ETP Zcash de CoinShares : Euronext Paris le suspend puis le rétablit le jour de sa cotation
Premier jour, premier coup d’arrêt. CoinShares lançait ce mercredi 28 octobre son ETP Zcash sur Euronext Paris, le jour même où le réseau fête ses dix ans. La Bourse l’a bloqué dès l’ouverture, puis l’a laissé coter à midi.
Le ZEC n’y est pour rien. Le souci venait de la tuyauterie qui, après chaque achat en Bourse, fait arriver les titres sur votre compte.
Points clés
- CoinShares a lancé le ZCSH, un produit coté adossé à 100 % à des ZEC, avec 1,50 % de frais par an
- Euronext a suspendu sa cotation à 9 heures, sans donner de raison
- Selon son porte-parole, l’organisme chargé de livrer les titres n’était pas prêt
- Les échanges ont repris à midi, trois heures plus tard
- Deux ETP Zcash sont désormais cotés à Paris, celui de CoinShares et celui de 21Shares
Un ETP Zcash suspendu puis rétabli sur Euronext Paris
Le communiqué de CoinShares, daté de Jersey, ne laissait rien présager. Le ZCSH y est décrit comme « 100 % adossé physiquement à du ZEC », coté en euros sur Euronext Paris à partir du 28 octobre, pour 1,50 % de frais de gestion par an. Le patron du groupe, Jean-Marie Mognetti, misait tout sur la simplicité. « ZCSH est cette voie d’accès au ZEC. Un titre, un code, sur une Bourse que les investisseurs utilisent déjà. »
Un ETP (pour exchange-traded product) fonctionne comme une action qui suivrait le cours du ZEC. Vous l’achetez depuis votre compte-titres, sans portefeuille crypto ni clé privée à gérer. L’émetteur, lui, garde les ZEC correspondants en lieu sûr. C’est le même principe que les ETP Bitcoin que BoursoBank a ouverts à ses clients l’an dernier.
Mercredi à 9 heures, Euronext a suspendu le ZCSH « jusqu’à nouvel ordre », sans la moindre explication. C’est Cointelegraph qui a sorti l’affaire et obtenu le fin mot de l’histoire auprès du porte-parole de la Bourse, Flavio Bornancin-Tomasella. Le titre resterait gelé tant que le dépositaire central ne pourrait pas assurer « les opérations de règlement standard ». En clair, l’organisme chargé de livrer les titres aux acheteurs n’était pas prêt.
Le blocage n’a pas duré. Un second avis d’Euronext a autorisé la reprise des échanges à midi. En fin d’après-midi, la fiche du ZCSH affichait des offres d’achat autour de 6,85 euros. CoinShares n’avait pas répondu à Cointelegraph, et personne n’a expliqué ce qui avait été débloqué entre-temps.

Pourquoi Euronext a gelé un titre pourtant bien réel
Quand vous achetez une action, votre courtier affiche la ligne dans la seconde. Pourtant, rien n’a encore changé de mains. L’échange réel (les titres d’un côté, l’argent de l’autre) se fait deux jours ouvrés plus tard. Les professionnels appellent ça le règlement-livraison.
Un acteur discret orchestre l’opération : le dépositaire central. Il tient le grand registre de qui possède quoi. À Paris, ce rôle revient à Euroclear France, même si Euronext ne l’a pas nommé. Tout titre coté doit y être inscrit avec son numéro d’identification (le code ISIN) et un circuit de livraison prêt à fonctionner.
C’est probablement là que le ZCSH a calé. Son code ISIN commence par GB, comme ceux des autres produits que CoinShares émet depuis Jersey. Les titres doivent donc passer par un dépositaire étranger avant d’atterrir sur les comptes français. Si ce pont n’était pas prêt à l’ouverture, les achats passés à Paris ne pouvaient pas aboutir. Vous auriez payé un titre que personne n’était en mesure de vous livrer.
La suspension protégeait donc d’abord les acheteurs. Mieux vaut un titre qui ne cote pas que des milliers d’ordres impossibles à honorer. La cause exacte (code ISIN enregistré trop tard, titres pas encore créés, pont entre dépositaires) n’avait été précisée ni par la Bourse ni par CoinShares au moment où nous écrivons.
Quatre ETP Zcash en Europe, dont deux cotés à Paris
L’offre européenne sur le ZEC s’est étoffée cette année. Cointelegraph voit dans le ZCSH le quatrième ETP Zcash du continent, après ceux de 21Shares, Virtune et Valour. 21Shares a d’ailleurs coté le sien le 22 septembre à Paris et Amsterdam, avec 2,50 % de frais par an. Aux États-Unis, Grayscale propose déjà un ETF Zcash sur le NYSE Arca et met en avant un financement dédié à la confidentialité.
La date n’avait rien d’un hasard. Le Zcash est né le 28 octobre 2016, et son cours tournait autour de 1 300 dollars ce mercredi (environ +4 % sur la journée). CoinShares voulait souffler les bougies en Bourse. Le dépositaire a bien failli lui gâcher la fête.
Pour l’épargnant qui veut du ZEC dans son compte-titres, deux ETP cotent désormais à Paris : le ZCSH de CoinShares à 1,50 % de frais par an et celui de 21Shares à 2,50 %. Encore faut-il que votre courtier les propose. Les produits de Virtune et Valour restent une option, selon les Bourses auxquelles il donne accès. Et il y a toujours l’achat direct de ZEC sur une plateforme enregistrée. Attention, la fiscalité n’est pas la même. Le risque non plus, puisqu’avec un ETP vous dépendez aussi de la solidité de l’émetteur.
Avec 1,50 % par an, le ZCSH coûte dix fois plus cher que l’ETP Bitcoin physique de CoinShares, facturé 0,15 %. Mais la journée retiendra surtout autre chose. Un ETP ne vaut que par la chaîne qui livre ses titres, et un raté chez le dépositaire a suffi à le geler trois heures. Les 10 ans de Zcash se sont fêtés avec un trou d’air parisien, et le dossier rejoint la liste des altcoins vétérans qui reviennent par la Bourse plutôt que par les plateformes crypto.