Ransomware bitcoin : un casino crypto visé par une rançon de 15 millions de dollars
Double peine pour Gamdom. Chez Oscar Wilde, Lady Bracknell estime que perdre un parent est un malheur, mais que perdre les deux ressemble à de la négligence. Le casino crypto a perdu ses hot wallets le 13 octobre et se retrouve maintenant dans le viseur d’un groupe de ransomware.
Baptisé WhiteArmor, il affirme détenir 15,4 millions de comptes et réclame 15 millions de dollars en bitcoin. Gamdom conteste l’ampleur de la fuite dans un secteur qui n’a pas oublié le casse de Stake à 41 millions de dollars.
- Gamdom a subi une attaque dévastatrice, perdant ses hot wallets le 13 octobre, et fait face à des revendications de ransomware par le groupe WhiteArmor.
- WhiteArmor exige une rançon de 15 millions de dollars en bitcoin, affirmant avoir accès à 15,4 millions de comptes, mais l’ampleur de la fuite reste contestée.
Gamdom dans le viseur du ransomware WhiteArmor
L’annonce est tombée le 26 octobre 2026 sur le site de fuite de WhiteArmor. C’est la vitrine où les groupes de ransomware exposent leurs victimes pour faire monter la pression.
Les pirates disent détenir 15 420 003 comptes répartis sur 146 colonnes de données. Ils chiffrent aussi à plus d’un milliard de dollars la « valeur de profit cumulée » de Gamdom, sans jamais expliquer ce calcul.
La demande tient en une ligne : 15 millions de dollars en BTC. Les instructions de paiement arriveront « directement par e-mail », précise l’annonce archivée par ransomware.live. Un compte à rebours d’environ deux semaines tourne sous l’annonce avant la publication des données.

WhiteArmor dit être entré par un compte machine doté de droits d’administrateur. Ce compte aurait été créé il y a des années sans que personne ne renouvelle jamais ses identifiants.
En guise de preuve, le groupe a publié un échantillon de 100 comptes. Dark Web Informer, le compte X qui a relayé l’annonce, précise que personne n’a encore vérifié ce fichier.
Le schéma est celui de la double extorsion. Les pirates volent les données, chiffrent les systèmes, puis facturent deux fois : pour rendre l’accès et pour ne pas publier.
WhiteArmor est apparu il y a moins d’une semaine. Ses premières revendications datent du 21 au 23 octobre selon les trackers, et le groupe cite déjà Whirlpool ou J.B. Hunt parmi ses victimes. Le site ransomware.live recommande lui-même de traiter ses annonces « avec prudence » tant qu’elles ne sont pas vérifiées.
Gamdom encore sonné par le hack du 13 octobre
Le timing pique. Le 13 octobre vers 15h50 UTC, les hot wallets de Gamdom ont commencé à se vider. Ce sont les portefeuilles connectés en permanence qui servent à payer les retraits courants des joueurs.
Le site a coupé l’accès dans la soirée. Le lendemain, la plateforme évoquait une panne de disque et une « connexion non autorisée sur l’un de [ses] serveurs d’automatisation ».
Son fondateur Felix Romer a chiffré la perte à « un peu plus de 3 millions de dollars ». L’enquêteur on-chain vxdb a compté 4,2 millions de dollars sortis sur huit réseaux, dont 2,2 millions sur les chaînes compatibles Ethereum et près d’un million sur Solana.
Gamdom a rouvert le 16 octobre avec une pluie de bonus pour faire revenir les joueurs. Sans publier la moindre preuve de réserves.
Felix Romer fait lui-même le lien entre les deux affaires. En plus des 3 millions vidés des hot wallets, les pirates ont pris environ un million sur les systèmes de clés privées de Gamdom, ce qui donne les 4,2 millions comptés par vxdb. Pour le fondateur, le groupe qui réclame la rançon est « très probablement » l’auteur du hack.
Fuite de données chez Gamdom et joueurs en première ligne
Felix Romer a répondu dans la nuit sur son compte X. Pendant l’attaque du 13 octobre, son équipe n’a trouvé « aucune preuve » d’une extraction de données. Selon lui, les pirates détiennent tout au plus « quelques centaines de comptes », qui auraient servi à tester des retraits pendant le hack.
Le chiffre de 15 millions ne colle pas non plus avec le nombre réel d’utilisateurs, assure-t-il.
Quelques heures plus tard, le discours a bougé. Les pirates « pourraient avoir les noms d’utilisateur, les e-mails et les gains et pertes » des joueurs, a reconnu Felix Romer vers 9h, heure de Paris. Les documents d’identité (KYC) ne seraient pas touchés.
Entre quelques centaines et 15,4 millions, il y a de la marge. Les groupes de ransomware gonflent volontiers leurs trophées, surtout quand ils débutent et cherchent à se faire un nom.
Même partielle, une base qui associe des e-mails aux gains de joueurs crypto est une liste de cibles toute prête pour le phishing. Elle dit qui joue, et donc qui détient des cryptos.
En France, Gamdom n’a en principe aucun client. Ses conditions d’utilisation excluent le pays, où la roulette et les machines à sous en ligne sont tout simplement interdites.
Hors loterie de la FDJ, seuls le poker et les paris sportifs ou hippiques sont autorisés en ligne, et uniquement chez des opérateurs agréés par l’Autorité nationale des jeux. L’ANJ estimait pourtant en 2023 qu’entre 3 et 4 millions de Français avaient joué sur une offre illégale dans l’année.
Si vous avez malgré tout un compte Gamdom, changez votre mot de passe et activez la double authentification. Et méfiez-vous de tout e-mail qui promet un remboursement ou un bonus de compensation au nom du casino.
Gamdom est le deuxième casino crypto touché en un mois, après Duelbits, vidé d’environ 7 millions de dollars fin septembre. Côté rançon, le bitcoin reste la monnaie par défaut des pirates, au point que certaines entreprises en stockaient dès 2017 « au cas où ».