Polymarket : 69 % des comptes particuliers perdent de l’argent, 339 millions de dollars de pertes
Sur Polymarket, les comptes « humains » perdent et ceux qui tradent en rafale gagnent. Galaxy Research a passé au crible 2,9 millions de comptes particuliers : 69,2 % terminent sous le seuil de rentabilité, pour 338,9 millions de dollars de pertes cumulées.
En face, les comptes jugés automatisés selon le seuil de Galaxy ont gagné 246,8 millions de dollars. Une autre étude avait déjà fait tomber le mythe du parieur qui voit juste.
- Galaxy Research a analysé 2,9 millions de comptes particuliers sur Polymarket : 69,2 % perdent de l’argent, pour 338,9 millions de dollars au total.
- Les comptes jugés automatisés (plus de 50 ordres par jour d’activité) ont gagné 246,8 millions de dollars. Selon Galaxy, les deux montants ne se compensent pas.
Polymarket : 69,2 % des comptes particuliers perdent de l’argent
Will Owens, analyste chez Galaxy Research, a publié l’étude le 1er octobre avec l’oracle Stork. Elle reprend tout l’historique on-chain de la plateforme internationale depuis 2020 : 1,27 milliard d’ordres passés par 3,07 millions de portefeuilles, pour 82,8 milliards de dollars de volume.
« Retail » ne veut pas dire petit porteur. Le critère est le rythme : un trader bien doté qui clique à la main entre dans l’échantillon. Galaxy compte des adresses, pas des identités. Un même humain peut donc détenir plusieurs portefeuilles.
Le compte médian a perdu environ 3 dollars, à peu près un demi pour cent de tout ce qu’il a misé. La moitié centrale des comptes tient entre une perte de 36,64 dollars et un gain de 0,40 dollar. Aux extrémités, l’écart se creuse : le 1 % le plus perdant a laissé au moins 4 804 dollars, le 1 % le plus gagnant a empoché au moins 3 381 dollars. Un compte sur dix a perdu au moins 90 % de sa mise.

Comptes automatisés selon Galaxy : 246,8 millions de dollars de gains
Galaxy a écarté 125 429 comptes (4,1 % du total) qui dépassent 50 ordres par jour d’activité. Ce petit groupe pèse 80,8 % des ordres et 41 % du volume.

Ensemble, ils ont gagné 246,8 millions de dollars. On y trouve des chasseurs de récompenses, mais aussi de vrais teneurs de marché et arbitragistes. Galaxy prévient que son seuil est un choix de méthode, pas la preuve qu’il s’agit de robots. Et les deux montants ne se compensent pas : 246,8 millions d’un côté, 338,9 de l’autre, ce n’est pas la même caisse.
Perdre fait décrocher : 15,2 % des perdants s’en vont pour un mois
Après une position perdante, 15,2 % des comptes n’en ouvrent aucune autre dans les 30 jours. Après un gain, ils ne sont que 6,1 %. Un perdant a donc 2,5 fois plus de chances de lâcher l’affaire. Prudence quand même : un compte « parti » a peut-être juste changé de portefeuille.

Pas de fuite en avant pour se refaire, en revanche. À prix d’entrée comparable, ce sont les gagnants qui augmentent le plus souvent la taille de leurs positions, surtout sur les contrats cotés au-dessus de 0,50 dollar. Après un gain comme après une perte, la prise de risque médiane ne bouge pas.
Sport, politique, tech : tous les spécialistes ne se valent pas
44,1 % des traders concentrent plus de 60 % de leur activité sur un seul thème. Ces spécialistes s’en sortent un peu moins bien que les généralistes : 28,1 % de comptes rentables, contre 30,4 %.
La faute au sport. Il réunit 47 % des spécialistes et affiche le pire taux de réussite, à 25,1 %. La politique et la culture passent aussi sous la barre. À l’inverse, les spécialistes de la finance atteignent 36,8 % et ceux de la tech et de la science 41,2 %, sur un échantillon plus réduit. Miser uniquement sur les sorties de modèles d’OpenAI suppose un avantage. Parier sur la NFL le dimanche, beaucoup moins.

Les comptes rentables misent aussi plus gros : 13,96 dollars en médiane, contre 10 dollars pour les perdants, et l’écart tient à niveau d’activité égal. Ils tradent plus souvent. Sur la durée de détention, Galaxy ne trouve en revanche aucun lien net.

Le bruit des parieurs paie la prévision
La note risque de s’alourdir. Polymarket a introduit des frais taker (payés par celui qui prend la liquidité) en janvier sur les marchés crypto, puis sur la plupart des catégories en mars. Une seule prise à cote égale coûte désormais plusieurs fois le demi pour cent que le compte médian a perdu sur toute son histoire.
Galaxy n’en tire pas d’argument contre les marchés prédictifs. Le capital informé a besoin d’un flux moins informé en face. C’est ce bruit qui finance la prévision, et Polymarket le sait : ses partenariats avec LeBron James ou Eli Manning visent les preneurs peu sélectifs, pas les teneurs de marché aguerris.
L’étude a un mérite que Kalshi ne permet pas : sur Polymarket, chaque contrepartie est une adresse publique, et n’importe qui peut refaire le calcul. Chez son concurrent américain, le carnet d’ordres reste fermé. Polymarket était déjà dans le viseur d’une étude de Stanford.