Le jour où la Chine a interdit les ICO d’un communiqué – Les Folles Histoires Crypto
Deux pages, un secteur entier rayé de la carte en une journée. Dans ce onzième article des Folles Histoires Crypto, on reste sur le sujet du dernier opus de cette sérue, les levées de fonds en cryptomonnaies : on racontait comment une vente de tokens étalée sur 42 jours avait réuni 18 millions de dollars pour financer Ethereum. Trois ans plus tard, cette même mécanique, devenue le mode de financement dominant de la crypto, se fait couper les vivres d’un trait de plume par Pékin.
La banque populaire de Chine déclare l’ICO hors-la-loi
Le 4 septembre 2017, la banque populaire de Chine publie, avec six autres régulateurs, un communiqué de deux pages qui déclare toute levée de fonds par ICO illégale sur le territoire. Le ton ne laisse aucune place au doute : le texte compare ces levées à des schémas pyramidaux et à de la fraude financière. Les porteurs de projets doivent rembourser leurs investisseurs. Les banques n’ont plus le droit d’y toucher, et une liste de 60 plateformes part aussitôt vers les régulateurs locaux, pour inspection.
Le signal était déjà là. Cinq jours plus tôt, l’exchange Yunbi avait suspendu de lui-même le trading de plusieurs tokens. Selon CNBC, qui rapporte le communiqué le jour même, au moins 2,62 milliards de yuans, environ 400 millions de dollars, ont été levés en Chine par ce biais depuis janvier. Les opérateurs chinois paniquent : certains suppriment leurs sites en quelques heures, d’autres tentent de rembourser leurs investisseurs en pleine nuit.
Bitcoin et Ethereum plongent, les exchanges chinois ferment
Le marché encaisse le coup dans l’heure. Le cours de Bitcoin recule de 5 % à 4 376 dollars, Ethereum décroche de plus de 12 %, toujours selon CNBC. NEO et Hshare, deux tokens chinois, perdent chacun plus de 300 millions de dollars de capitalisation d’un coup, rapporte Forbes. BTCC et OKCoin continuent un temps de faire trader l’ether à leurs clients, comme si le texte ne visait que les nouveaux projets. L’illusion ne dure pas.

La suite est brutale. BTCC et ViaBTC annoncent leur fermeture dès la semaine suivante, sommés par les autorités de publier un calendrier avant le 15 septembre à minuit. Huobi et OKCoin résistent un peu plus longtemps, avant de s’engager à leur tour à cesser tout trading en yuans avant le 31 octobre. Le bitcoin, qui frôlait les 5 000 dollars fin août, tombe sous les 3 500 dollars deux semaines plus tard. Plus de 30 % envolés, ether compris.
La Chine referme la porte, jusqu’en 2021
Les autorités ne s’arrêtent pas là. Le 30 septembre, BTCC cesse définitivement ses activités pour ses clients chinois, six ans après sa création à Shanghai. Cinq mois plus tard, en février 2018, Pékin bloque aussi l’accès aux exchanges étrangers, la dernière porte de sortie que les traders locaux utilisaient encore. Beaucoup d’opérateurs ont déjà plié bagage vers Hong Kong ou Tokyo.
Le dossier ne se refermera vraiment qu’en 2021 : la banque populaire de Chine déclare alors illégale toute transaction en cryptomonnaies sur le territoire, minage compris. Les mineurs chinois, qui pèsent encore 46 % du hashrate mondial début 2021, migrent en masse vers le Kazakhstan, les États-Unis et la Russie. Neuf ans après ce premier communiqué, la Chine n’a jamais rouvert la porte.