« Aucune accumulation supplémentaire de Bitcoin » : Le FMI et le Salvador trouvent un accord à 140 millions de $
Un compromis à la salvadorienne. Le FMI a fini par obtenir ce qu’il voulait, du moins sur le papier. Le Salvador ne touchera plus à l’argent public pour alimenter sa réserve nationale de Bitcoin, confirme l’institution le 3 septembre. En échange, elle débloque 140 millions de dollars supplémentaires. Nayib Bukele, qui promettait depuis des années de continuer à empiler un bitcoin par jour coûte que coûte, semble avoir plié. Semble, seulement.
- Le Salvador a obtenu 140 millions de dollars du FMI en échange de l’arrêt des achats publics de Bitcoin, un compromis inattendu.
- Les bitcoins accumulés par le pays proviennent de dons privés, permettant d’éviter l’accusation d’utilisation de fonds publics.
Le deal FMI-Bitcoin, 140 millions de dollars contre l’arrêt des achats de BTC
Dans un communiqué publié le 3 septembre, le FMI annonce un accord de principe avec le Salvador sur les deuxième et troisième revues combinées de son programme de 40 mois, connu sous le nom de Mécanisme élargi de crédit (EFF). Sous réserve d’un feu vert du Conseil d’administration, le pays touchera environ 140 millions de dollars, soit 101,96 millions de droits de tirage spéciaux (l’unité de compte du FMI, indexée sur un panier de devises).
Le FMI y salue une croissance meilleure que prévu.
« L’économie salvadorienne continue d’afficher de bonnes performances. La croissance du PIB réel a dépassé les attentes en 2025 et devrait atteindre 4,5 % en 2026, portée par un investissement et une consommation privée solides, ainsi que par des flux robustes de transferts de fonds, de tourisme et de capitaux. »
Mission chief du FMI pour le Salvador, communiqué du 3 septembre 2026
Toutefois, chassez le naturel, il revient au galop, sur le volet Bitcoin, la formule ne souffre aucune ambiguïté.
« Aucune accumulation supplémentaire de Bitcoin au-delà des dons déjà documentés n’est attendue. »
FMI, communiqué du 3 septembre 2026
Chivo, le portefeuille numérique d’État qui devait faire de chaque Salvadorien un utilisateur de Bitcoin, change aussi de main. Sa gestion opérationnelle passe désormais à un acteur privé.
7 762 bitcoins et ça continue, le tour de passe-passe des dons privés
En parallèle, le Bureau Bitcoin salvadorien a annoncé la semaine dernière que la réserve nationale avait atteint 7 762 bitcoins, soit plus de 630 millions de dollars au cours actuel du BTC.
Il faut bien comprendre l’enjeu de ce communiqué. En effet, depuis 2022, Bukele martèle la même promesse sur les réseaux sociaux : un bitcoin acheté chaque jour, quoi qu’il arrive. En mars 2025, il tranchait déjà sur X : « Non, ça ne s’arrête pas. »
Vous voyez le paradoxe. L’État jure la main sur le cœur qu’il n’a pas touché à l’argent public, et la réserve grossit quand même.
La réponse tient en un mot, les dons. Le FMI a validé la documentation fournie par les autorités salvadoriennes, qui montre que les bitcoins accumulés depuis la première revue du programme proviennent de dons privés, pas du Trésor. Combien, de qui, dans quelles conditions ? L’institution ne le précise pas. Le Bureau Bitcoin opère par ailleurs en dehors du périmètre budgétaire strictement défini par l’accord, ce qui lui laisse une marge de manœuvre que le FMI semble, pour l’instant, disposé à tolérer.
Qu’est ce que Bukele à sacrifié pour Bitcoin ?
Réduire ce compromis à un simple bras de fer sur le Bitcoin passerait à côté de l’essentiel. Le programme du FMI, approuvé en février 2025 pour 1,4 milliard de dollars sur 40 mois, exigeait aussi que l’acceptation du Bitcoin par les commerçants redevienne volontaire, que les impôts se paient exclusivement en dollars et que l’État lâche la bride sur Chivo. Ces trois conditions sont désormais actées.
En échange, le FMI valide une trajectoire budgétaire qu’il jugeait intenable il y a encore deux ans, avec une croissance qui dépasse les attentes et des rentrées de devises solides côté tourisme et transferts de la diaspora.
Le précédent compte au-delà du seul Salvador. C’est le premier pays à avoir testé jusqu’où un État peut mélanger réserve stratégique en Bitcoin et discipline budgétaire imposée par un bailleur multilatéral, et le FMI a fini par trouver une formule qui sauve la face des deux côtés. Le Bhoutan accumule discrètement via le minage, les États-Unis discutent d’une réserve fédérale, la Russie s’interroge tout haut. Aucun n’a encore dû négocier ce compromis précis avec un créancier aussi pressant. Bukele a évité l’humiliation d’un reniement public. Le FMI a évité de créer un précédent où il tolère ouvertement l’accumulation d’État. Les deux histoires officielles tiennent, tant que personne ne regarde de trop près la provenance des dons.