Essence à 4 dollars, Venezuela au menu : Trump convoque les raffineurs mardi à la Maison Blanche
Convocation chez le directeur. Donald Trump reçoit demain, mardi, les patrons des plus grands raffineurs américains à la Maison Blanche, quelques jours après les avoir accusés publiquement de gonfler leurs marges sur le dos des automobilistes. Au menu, trois dossiers qui n’ont l’air de rien côte à côte et qui racontent pourtant la même histoire : le prix de l’essence, la capacité de raffinage du pays, et le brut du Venezuela, dont Washington veut accélérer l’arrivée dans les raffineries américaines. Pour les marchés, cryptos comprises, la réunion vaut mieux qu’un coup d’œil distrait.
- Donald Trump a convoqué les dirigeants des plus grands raffineurs américains à la Maison Blanche, les accusant de gonfler leurs marges sur le prix de l’essence.
- La réunion abordera également l’augmentation des flux de brut vénézuélien vers les raffineries américaines, un enjeu stratégique pour les prix à la pompe.
Trump face aux raffineurs : l’essence à 4 dollars et l’accusation de « gouging »
L’information vient d’une enquête de Jarrett Renshaw pour Reuters, publiée ce lundi. Autour de la table mardi, Marathon Petroleum, Chevron, Valero Energy, PBF Energy et Delek US Holdings. Exxon, elle, n’a pas été conviée. L’ambiance promet d’être studieuse : plusieurs dirigeants hésitaient encore à venir, de crainte que le président ne les humilie devant les caméras. On les comprend un peu.
Le grief présidentiel tient en un chiffre. Le gallon d’essence dépasse les 4 dollars à la pompe, les prix des carburants grimpent depuis le début des frappes américano-israéliennes sur l’Iran en février, et les élections de mi-mandat arrivent en novembre. Un président qui laisse filer le prix de l’essence à deux mois d’un scrutin national, ça ne s’est jamais bien terminé. Trump y voit du « gouging », du gonflement de marges pur et simple, et a réclamé une enquête du ministère de la Justice.
Les comptes des intéressés ne l’aident pas à penser autrement : Marathon, Phillips 66 et Valero ont dégagé 12,6 milliards de dollars de profits combinés au deuxième trimestre. Le président leur demande, en substance, d’utiliser cet argent pour faire baisser les prix. Les raffineurs répondent que le problème est ailleurs, dans une capacité de raffinage qui n’a presque pas grandi depuis vingt ans. Les deux peuvent être vrais en même temps.
Le brut du Venezuela, troisième dossier sur la table, et le plus lourd
Et puis il y a le dossier que le lecteur du Journal du Coin connaît déjà par cœur. Washington négocie avec Caracas l’accès à environ 17 champs pétroliers, entre la ceinture de l’Orénoque et le lac de Maracaibo, pendant que le Venezuela discute d’une sortie pure et simple de l’OPEP. Le secrétaire à l’Énergie Chris Wright est attendu à Caracas cette semaine. La réunion de mardi doit justement évoquer l’augmentation des flux de brut vénézuélien vers les raffineries américaines, troisième point à l’ordre du jour selon Reuters.
Ce n’est pas la première fois que Trump réunit les majors sur ce sujet. En janvier, quelques jours après la capture de Nicolás Maduro, il les recevait déjà pour les inciter à investir dans la remise en état de l’industrie pétrolière vénézuélienne, comme le rapportait alors PBS. Sept mois plus tard, la logique s’est précisée : du brut lourd vénézuélien bon marché, raffiné aux États-Unis, pour peser sur les prix à la pompe. Un plan qui arrange tout le monde à Washington, sauf peut-être l’OPEP, qui verrait un membre fondateur alimenter la machine américaine.
Pourquoi Bitcoin surveille le prix de l’essence de Trump
Le lien avec les cryptos passe par la pompe, puis par la Fed. L’essence pèse directement sur l’inflation américaine, cette même inflation PCE à 3,7 % que Kevin Warsh a brandie vendredi à Jackson Hole pour justifier, si besoin, une hausse des taux le 16 septembre. Les contrats à terme donnent près de 60 % de probabilité à ce scénario. Chaque centime gagné ou perdu à la pompe déplace donc un peu l’aiguille, et avec elle l’appétit pour les actifs à risque. Un plan qui ferait durablement baisser l’essence desserre la pression sur la Fed ; une réunion qui accouche d’une souris la laisse entière.
Le marché pétrolier, lui, a déjà montré cette année à quel point il commande le tempo des cryptos, du blocus d’Ormuz aux sursauts du brut. La séquence qui s’ouvre est chargée : réunion des raffineurs mardi, visite de Wright à Caracas dans la semaine, rapport sur l’emploi vendredi 4 septembre, décision de la Fed de Kevin Warsh le 16. Le premier verdict tombera dès mardi soir, dans le communiqué, ou dans son absence.