Crypto US : 121 mois de prison pour avoir blanchi 5 millions de dollars
Plus de dix ans derrière les barreaux. Rossen G. Iossifov, ressortissant bulgare de 53 ans et propriétaire de la plateforme d’échange de cryptomonnaies RG Coins, a été condamné à 121 mois de prison par la justice fédérale américaine. Les enquêteurs lui reprochent d’avoir blanchi près de 5 millions de dollars en crypto pour le compte d’un vaste réseau d’escrocs roumains ayant ciblé au moins 900 victimes américaines.
Points clés
- Rossen Iossifov, patron de la plateforme RG Coins, est condamné à 121 mois de prison, dont 85 % à purger
- Sa plateforme servait à blanchir les fonds d’un réseau d’escroquerie opérant entre la Roumanie, la Bulgarie et les États-Unis
- Près de 5 millions de dollars blanchis en moins de trois ans, pour 184 000 dollars de commissions
- 17 membres du réseau condamnés à ce jour, trois toujours en fuite
Une plateforme crypto au cœur d’un vaste système de blanchiment
L’affaire prend sa source dans un réseau criminel baptisé Alexandria Online Auction Fraud (AOAF). Depuis la Roumanie, ses membres publiaient de fausses annonces sur des plateformes comme Craigslist ou eBay, proposant à la vente des véhicules et d’autres biens de grande valeur qui n’existaient pas.
Une fois les victimes convaincues d’envoyer l’argent, les fonds étaient récupérés par des complices installés aux États-Unis avant d’être convertis en cryptomonnaies puis transférés vers des blanchisseurs basés à l’étranger. Selon la justice américaine, Rossen Iossifov jouait un rôle central dans cette dernière étape grâce à sa plateforme RG Coins, installée à Sofia.
Au procès, les procureurs ont démontré que l’entrepreneur avait volontairement adapté son activité aux besoins des organisations criminelles.
Il proposait notamment des taux de change préférentiels aux membres du réseau AOAF et autorisait des échanges entre cryptomonnaies et espèces sans exiger le moindre justificatif d’identité ou d’origine des fonds, malgré les engagements de conformité pris auprès des grandes plateformes d’échange crypto avec lesquelles il travaillait.
En moins de trois ans, près de 5 millions de dollars en cryptomonnaies auraient ainsi été blanchis pour quatre membres du réseau, correspondant à plus de 7 millions de dollars dérobés aux victimes. En contrepartie, Iossifov aurait perçu plus de 184 000 dollars de commissions.

Dix-sept condamnations et trois fugitifs
Reconnu coupable de complot en vue de commettre une infraction relevant du RICO (la législation américaine contre le crime organisé) ainsi que de complot en vue de blanchiment d’argent, Rossen Iossifov a été condamné après un procès de deux semaines organisé dans le Kentucky.
En vertu du droit fédéral américain, il devra purger au minimum 85 % de sa peine avant de pouvoir prétendre à une libération.
Et il est loin d’être le seul à avoir été condamné. À ce jour, 17 membres du réseau AOAF ont été reconnus coupables, dont plusieurs ont déjà écopé de peines allant de 30 à 96 mois d’emprisonnement. Trois suspects demeurent toujours en fuite.
Cette affaire illustre une nouvelle fois que les cryptomonnaies ne garantissent pas l’anonymat de leurs utilisateurs. Malgré un circuit de blanchiment transnational particulièrement élaboré, la coopération entre le Secret Service américain, les autorités roumaines et les services bulgares a permis de reconstituer les flux financiers et d’identifier les principaux acteurs du réseau. Elle rappelle également que les plateformes d’échange qui ferment volontairement les yeux sur les obligations de lutte contre le blanchiment s’exposent désormais à de lourdes sanctions pénales.