Stablecoin : Citi, Goldman Sachs et 19 autres géants financiers s’unissent pour lancer leur dollar
L’Union sacrée. En mai 2025, les grandes banques américaines discutaient encore en coulisses d’un stablecoin commun, sans dépasser le stade des pourparlers préliminaires. Seize mois plus tard, l’idée a pris du muscle. Le 1er septembre, vingt-et-une institutions financières internationales, parmi lesquelles Citi, Goldman Sachs, Bank of America et Wells Fargo, ont officialisé la création d’une entreprise commune dédiée à l’émission d’un stablecoin (une cryptomonnaie dont la valeur reste arrimée à une monnaie classique, ici le dollar) adossé au billet vert. Objectif affiché : un lancement commercial au premier semestre 2027.
- Le 1er septembre, vingt-et-une institutions financières mondiales ont officiellement créé une entreprise commune pour émettre un stablecoin adossé au dollar, visant un lancement commercial au premier semestre 2027.
- Le projet ambitie à se conformer aux réglementations GENIUS Act et MiCA, tout en ciblant des usages variés tels que les paiements transfrontaliers et le règlement d’actifs numériques.
De 10 banques exploratrices à 21 poids lourds, le consortium change de dimension
Tout est parti d’octobre 2025, quand dix banques d’importance systémique mondiale (des établissements dont la chute menacerait tout le système financier, désignées G-SIB) avaient entamé une phase exploratoire commune. Huit d’entre elles sont toujours là aujourd’hui. Il s’agit de Santander, Bank of America, Citi, Deutsche Bank, Goldman Sachs, MUFG, TD Bank et UBS, la vieille garde du projet.
Treize nouveaux venus rejoignent donc le navire, parmi lesquels BBVA, Wells Fargo, Crédit Agricole, Lloyds, Scotiabank et Standard Bank, portant à 18 le nombre total de banques membres et à 17 celui des G-SIB. La nouvelle entité doit être formellement créée au second semestre 2026, sous réserve des conditions de clôture habituelles à ce genre de montage. Un an, presque jour pour jour, entre la première poignée de main et le passage à l’acte.
Fidelity et WisdomTree, la surprise venue des gestionnaires d’actifs
Deux noms détonnent dans cette liste de banquiers en costume trois pièces. Fidelity Investments et WisdomTree, deux gestionnaires d’actifs américains, émettent déjà chacun leur propre stablecoin.
En effet, Fidelity a lancé le sien, FIDD, en janvier via sa société de fiducie nationale agréée au niveau fédéral. WisdomTree fait tourner l’USDW sous une charte de fiducie new-yorkaise.
Rejoint également le consortium Sirius International Holding, filiale d’un conglomérat d’Abou Dabi. Leur présence en dit long. Même des émetteurs déjà installés jugent qu’aucun stablecoin isolé, aussi solide soit-il, ne pèsera assez lourd seul face aux effets de réseau de Tether et Circle.
GENIUS Act et MiCA, un stablecoin taillé pour cocher toutes les cases réglementaires
Le calendrier reste précis. Dollar d’abord, avec un lancement commercial visé au premier semestre 2027. Puis extension progressive à d’autres devises du G7, l’euro en tête de liste. Les usages ciblés couvrent les marchés de gros, institutionnels et particuliers, avec en ligne de mire les paiements transfrontaliers et le règlement de crypto-actifs, selon le communiqué officiel du consortium. Le projet ambitionne une conformité au GENIUS Act américain et au règlement européen MiCA, chacun selon sa juridiction. Un chantier réglementaire à deux vitesses, mais pas insurmontable, vu que les grandes banques ont justement l’habitude de jongler avec plusieurs cadres à la fois d’un pays à l’autre. Face à elles, un marché des stablecoins qui pèse environ 290 milliards de dollars, dont près de 89 % captés à eux seuls par l’USDT de Tether et l’USDC de Circle. Autant dire que la place est chère, et que la vraie bataille commence à peine.
Vingt-et-une signatures ne garantissent pas un lancement réussi. Rien n’est gravé dans le marbre tant que l’entreprise commune n’existe pas encore sur le papier. Mais l’ampleur de la coalition, du crédit américain classique aux fiducies d’Abou Dabi en passant par les gestionnaires d’actifs new-yorkais, dessine un mouvement bien plus large que la simple riposte de quelques banques agacées. Wall Street tokenise déjà ses dépôts de son côté, avec JPMorgan et son JPMD en éclaireur. Tether et Circle ont dix-huit mois devant eux pour consolider leur avance, avant que le premier stablecoin porté par 21 poids lourds de la finance mondiale n’entre vraiment en jeu.