Guerre en Iran : Washington étend le blocus aux routes terrestres, le pétrole en embuscade
Blocus à sec. Huit mois après le début de la guerre contre l’Iran, l’US Navy verrouille toujours le détroit d’Ormuz. Désormais, le Pentagone s’attaque aussi aux camions et aux cargos de la Caspienne qui ravitaillent Téhéran par la terre. L’annonce tombe quatre jours après des midterms perdues par le camp Trump. Elle coïncide en outre avec un article du Wall Street Journal décrivant une Maison Blanche coupée en deux. Par ailleurs, le baril a bouclé vendredi sa pire semaine depuis mars 2020 dans la foulée des frappes sur l’île de Qeshm.
- La Task Force Iron Gate a été mise en place par le CENTCOM pour renforcer le blocus de l’Iran, ciblant désormais les frontières terrestres et les routes maritimes de la Caspienne.
- La politique américaine concernant la guerre en Iran divise profondément la Maison Blanche, avec des tensions entre ceux qui souhaitent mettre fin au conflit et ceux qui préconisent des actions militaires supplémentaires.
Task Force Iron Gate : le blocus de l’Iran gagne la terre ferme
Le Central Command (CENTCOM) a officialisé samedi 7 novembre la création de la Task Force Iron Gate. Cette cellule réunit une vingtaine de militaires et de civils en Floride. Sa mission consiste d’abord à repérer les armes avancées, les technologies à double usage, les matériels sanctionnés et les flux financiers. Elle doit ensuite les bloquer aux frontières terrestres iraniennes et sur la mer Caspienne. Le Trésor, le département d’État, la Justice et le renseignement y sont associés.
Pourquoi maintenant ? Une enquête de Reuters publiée le même jour chiffre à au moins 2 milliards de dollars les explosifs et les camions lourds importés par Téhéran depuis janvier 2025. L’Iran s’appuie pour cela sur un réseau d’agences militaires parallèles. Les cargaisons arrivent de Russie par la Caspienne et d’Asie centrale par la route. La Chine expédie par avion-cargo. Selon le CENTCOM, le blocus naval de l’Iran a privé Téhéran de plus de 25 milliards de dollars de ventes de brut et dérouté 144 navires à fin octobre. Mais la porte de derrière restait grande ouverte.
L’amiral Brad Cooper, patron du CENTCOM, veut empêcher l’Iran de « financer le terrorisme » et de reconstruire ses usines d’armement. Samedi après-midi, un avion américain a d’ailleurs tiré des munitions de précision sur la poupe du cargo M/V Huda. Ce navire tentait de forcer le blocus dans le golfe d’Oman.
Vance contre les faucons : la guerre en Iran fracture la Maison Blanche
Le Wall Street Journal a décrit samedi un président tiraillé. Le vice-président JD Vance et les alliés du Golfe lui conseillent de mettre fin à la guerre. En revanche, d’autres conseillers plaident pour de nouvelles frappes sur l’Iran. Vance a dégainé le premier. Dès le mercredi 4 novembre, il écrivait sur X que « la raison pour laquelle nous avons perdu, c’est la guerre ». Puis il a défié ceux qui estimeraient que perdre le Sénat pour six ans en valait la peine.
Trump, lui, a promis jeudi une décision « bientôt » et confirmé des « frappes mineures » sur un dispositif antiaérien. Or, selon le renseignement américain cité par Reuters, de nouveaux bombardements ne changeraient ni la position de négociation iranienne ni la solidité du régime. Et le Congrès qui bascule en janvier ne compte pas regarder passer les trains. Chuck Schumer a prévenu dès mercredi que « cette guerre doit prendre fin » en brandissant le pouvoir budgétaire du Congrès. De son côté, le représentant Ro Khanna prépare une résolution coupant les crédits de toute opération de combat en Iran, « comme nous l’avons fait pour le Vietnam ».
Pétrole et bitcoin : les marchés encaissent le blocus de l’Iran et le krach IA
Sur le marché du pétrole, le réflexe a été immédiat, mais dans le sens de la baisse. Le Brent a clôturé vendredi 6 novembre à 98,32 dollars, contre 113,43 dollars une semaine plus tôt. Selon Reuters, ce recul de plus de 13 % signe sa pire semaine depuis mars 2020. Le marché parie en effet sur un accord imposé par un Congrès démocrate. Pourtant, Iron Gate ne rouvre rien. Les flux dans Ormuz tournent toujours sous 60 % de la capacité du détroit. De plus, la proposition nucléaire transmise par Téhéran via le Qatar bute sur l’exigence américaine d’un abandon complet des capacités nucléaires.

Wall Street arrive à ce rendez-vous sonnée. Jeudi 5 novembre, le S&P 500 a perdu plus de 4 %. Près de 3 000 milliards de dollars de capitalisation se sont ainsi évaporés. L’indice des semi-conducteurs a lâché 12 % et AMD 17 %. Motif du décrochage : la crainte qu’un Congrès démocrate freine la construction de centres de données. Enfin, les 165 000 emplois créés en octobre ont porté à près de 80 % la probabilité d’une hausse des taux de la Fed en décembre.
Le bitcoin tient bon face à la guerre en Iran
Le bitcoin bouge à peine dans ce vacarme. Dimanche 8 novembre au matin, il s’échange autour de 75 630 dollars sur CoinMarketCap, en baisse de 0,3 % sur 24 heures. Il cotait 77 000 dollars le 3 novembre au moment des frappes sur Qeshm. Une semaine de krach IA et de paris sur la Fed lui aura coûté moins de 2 %.
Marco Rubio représentera Washington lundi et mardi à Paris à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7. Ensuite, l’inflation américaine d’octobre tombera mardi 10 novembre. Au Capitole, les démocrates qui reprennent le Congrès ont déjà la résolution Khanna sur la table pour couper les crédits des combats en Iran.