S&P 500 : 10 entreprises pèsent 41 % de l’indice
Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, répète-t-on aux épargnants depuis toujours. Le panier préféré des investisseurs compte bien cinq cents œufs, mais dix d’entre eux pèsent presque la moitié du lot. Selon des données de Citadel Securities mises en image par The Kobeissi Letter, 41 cents de chaque dollar investi dans le S&P 500 vont aux dix plus grosses capitalisations de l’indice. Nvidia en capte 8 à elle seule. Vous détenez un ETF S&P 500, peut-être logé dans un PEA ? Ce graphique vous concerne directement.
- Dans le S&P 500, 41 cents de chaque dollar investi vont aux dix plus grosses capitalisations, dont 8 à Nvidia, selon Citadel Securities.
- Ce poids dépasse les pics de 1973 (22 %) et de 2000 (27 %), deux sommets suivis de longs marchés baissiers.
Où va réellement votre dollar
Le détail vaut le coup d’œil, tel que le présente le graphique publié par The Kobeissi Letter. Derrière Nvidia viennent Apple (7 cents), Microsoft et Alphabet (6 cents chacune), puis Amazon (4 cents). Broadcom, Meta, Tesla, Micron et AMD se partagent les 10 cents suivants.
Descendons d’un étage. Les dix entreprises classées de la onzième à la vingtième place reçoivent 10 cents. Vingt sociétés absorbent donc 51 cents, plus de la moitié de votre dollar. Les quatre-vingts suivantes en reçoivent 26. Tout en bas, les 402 plus petites se partagent 23 cents. C’est moins que les quatre premières réunies.
Autre lecture possible. Quatre fabricants de puces, Nvidia, Broadcom, Micron et AMD, pèsent 14 cents. Acheter « le marché américain » revient aujourd’hui à prendre un gros ticket sur l’intelligence artificielle, avec un peu de soda et de lessive autour.

Une concentration du S&P 500 jamais vue, même en 2000
Wall Street a déjà connu des fièvres, jamais à cette température. D’après les séries de Goldman Sachs Asset Management, les dix premières valeurs pesaient environ 22 % de l’indice en 1973, à l’époque des « Nifty Fifty », et 27 % au sommet de la bulle Internet en 2000. Cet été, les relevés oscillaient entre 36,5 % et 41 % selon les méthodes de calcul. Citadel Securities arrondit à 41 au 6 octobre 2026.
Les trois premières lignes, Nvidia, Apple et Microsoft, pèsent ensemble 21 % de l’indice, un record relevé par le site Benzinga. Au milieu des années 1980, le trio IBM, AT&T et Exxon plafonnait à 13,4 %.
Pourquoi un tel emballement ? Parce que l’indice pondère chaque société par sa valeur en bourse. Plus une action monte, plus elle pèse, et plus les fonds qui répliquent l’indice doivent en acheter. La mécanique s’entretient toute seule, pendant que Wall Street enchaîne les records.
Concentration du S&P 500 : faut-il s’en inquiéter ?
La réponse honnête est nuancée. Les deux pics de concentration les plus célèbres, 1973 et 2000, ont précédé de longs marchés baissiers. Deux exemples ne font pas une loi, et un indice concentré n’est pas condamné à chuter. Il dépend simplement de la santé d’une poignée d’entreprises.
Et c’est là que le bât blesse. Si Nvidia tousse, votre ETF s’enrhume, quelles que soient les performances des 402 dernières lignes. Il existe une version de l’indice où chaque société pèse le même poids, dite équipondérée, qui corrige ce biais au prix d’une exposition bien moindre aux géants de la tech.
Les investisseurs en cryptomonnaies connaissent ce débat. Un portefeuille crypto « diversifié » reste souvent un pari sur le bitcoin affublé d’une fausse moustache, tant le reste du marché suit sa trajectoire.
Moralité du week-end : avant de compter ses œufs, mieux vaut lire l’étiquette du panier. Un indice de 500 valeurs peut cacher un pari sur dix d’entre elles, et un seul produit ne suffit plus à répartir le risque. Dans le relevé de Citadel Securities du 6 octobre 2026, les 402 plus petites sociétés du S&P 500 pèsent 23 cents, quatre de moins que les quatre premières.