55% des cybercrimes africains passent désormais par l’IA, alerte INTERPOL

L’intelligence artificielle n’a pas seulement transformé la manière de coder ou de rédiger un email. Elle a aussi changé la manière d’escroquer. Selon le dernier rapport d’INTERPOL, publié le 3 août, l’IA est désormais impliquée dans 55% des cybercrimes recensés sur le continent africain. Les arnaques crypto figurent en bonne place parmi les méthodes qui en profitent le plus, portées par des outils capables de générer de faux profils, des voix clonées et des campagnes de phishing quasi indétectables.

Les points clés de cet article :
  • Interpol a révélé que l’IA est désormais impliquée dans 55% des cybercrimes en Afrique, avec une augmentation vertigineuse des pertes financières.
  • Le rapport souligne un décalage inquiétant entre l’ampleur des fraudes alimentées par l’IA et la préparation des forces de l’ordre africaines.

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Un doublement des pertes en un an

Les chiffres donnent le vertige. Selon le rapport officiel d’INTERPOL, basé sur les réponses de 36 pays membres africains, les pertes financières liées à la cybercriminalité sont passées de 192 à 484 millions de dollars entre 2024 et 2025. Le vol d’identifiants, l’ingénierie sociale automatisée et les campagnes de fraude générées par IA portent l’essentiel de cette hausse. Le partenaire TrendAI, cité dans le rapport, a lui seul détecté près de 600 000 cas de sextorsion sur la période, largement alimentés par des contenus « deepfake ».

L’Afrique de l’Est se distingue comme le foyer principal de la fraude sur mobile money et des rançongiciels visant les infrastructures. L’Afrique centrale et de l’Ouest concentre plutôt la compromission d’emails professionnels et les arnaques sentimentales, deux techniques qui servent aussi, de plus en plus souvent, à faire transiter les gains vers des cryptomonnaies difficiles à tracer. Avec plus de 1,1 milliard d’abonnés mobiles recensés en 2025, le terrain de chasse ne manque pas d’ampleur pour des réseaux qui opèrent désormais à l’échelle industrielle plutôt qu’en bandes isolées.

Le volet crypto de ces arnaques suit un schéma assez reconnaissable. Une fausse vidéo d’un patron d’exchange peut promettre un doublement de mise en quelques heures, quand ce n’est pas une voix clonée de proche en détresse qui réclame un virement urgent en stablecoins. Un faux profil d’investisseur, entièrement généré par IA, construit lui une relation de confiance pendant des semaines avant de proposer une plateforme de trading truquée. Ce dernier scénario, connu sous le nom de pig butchering (littéralement « l’engraissement du cochon », l’arnaqueur cultivant la confiance de sa victime avant de la dépouiller), figure parmi les techniques les plus lucratives recensées par le rapport.

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Des polices qui courent après le train

Le rapport pointe un décalage inquiétant. La législation contre la cybercriminalité reste fragmentée d’un pays à l’autre, et le niveau de préparation des forces de l’ordre face aux outils d’IA demeure, selon les mots mêmes d’INTERPOL, « alarmingly low ». L’organisation appelle les États africains à renforcer la coopération transfrontalière, moderniser leur arsenal législatif et former davantage leurs enquêteurs aux technologies émergentes.

Sur le terrain, la mobilisation existe déjà, même si elle peine à suivre le rythme des réseaux qu’elle traque. En février déjà, l’opération Red Card 2.0, menée avec Afripol dans seize pays, avait débouché sur 651 interpellations et l’identification de 1 247 victimes. À l’échelle mondiale, la récente opération First Light 2026 avait de son côté permis l’arrestation de 5 811 personnes et la saisie de 293 millions de dollars d’actifs illicites, un chiffre qui donne une idée de l’ampleur des réseaux visés. Ces coups de filet marquent des victoires ponctuelles. Ils ne referment pas le robinet.

Le rapport d’INTERPOL rejoint un constat déjà documenté ailleurs : les mêmes outils d’IA générative qui facilitent la production de contenu légitime servent, sans distinction, à fabriquer de faux témoignages d’investisseurs crypto ou des voix clonées de proches en détresse financière. Face à des réseaux qui industrialisent la fraude à une vitesse que la loi peine à égaler, la vigilance individuelle reste, pour l’instant, la meilleure ligne de défense disponible.

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Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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