Guerre en Iran : le pétrole baisse (baril de Brent), mais pas le gazole français
Décrue du baril, mirage à la pompe. Nous expliquions la semaine dernière pourquoi la flambée des prix à la pompe ne s’arrêterait pas de sitôt. Une accumulation de fronts géopolitiques la nourrissait. Depuis, le baril a entamé une décrue nette. Le gazole français continue de battre des records l’un après l’autre. Les deux courbes ne se croisent pas encore, et il y a une explication à ce décalage.
- Le litre de gazole en France a atteint un record de 2,41 euros malgré une baisse récente des prix du baril de pétrole.
- Le décalage entre la baisse du prix du baril et les prix à la pompe s’explique par un délai de transmission sur les marchés pétroliers.
2,41 euros le litre, un record en pleine crise
Le litre de gazole s’établissait dimanche à 2,4097 euros en moyenne en France, d’après une analyse de l’AFP relayée par franceinfo. Ce chiffre repose sur les prix affichés par plus de 8 700 stations-service recensées sur le site prix-carburants.gouv.fr du ministère de l’Économie. Ce seuil s’ajoute à une série ininterrompue de records depuis le 11 septembre. Il a battu le précédent record vendredi, à 2,39 euros. Le gouvernement devait se réunir lundi pour statuer sur une éventuelle aide ou la prolongation des dispositifs déjà en place.
Cette flambée ne sort pas de nulle part. Les rebelles houthis ont revendiqué à la mi-septembre de nouvelles frappes contre l’oléoduc est-ouest de l’Arabie saoudite, mis à l’arrêt depuis. Un arrêt de production en Libye aggravait la panne au même moment. Le Brent a dépassé les 107 dollars le baril quelques jours plus tard. Il affichait une hausse de près de 20 % sur le seul mois de septembre.
Ormuz s’entrouvre, le pétrole plonge
Sauf que la mécanique s’est enrayée dès lundi. Les États-Unis ont annulé de manière inattendue des frappes prévues contre les Houthis au Yémen, un premier signal de désescalade qui a immédiatement pesé sur les cours. Mardi, le mouvement s’est amplifié : un haut responsable iranien a indiqué à l’agence Reuters que Téhéran pourrait rouvrir le détroit d’Ormuz sous sept jours si Washington allège sa pression militaire et lève le blocus visant ses ports. La délégation iranienne présente à l’Assemblée générale de l’ONU à New York disposerait d’ailleurs d’une pleine autorité pour relancer les discussions. Cette proposition a déjà été transmise via des médiateurs le 16 septembre.
Conséquence immédiate sur les cours : le Brent recule mardi vers 97-98 dollars le baril (soit 2 à 3 % de moins que la veille), pendant que le WTI oscille entre 89 et 93 dollars selon les flux. C’est une franche décrue par rapport à son plus haut de septembre. Deux fronts sur trois qui s’apaisent en quarante-huit heures, ce n’est pas rien. Reste un troisième front, toujours actif en mer Rouge, qui n’a pour l’instant connu aucune accalmie comparable.
Pourquoi la pompe n’a pas encore senti le vent tourner
Un baril qui recule de plusieurs dollars en deux jours et un gazole qui vient tout juste de battre un record : le grand écart n’a rien d’incohérent. Le prix à la pompe suit le baril avec un décalage de plusieurs jours, parfois plusieurs semaines.
Entre le moment où le pétrole brut est acheté sur les marchés, raffiné, distribué puis affiché en station, il s’écoule un temps de transmission que la moyenne calculée par le ministère de l’Économie ne fait que refléter avec retard. Les économistes de l’énergie ont même un nom pour l’asymétrie du phénomène : les prix à la pompe montent comme une fusée quand le baril s’envole, et retombent comme une plume quand il recule. Autrement dit, il faudra sans doute patienter avant que la décrue amorcée cette semaine ne se voie sur le ticket de caisse.
Une baisse du baril qui ne promet rien
Rien ne garantit non plus que la baisse tienne. Une promesse de réouverture « sous sept jours » reste conditionnée à des gestes américains qui n’ont pas encore été pris, et Téhéran a d’ores et déjà prévenu dimanche qu’une reprise des opérations militaires américaines entraînerait une riposte « sans limites ni considération ».
Le bitcoin campe autour de 86 000 dollars mardi au moment d’écrire ces lignes, après avoir touché un plus haut intrajournalier de 87 300 dollars lundi lors du même rebond qui a fait chuter le pétrole. L’or, lui, reste quasi immobile à environ 4 336 dollars l’once. Chaque signal envoyé depuis le détroit d’Ormuz se répercute en quelques heures sur le cours de Bitcoin presque aussi vite que sur celui du baril, qu’il soit de bon ou de mauvais augure. Cette fenêtre diplomatique n’a pour l’instant tenu que quarante-huit heures, une paille au regard de la longue liste de faux espoirs qu’a déjà produite cette crise.