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CDS France : l’assurance contre une faillite de l’État explose de 40 % en une semaine

« Comment avez-vous fait faillite ? De deux façons. Progressivement, puis soudainement. » La dette française a longtemps vécu la première moitié de cette réplique d’Ernest Hemingway, tirée du roman Le soleil se lève aussi. Cette semaine, les marchés ont commencé à jouer la seconde. Les credit default swaps (CDS) à 5 ans sur la France ont touché vendredi 2 octobre 81 points de base (un point de base vaut 0,01 %), leur plus haut niveau depuis juillet 2013 selon S&P Global.

Le gouvernement Lecornu a pourtant présenté un budget 2027 à 54 milliards d’euros d’économies. Les investisseurs attendent visiblement autre chose que des économies sur un tableur : ils veulent les voir votées, puis tenues.

Les points clés de cet article :
  • Assurer la dette française contre un défaut de paiement (le CDS à 5 ans) coûte désormais 81 points de base, du jamais-vu depuis des années.
  • L’écart de taux avec l’Allemagne (spread OAT-Bund) atteint 159 points, et la France emprunte même plus cher que l’Italie.
  • Budget 2027 fragile et présidentielle d’avril 2027 : les investisseurs doutent de la capacité de Paris à stabiliser sa dette.
  • Le bitcoin n’en profite pas encore, mais chaque point de base supplémentaire coûte 31 millions d’euros d’intérêts par an à l’État.

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CDS France à 81 points : le prix de l’assurance contre la faillite de l’État

Un CDS fonctionne comme une police d’assurance. L’acheteur verse une prime chaque année et le vendeur rembourse la perte si l’emprunteur cesse de payer. À 81 points, protéger 10 millions d’euros de dette française coûte 81 000 euros par an, soit 0,81 % du montant assuré. Le 25 septembre, la même couverture valait encore 58 300 euros.

Ce sommet ressort des données de S&P Global relayées vendredi par Dow Jones. Gardons la tête froide. On reste très loin de la crise de l’euro de 2011, quand assurer la dette italienne ou grecque coûtait des centaines, voire des milliers de points. Personne ne parie non plus sur un défaut de Paris d’ici Noël. Mais la hausse va vite. Le dernier calcul Markit publié le 2 octobre affiche 83,8 points, contre 58,3 une semaine plus tôt. Markit, filiale de S&P Global, fournit la cotation de référence des CDS.

Spread OAT-Bund et CDS : la France emprunte plus cher que l’Italie

Les CDS ne bougent jamais seuls. L’écart entre le taux français à 10 ans et son équivalent allemand s’appelle le spread OAT-Bund. L’OAT (obligation assimilable du Trésor) désigne un emprunt de l’État français, le Bund son équivalent allemand, jugé le plus sûr de la zone euro. Plus l’écart grimpe, plus la France paie cher par rapport à l’Allemagne. Il a franchi 100 points de base le 18 septembre, une première depuis 2012. Il a atteint 159 points vendredi 2 octobre, au plus haut depuis novembre 2011 d’après Dow Jones, et l’OAT 10 ans a frôlé les 5 % en séance, un sommet depuis 2002. Concrètement, Paris paie près de 1,6 point de plus que Berlin chaque année pour emprunter sur dix ans.

L’Italie, longtemps cancre de la zone euro, emprunte désormais nettement moins cher. Le 30 septembre, le BTP italien à 10 ans (l’équivalent de l’OAT) clôturait à 4,60 % contre 4,84 % pour l’OAT, selon Il Sole 24 Ore. Rome emprunte donc 24 points de base moins cher que Paris.

Budget 2027 et présidentielle : pourquoi le marché ne croit plus la France

Mettez-vous une seconde à la place d’un gérant obligataire, ce professionnel qui fait fructifier l’épargne de ses clients en prêtant aux États. Vous prêtez à un État dont la dette atteint 119 % du PIB, c’est-à-dire plus que toute la richesse produite par le pays en un an. Son déficit tourne autour de 5,4 % du PIB en 2026, près du double de la limite européenne de 3 %. Vous voyez ensuite ce même État présenter 54 milliards d’euros d’économies devant un Parlement sans majorité. Par prudence, vous achetez un CDS France pour vous couvrir. Si tous les gérants font de même, le prix de cette assurance grimpe.

La présidentielle d’avril 2027 complique tout. Aucun parti n’a intérêt à voter des gels de salaires ou une moindre revalorisation des pensions six mois avant le scrutin. Les gérants le savent. Ils doutent moins de la solvabilité de la France que de sa capacité à voter un budget qui stabilise sa dette. Pour 2027, la Commission européenne table d’ailleurs sur un déficit de 5,7 % du PIB, loin des 5 % visés par le gouvernement.

Bitcoin face à la crise de la dette française : le refuge attendra

Sur X, l’envolée des CDS France a déclenché les réflexes habituels : la dette s’effondre, achetez du bitcoin. L’argument a sa logique. Un actif plafonné à 21 millions d’unités échappe à toute dilution : aucun Trésor public ne peut en créer davantage pour éponger ses dettes. Il gagne en attrait quand la signature d’un État du G7 se dégrade.

Les chiffres invitent quand même à la prudence. Le bitcoin s’échangeait vendredi matin autour de 86 000 dollars. Il gagne 9,6 % sur un mois mais recule de 28,5 % sur un an. Sa remontée doit davantage à la fermeture forcée des paris à la baisse (les liquidations de positions vendeuses) et au recul des taux d’intérêt américains qu’à la fébrilité parisienne. Malgré un CDS France au plus haut, pas encore de fuite vers BTC.

Le vrai test tombera bien avant la présidentielle, au rythme des adjudications, ces ventes aux enchères régulières par lesquelles l’État emprunte auprès des investisseurs. Avec une dette publique à 119 % du PIB, la France doit beaucoup emprunter. L’Agence France Trésor prévoit d’émettre 310 milliards d’euros de dette à moyen et long terme en 2026. Chaque point de base exigé en plus par les investisseurs ajoute donc 31 millions d’euros d’intérêts par an, rien que sur la dette émise cette année. Et la marche monte en 2027 : l’agence a annoncé le 29 septembre un programme record de 340 milliards d’euros.

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Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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