Ripple : Moody’s attribue au stablecoin RLUSD une note A2, une première revendiquée
« Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. » (Henri Queuille, formule reprise par Charles Pasqua)
Une promesse de dollar sous l’œil de Moody’s. L’agence vient de noter celle de Ripple. Le RLUSD reçoit une note de dépôt A2 à long terme et P-1 à court terme, annoncées mardi 27 octobre. Ripple y voit la première note investment grade attribuée par Moody’s à un stablecoin, au lendemain du feu vert final de l’OCC à sa banque fédérale.
La semaine est faste pour Ripple, qui a aussi placé son RLUSD chez Robinhood. Mais la note ne couvre ni le risque de plateforme ni le gel d’adresse par un régulateur.
Points clés
- Moody’s a noté le dollar numérique de Ripple A2 sur le long terme et P-1 sur le court terme
- La réserve est composée de bons du Trésor et de liquidités, avec un objectif de couverture de 103 %
- L’agence pointe une faiblesse : l’émetteur n’est pas isolé d’une faillite, et les porteurs ne possèdent pas directement les réserves
- Le GENIUS Act doit corriger ce point au plus tard le 18 janvier 2027
- Le RLUSD pèse environ 2,6 milliards de dollars, loin derrière USDT et USDC
Une note A2 pour le RLUSD : ce que Moody’s a regardé
Commençons par le vocabulaire. Une note de dépôt évalue la capacité d’un établissement à rendre leur argent aux déposants. A2 se situe au sixième cran de l’échelle de Moody’s, en zone investment grade, celle des emprunteurs jugés solides. P-1 est la meilleure note possible à court terme. Pour un stablecoin, la question se résume ainsi : si vous rapportez un RLUSD à l’émetteur, ressortez-vous avec un dollar ?
L’émetteur s’appelle Standard Custody & Trust Company, filiale de Ripple placée sous la supervision du régulateur financier de New York (NYDFS). Moody’s a appliqué sa méthodologie dédiée aux stablecoins, publiée en mars 2026.
Le verdict tient dans deux phrases de l’agence. La réserve est « principalement investie dans des actifs du gouvernement américain très liquides et de courte durée, ainsi qu’en liquidités ». Et l’émetteur « vise une couverture de 103 % de la réserve, ce qui dépasse le niveau minimal associé à la note ». Autrement dit, pour 100 dollars de RLUSD en circulation, il y a en principe 103 dollars de bons du Trésor et de cash, conservés chez BNY, un dépositaire lui-même noté Aa1.
Les institutionnels éligibles peuvent racheter leurs jetons au pair sous deux jours ouvrés. Moody’s prévient que la note baisserait si la qualité des réserves se dégradait, si la couverture reculait ou si la capacité de remboursement faiblissait.
La faiblesse que Moody’s n’a pas cachée
Voilà pour la vitrine. Dans l’arrière-boutique, l’agence relève un défaut de structure que Ripple n’a pas mis en avant dans sa communication. Standard Custody n’est pas une entité « bankruptcy-remote », c’est-à-dire isolée juridiquement d’une faillite. Et les porteurs de RLUSD n’ont pas de droit de propriété direct sur les réserves, d’après la note publiée par Moody’s.
Concrètement, si l’émetteur faisait défaut aujourd’hui, les détenteurs de jetons seraient des créanciers parmi d’autres, derrière les créanciers privilégiés et sans priorité sur les bons du Trésor censés les couvrir. Le GENIUS Act, la loi américaine sur les stablecoins, doit changer la donne au plus tard le 18 janvier 2027 en excluant les réserves obligatoires de la masse de faillite d’un émetteur. Nous avions détaillé ce que le texte apporte aux émetteurs au moment de son adoption.
Jack McDonald, responsable des stablecoins chez Ripple, parle d’une « validation massive » et affirme que le RLUSD est le premier stablecoin à décrocher une note investment grade chez Moody’s. L’affirmation vient de Ripple, pas de l’agence, et personne ne l’a vérifiée de façon indépendante à ce stade. S&P utilise une grille distincte depuis décembre 2023, qui classe l’USDC de Circle en « strong » et l’USDT de Tether en « weak » depuis novembre 2025, sans qu’il s’agisse de notes de crédit au sens classique.
Un stablecoin de 2,6 milliards face aux géants
Le RLUSD existe depuis décembre 2024 sur Ethereum et le XRP Ledger. Sa capitalisation tourne autour de 2,6 milliards de dollars selon CoinGecko au moment où nous écrivons, mercredi 28 octobre. L’USDT de Tether, premier du marché, pèse plus de 70 fois plus. La note Moody’s ne change rien à cet écart, mais elle donne à Ripple un argument que ses concurrents n’ont pas pour démarcher trésoriers d’entreprise et banques.
En trois jours, Ripple a aligné pour ces clients la banque fédérale, la distribution chez Robinhood et une signature d’agence de notation, pendant que Scott Bessent vantait les stablecoins à sa conférence Swell. Le XRP, lui, évolue autour de 1,31 dollar, en baisse de 0,7 % sur 24 heures.
Reste la limite que la note elle-même pose. Moody’s évalue la probabilité que Ripple rembourse ses dollars, pas le risque qu’une plateforme perde vos jetons, ni celui qu’un régulateur gèle une adresse. Jusqu’au 18 janvier 2027 au plus tard, un porteur de RLUSD reste un créancier ordinaire de Standard Custody, et c’est écrit noir sur blanc dans la note qui lui vaut son A2.