MEXC coupé du système financier américain : 16 milliards de dollars de flux illicites
Porte claquée à Washington. Vendredi 6 novembre, le Trésor américain a ordonné aux banques du pays de couper les ponts avec MEXC Global. Les prestataires de paiement sont aussi concernés. Motif : 16,7 milliards de dollars de transactions que FinCEN relie à l’Iran, à la Corée du Nord et à la Russie. L’exchange enregistré aux Seychelles perd ainsi l’accès au dollar, après les sanctions contre le réseau russe A7 en 2025.
- Le Trésor américain a ordonné aux institutions financières de cesser toute transmission de fonds avec MEXC Global, accusée de flux suspects de 16,7 milliards de dollars impliquant l’Iran, la Corée du Nord et la Russie.
- MEXC, classée par le Trésor parmi les vingt premières plateformes mondiales, assure que ses retraits restent ouverts et lance une revue indépendante de ses contrôles anti-blanchiment.
MEXC visé par la section 9714 : ce que dit l’ordre de FinCEN
FinCEN est la cellule anti-blanchiment du Trésor. Mais elle n’a pas sanctionné MEXC au sens classique du terme : aucun gel d’avoirs, aucune liste noire de l’OFAC. Elle a choisi un outil plus discret et plus radical, la section 9714 du Combating Russian Money Laundering Act. Ce texte lui permet de désigner une institution financière étrangère comme « préoccupation majeure en matière de blanchiment ». Encore faut-il qu’elle serve la finance illicite russe. L’ordre entrera en vigueur 30 jours après sa publication au Federal Register. Ensuite, toute institution financière américaine aura interdiction de transmettre des fonds vers MEXC ou depuis MEXC.
L’ordre s’inscrit dans « Economic Outcast », la campagne du Trésor lancée en août contre les réseaux financiers iraniens. Selon FinCEN, 16,7 milliards de dollars de flux suspects sont passés par la plateforme entre mai 2021 et mai 2026. On y trouve du contournement des sanctions iraniennes et russes. Mais aussi des fonds liés aux hackers nord-coréens et à la cybercriminalité. FinCEN avait déjà dégainé la section 9714 contre Bitzlato en janvier 2023, puis contre l’exchange russe PM2BTC en septembre 2024. MEXC est d’une autre taille. Le Trésor la classe parmi les vingt premières plateformes mondiales, avec plus d’un milliard de dollars échangés chaque jour.
Le texte complet de la décision est consultable sur le site du Trésor (communiqué du 6 novembre 2026).
MEXC promet des « opérations normales » mais le dollar s’éloigne
La réaction de l’exchange est arrivée en quelques heures. MEXC assure à The Defiant que ses retraits restent ouverts et que ses services fonctionnent normalement. La plateforme annonce aussi une revue indépendante de ses contrôles anti-blanchiment et sanctions. Enfin, elle rappelle qu’elle n’accepte pas officiellement de clients américains.
Le problème est ailleurs. Un exchange sans licence américaine vit quand même du dollar. Il dépend de comptes de correspondants, de prestataires de paiement et de teneurs de marché basés aux États-Unis. Il dépend surtout des stablecoins émis par des sociétés américaines, comme l’USDC de Circle. Or l’ordre vise justement les institutions financières américaines. Les partenaires de rampe fiat risquent donc de couper les premiers. Puis les market makers exposés au droit américain retireront leur liquidité. Les paires en dollars pourraient ainsi se vider bien avant qu’un seul avoir ne soit gelé.
Et vous, si vous avez des fonds sur MEXC ? L’ordre de FinCEN ne touche pas directement vos cryptos. Il n’oblige pas non plus la plateforme à bloquer quoi que ce soit. En revanche, une plateforme privée d’accès au dollar finit presque toujours par délister des paires ou allonger ses délais de retrait. Certaines juridictions peuvent aussi être fermées. Retirer ce qui n’a pas besoin de rester sur la plateforme reste donc l’option la moins risquée. Inutile de se précipiter pour autant : vérifiez d’abord les frais et les réseaux disponibles.
Garantex et Huione déjà sur la liste noire de fait du Trésor
Avant MEXC, deux précédents. Garantex a d’abord été sanctionné par l’OFAC en avril 2022, puis démantelé en mars 2025. Ensuite, Huione Group a été coupé du système américain en octobre 2025, au titre de la section 311 du Patriot Act. Ce conglomérat cambodgien était accusé de blanchir l’argent des arnaques et des hackers nord-coréens. À chaque fois, on retrouve une plateforme offshore, des volumes énormes et peu de contrôles à l’entrée. Washington y ajoute une part de flux liés aux sanctions jugée intolérable.
Ce qui change cette fois, c’est le calendrier politique. Les démocrates viennent de remporter les deux chambres du Congrès lors des midterms du 3 novembre. Pourtant, l’ordre vient d’une administration Trump qui a largement assoupli la régulation du secteur. Elle montre ainsi qu’elle garde la main lourde sur la finance illicite. Les exchanges qui accueillent des volumes russes ou iraniens sans poser de questions ont donc intérêt à relire vite leurs procédures de connaissance client. Et il en reste.
Le même 6 novembre, FinCEN et la Fed ont aussi enterré leur projet de 2020 qui abaissait à 250 dollars le seuil de la Travel Rule pour les transferts internationaux. Un mois plus tôt, la règle sur les wallets non hébergés avait déjà sauté. Le Trésor lâche ainsi du lest sur les particuliers et serre la vis sur les plateformes.