Taux à 30 ans au plus haut depuis 2007 : Comment la dette de l’IA rattrape Bitcoin
Un chiffre qui sent le roussi, une dette qui ne recule devant rien. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a grimpé au-dessus de 5 %. C’est un niveau plus revu depuis 2007, l’année qui a précédé la crise financière mondiale. La cause n’est plus seulement budgétaire. Les géants de l’intelligence artificielle empruntent désormais à un rythme qui bouscule tout le marché obligataire, et Bitcoin se retrouve pris entre deux feux.
- Le rendement des obligations américaines à 30 ans a atteint un niveau historique de 5 %, un sommet inégalé depuis 2007.
- Les géants de l’intelligence artificielle ont intensifié leurs emprunts, bouleversant le marché obligataire et impactant Bitcoin.
Le rendement à 30 ans renoue avec ses niveaux de 2007
Le chiffre a de quoi donner le vertige. Le 14 août, le rendement à 30 ans a clôturé à 5,25 %, son plus haut de l’année. Le 10 ans, lui, évolue autour de 4,68 %, en hausse de près de 0,5 point depuis le 2 janvier.
Cette remontée ne doit rien au hasard. Selon les économistes de Bank of America, environ 0,3 point de cette hausse s’explique par la seule offre de dette d’entreprise et de crédit immobilier. Sur le 10 ans, cette offre nouvelle expliquerait à elle seule près de 60 % du mouvement observé depuis janvier.
Le déficit fédéral américain, lui, a atteint 1 800 milliards de dollars sur les dix premiers mois de l’exercice budgétaire 2026, soit 169 milliards de plus que l’an dernier selon le Congressional Budget Office. Washington n’emprunte donc pas moins. Il emprunte simplement dans un marché de plus en plus encombré.

Comment la dette des hyperscalers concurrence désormais le Trésor
Lc. En 2025, ce chiffre est passé à 131 milliards. Fin juillet 2026, il atteignait déjà 192 milliards de dollars.
Un seul secteur pèse désormais 27 % de toutes les émissions obligataires « investment grade » nettes aux États-Unis. Nomura Securities estime que l’emprunt de la tech équivaut aujourd’hui à environ 25 % des ventes nettes d’obligations du Trésor aux investisseurs privés. Il y a un an, ce ratio était cinq fois plus faible.
Certaines émissions donnent le tournis. Alphabet a récemment placé une dette à 30 ans autour de 6,4 %, soit 1,15 point de plus qu’une obligation du Trésor comparable. Une obligation destinée à financer un data center de Meta a payé plus de 7,5 % le mois dernier. De plus, les cinq plus gros hyperscalers ont déjà émis 159 milliards de dollars d’obligations en 2026, contre une moyenne annuelle de seulement 28 milliards sur la période 2020-2024.
L’ardoise ne fait que commencer. JPMorgan Asset Management projette 5 500 milliards de dollars de dépenses en capital liées à l’IA d’ici 2030, dont 2 100 milliards financés par de nouvelles obligations. « C’est un effet d’éviction. Il faut se rappeler qu’on n’en est qu’au début, cette histoire d’émissions obligataires des hyperscalers ne fait que commencer », note Greg Peters, co-directeur des investissements chez PGIM, sur Bloomberg Television.
Le pari du Trésor a fait décoller Bitcoin cette semaine
C’est dans ce contexte tendu que le secrétaire au Trésor Scott Bessent a tenté une parade. Mercredi, il a annoncé le doublement du programme de rachat d’obligations longues, de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération. Un geste pour calmer un marché obligataire à cran depuis des mois.
Le pari a fonctionné, au moins provisoirement. Bitcoin a bondi jusqu’à 75 750 dollars vendredi en séance asiatique, porté par un short squeeze spectaculaire et une détente temporaire des rendements longs. De quoi faire dire à certains observateurs que le marché crypto retrouvait enfin de l’air.
Mais Barclays a chiffré la limite de l’exercice : le déplacement de Bessent vers plus de dette courte réduirait l’offre nette d’obligations longues d’environ 440 milliards de dollars cette année. Sauf que l’emprunt des hyperscalers, lui, devrait croître de 474 milliards de dollars sur la même période. L’espace libéré par le Trésor est déjà comblé, et au-delà, par la tech.
Bitcoin, otage collatéral d’un bras de fer obligataire
Le mécanisme de fond reste toujours le même. Une obligation verse un coupon. Bitcoin, non. Quand un investisseur peut empêcher 6 % ou 7 % chez Alphabet ou Meta, deux des entreprises les plus rentables au monde, Bitcoin doit battre ce rendement rien que pour rester compétitif face au cash qui dort.
Sur les douze derniers mois précédant le rallye de cette semaine, Bitcoin affichait un repli de plus de 46 %. L’or, lui, avait grimpé de plus de 32 % sur la même période. Un écart de près de 79 points de pourcentage entre les deux actifs refuges, à l’avantage total du métal jaune.
L’argument de la rareté de Bitcoin repose largement sur l’idée que l’endettement perpétuel des États finira par pousser les investisseurs vers des actifs non dilutifs. Cette année, cet argument n’a pas payé. L’or a capté l’essentiel de cette demande, pas Bitcoin. Le sursaut du 21 août change la tendance de la semaine, pas nécessairement celle de l’année.
Les prochaines adjudications d’obligations longues du Trésor américain diront si les acheteurs ont vraiment de la place pour financer à la fois Washington et la Silicon Valley. En attendant, la dette publique américaine a déjà franchi les 40 000 milliards de dollars le 20 août, un jour avant que Bitcoin ne repasse au-dessus de 75 000 dollars.