BlackRock lance un nouveau fonds tokenisé multi-chaîne, cette fois taillé pour Solana
Rien ne sert de courir, il faut partir à point. BlackRock ne se presse jamais, mais n’arrête jamais non plus d’avancer. Le géant de la gestion d’actifs, 15 300 milliards de dollars sous gestion au deuxième trimestre 2026, a officiellement lancé le 3 août BRSRV, un nouveau fonds monétaire tokenisé disponible sur Solana, Ethereum et Tempo, sur la base d’un prospectus déposé auprès de la SEC (le gendarme boursier américain) le 31 juillet. Deux ans après avoir ouvert la voie avec BUIDL, BlackRock ne teste plus le terrain. Il l’occupe, chaîne après chaîne.
- BlackRock a lancé BRSRV, un fonds monétaire tokenisé sur Solana, Ethereum et Tempo, renforçant sa stratégie d’expansion dans la finance décentralisée.
- BRSRV suit le lancement de BUIDL, qui a dominé le marché des bons du Trésor tokenisés, accentuant l’influence de BlackRock dans le secteur des cryptomonnaies.
BRSRV, le petit frère prudent de BUIDL
Le fonds, baptisé, accrochez-vous, c’est un peu long, BlackRock Daily Reinvestment Stablecoin Reserve Vehicle et coté sous le ticker RSVXX, ne prend aucun risque de marché.
Selon le dossier déposé auprès de la SEC, il investit exclusivement en liquidités, en bons du Trésor américain court terme et en pensions livrées au jour le jour (des prêts garantis par ces mêmes bons du Trésor). Autrement dit : la version la plus sage possible d’un placement de trésorerie, mais tokenisée. La tokenisation elle-même est confiée à Securitize, le partenaire historique de BlackRock sur ce terrain.
Un second véhicule, BSTBL, sort en parallèle sur Ethereum seul. Deux fonds, deux profils, une même logique : multiplier les points d’entrée plutôt que de miser sur une seule chaîne. c’est la deuxième initiative de ce type lancée par BlackRock en quelques mois.
Solana, la chaîne qui n’est plus un pari
BUIDL, lancé en mars 2024, a longtemps porté à lui seul la stratégie de tokenisation de BlackRock. Il pèse aujourd’hui près de 2,9 milliards de dollars et domine le marché des bons du Trésor tokenisés avec environ 40% de part de marché, Solana faisant partie des huit blockchains sur lesquelles il tourne désormais. BRSRV suit directement ce sillage.
Le choix de Solana n’a rien d’un hasard. Le réseau a traité 650 milliards de dollars de volumes en stablecoins en février dernier, un record toutes chaînes confondues, porté notamment par les règlements institutionnels. Franklin Templeton, Ondo et plusieurs plateformes d’actions tokenisées y ont déjà posé leurs valises. BlackRock n’ouvre donc pas un nouveau front : il rejoint un mouvement déjà largement engagé, avec les moyens d’un acteur qui pèse plus lourd que le PIB de la France.

Franklin Templeton respire dans sa nuque
BlackRock n’est pas seul donc. Franklin Templeton pousse depuis 2021 son propre fonds monétaire tokenisé, le FOBXX, récemment étendu à Ethereum.
Fidelity et JPMorgan avancent leurs pions de leur côté, chacun cherchant à capter les frais de gestion générés par les réserves qui adossent les stablecoins.
D’ailleurs, l’enjeu dépasse largement Solana ou Ethereum : l’émission mondiale de stablecoins pourrait atteindre 4 000 milliards de dollars d’ici 2030 selon plusieurs projections de marché, et chaque dollar de réserve tokenisée placé chez BlackRock plutôt que chez un concurrent se traduit en commissions récurrentes. Pour un particulier qui suit l’actualité crypto, la leçon tient en une phrase : les mêmes noms qui gèrent l’épargne retraite s’installent désormais, brique par brique, dans l’infrastructure même des cryptomonnaies.
Contrairement à un simple dossier réglementaire qui attend son feu vert, BRSRV est donc déjà une réalité opérationnelle, pas une promesse en instance. Chaque lancement de ce type rapproche un peu plus la gestion d’actifs traditionnelle de l’infrastructure crypto, sur laquelle Ethereum et Solana se disputent désormais la place de rail de règlement préféré des géants de Wall Street.