Stablecoins : CZ annonce une course mondiale entre les devises
Un stablecoin pour chaque devise. Lors de l’ASEAN Tech Summit organisé à Manille, Changpeng Zhao a estimé que chaque pays aurait, à terme, besoin de son propre stablecoin. Le fondateur de Binance lie cette évolution à la demande de paiements transfrontaliers plus rapides, mais aussi au développement de transactions automatisées par l’intelligence artificielle.
Points clés
- CZ estime à l’ASEAN Tech Summit que chaque pays finira par émettre son propre stablecoin adossé à sa devise nationale
- Le fondateur de Binance conseille déjà le Pakistan et le Kirghizistan, qui a lancé le KGST adossé au som sur BNB Chain
- GENIUS Act aux États-Unis, MiCA en Europe, Stablecoins Ordinance à Hong Kong : les cadres nationaux se multiplient
- La quasi-totalité de la capitalisation des stablecoins reste adossée au dollar, les versions en euro pesant moins de 1 %
CZ mise sur des stablecoins adaptés à chaque économie
Devant les participants de l’ASEAN Tech Summit, CZ a tout d’abord expliqué que le développement de la blockchain dépendait d’abord de la coopération entre entreprises et régulateurs. Les fondateurs doivent, selon lui, faire preuve de transparence et accepter que la construction d’un cadre juridique prenne du temps.
La demande économique pousserait néanmoins les États à accélérer. Les stablecoins permettent de transférer une valeur stable en continu, sans attendre l’ouverture des banques ou le traitement d’un virement international. Ils peuvent également servir aux micropaiements programmés entre logiciels et agents d’intelligence artificielle.
CZ n’affirme pas nécessairement que chaque banque centrale émettra directement un jeton. Un stablecoin national peut provenir d’une entreprise privée agréée et rester adossé à la devise locale. Une monnaie numérique de banque centrale, ou MNBC, constitue un instrument différent, émis et contrôlé par l’institution monétaire.
Son activité de conseiller donne une dimension concrète à cette position. Le gouvernement pakistanais l’ainsi nommé conseiller stratégique de son Crypto Council en avril 2025 et au Kirghizistan, il accompagne les autorités sur les actifs numériques.

Le dollar laisse peu de place aux monnaies nationales
Les gouvernements encadrent progressivement ces instruments. Les États-Unis ont adopté le GENIUS Act en juillet 2025, tandis que l’Union européenne applique MiCA. Hong Kong impose également une licence aux émetteurs depuis l’entrée en vigueur de sa Stablecoins Ordinance.
Cependant, ces cadres nationaux n’ont pas encore réduit la domination américaine. Le marché mondial approche 300 milliards de dollars et plus de 99 % des stablecoins restent libellés en dollars. Toutes les autres devises réunies peinent à atteindre 0,5 % de la capitalisation.
Cette concentration crée un risque de dollarisation numérique pour les économies dont les habitants utilisent l’USDT ou l’USDC plutôt que leur monnaie nationale. Un stablecoin en pesos, en som ou en baht peut préserver l’unité de compte locale, mais il part avec moins de liquidité, moins de plateformes compatibles et moins d’usages commerciaux.
La prédiction de CZ décrit donc autant une question de souveraineté qu’une évolution technique. Pour les États, créer un stablecoin local permet de conserver une place dans les paiements numériques. Derrière cette vision se dessine déjà une concurrence entre monnaies, réseaux et infrastructures réglementées, et la bataille pour la « stablecoinisation » des économies ne fait que commencer.