour obtenir cette aide étaient en grande partie des actifs liés à l’État grec, dont la situation financière pesait sur leur valeur.
Les retraits avaient vidé les banques, et leurs garanties dépendaient d’un État en crise. Quand l’aide d’urgence a cessé d’augmenter, le gouvernement grec a fermé les guichets pour arrêter l’hémorragie.
119 % de dette, 16 % de fonds propres : où en est la France
Fin juin, la dette publique française atteignait 119,1 % du PIB selon Eurostat. La 3e de l’Union derrière la Grèce et l’Italie. Ironie du calendrier, la dette grecque recule : 140,8 % du PIB, 11 points de moins qu’un an plus tôt, quand la française en gagnait près de 4.

Le 21 octobre, le taux d’emprunt de l’État à 10 ans a touché 5 %, une première depuis 2002. Les agences de notation menacent de dégrader la note du pays, et le budget 2027 peine à franchir l’Assemblée.
Les banques françaises abordent pourtant la tempête avec des réserves solides. Fin 2025, leurs fonds propres de meilleure qualité représentaient en moyenne 16,2 % de leurs actifs pondérés des risques, selon l’ACPR, le superviseur bancaire. Leur ratio de liquidité à court terme atteignait 144 %. Ce ratio mesure les liquidités disponibles pour encaisser un mois de retraits en période de crise, et le minimum réglementaire est de 100 %.
Les Français n’ont pas non plus perdu confiance dans leurs banques. 74 % déclarent leur faire confiance, un record selon le baromètre annuel du fonds de garantie des dépôts (FGDR), publié en juillet dernier. Ce chiffre ne contredit pas le sondage réalisé en juin par OpinionWay : on peut se fier à sa banque et redouter une décision politique en cas de crise majeure.
La France, enfin, n’a pas besoin de créanciers européens pour boucler ses fins de mois. Elle continue de placer sa dette sur les marchés, à un prix plus élevé.
2 jours, 7 jours, 6 mois : ce que prévoit le droit
Les outils prévus par le droit visent d’abord une banque en difficulté. Si une banque est en faillite ou sur le point de l’être, l’autorité de résolution peut suspendre ses paiements pendant 2 jours ouvrables au plus, le temps de décider de son sort. Cette suspension peut toucher les dépôts, y compris ceux couverts par la garantie, après un examen attentif.
Si la banque fait faillite, le FGDR rembourse jusqu’à 100 000 euros par client et par banque, sous 7 jours ouvrables. Ce jour-là, les clients perdent l’accès à leurs comptes. Le FGDR leur conseille d’avoir un compte ouvert dans un autre établissement, pour recevoir l’indemnisation et continuer à payer leurs factures.
Sur l’assurance-vie, la loi Sapin 2 permet de limiter temporairement les retraits, pendant 6 mois au plus, si la stabilité financière est menacée. Ce pouvoir n’a jamais servi.
Aucun de ces outils ne prévoit de bloquer les comptes bancaires de tout un pays. Le droit européen interdit en principe les restrictions aux mouvements de capitaux, avec des exceptions encadrées, dont Chypre en 2013 et la Grèce en 2015 ont fait usage. Une fermeture générale à la grecque supposerait une crise d’une autre ampleur, avec des retraits massifs et des banques coupées de leurs financements. Nous n’en sommes pas encore là.
En 2015, les cartes étrangères échappaient au plafond
Un détail du décret grec de juin 2015 en dit long : les retraits avec une carte émise hors de Grèce n’étaient pas plafonnés. Un touriste pouvait retirer ce qu’il voulait au distributeur, pendant que les clients des banques grecques attendaient leurs 60 euros.
Face à une crise, l’accès à son argent dépend des chemins dont on dispose pour le retirer ou le déplacer. Un deuxième compte dans une autre banque en ajoute un, comme le recommande le FGDR. Un compte ouvert dans un autre pays européen en ajoute un autre, à déclarer au fisc.
La crypto ajoute un chemin d’une autre nature. Dans un wallet en self-custody, des stablecoins indexés sur l’euro ou le dollar se transfèrent à toute heure, sans passer par l’application de sa banque. Le retour en euros passe, lui, par une plateforme ou une banque, avec ses délais.
Sur un protocole de prêt en DeFi, l’épargnant peut prêter ses stablecoins à des emprunteurs contre rémunération. Les intérêts qu’ils paient peuvent dépasser de loin ceux de l’épargne réglementée. La garde des clés et le choix des protocoles s’apprennent, car une erreur ne se rattrape pas.
Un chemin de plus pour son épargne, sans apprendre seul
Les épargnants qui préparent leur patrimoine à une crise multiplient les chemins. Ils ouvrent un deuxième compte dans une autre banque, et une partie d’entre eux place une poche en stablecoins sur des protocoles DeFi. Sur ces marchés, le résultat dépend surtout du choix des protocoles et de la répartition du capital entre eux. Avec un capital déjà conséquent, l’improvisation peut coûter cher.
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Un scénario à la grecque supposerait des retraits massifs et des banques à court de liquidités, 2 conditions que les chiffres ne montrent pas en France aujourd’hui. En 2015, ceux qui retiraient avec une carte émise hors de Grèce échappaient au plafond de 60 euros.