Fiscalité crypto : Au moins 457 milliards de dollars sous le radar, selon Chainalysis
457 milliards de dollars sous le radar. C’est le montant minimal de l’activité crypto potentiellement imposable repérée sur les blockchains en 2025 par Chainalysis. Les États-Unis concentrent à eux seuls 112,6 milliards de dollars, mais le rapport souligne surtout les limites des nouvelles règles fiscales internationales : seulement 14 % des flux identifiés entreraient dans le périmètre pratique du CARF, le dispositif de déclaration conçu par l’OCDE.
Points clés
- Chainalysis évalue à au moins 457 milliards de dollars l’activité crypto potentiellement imposable visible on-chain en 2025.
- Les États-Unis concentrent 112,6 milliards de dollars, près d’un quart du total mondial.
- Environ 14 % seulement de cette assiette entre dans le périmètre pratique du CARF de l’OCDE, appliqué en Europe via DAC8 depuis janvier 2026.
- DEX, transferts de pair à pair, self-custody, revenus on-chain et paiements échappent aux obligations déclaratives des intermédiaires.
457 milliards de crypto visibles sur les dufférentes blockchains
Chainalysis a étudié les transactions réalisées sur six réseaux majeurs : Bitcoin, Ethereum, Solana, Tron, BNB Smart Chain et Base. Son estimation regroupe trois catégories d’activités potentiellement imposables : les gains réalisés lors de ventes ou d’échanges, les revenus provenant notamment du mining, du staking et du lending, ainsi que les paiements en cryptomonnaies.
Ce total ne correspond ni aux impôts effectivement dus ni à des revenus nécessairement dissimulés. Il mesure des flux susceptibles d’avoir des conséquences fiscales selon les règles de chaque pays.
Les 457 milliards de dollars constituent par ailleurs une estimation basse. Les échanges réalisés entre deux clients d’une même plateforme centralisée ne sont pas enregistrés sur une blockchain : ils prennent simplement la forme d’écritures dans les comptes internes de l’exchange. Une partie importante du trading mondial échappe donc à l’analyse on-chain.
Les États-Unis dominent le classement avec 112,6 milliards de dollars, dont environ 64,6 milliards de paiements, 30,1 milliards de gains réalisés et 17,9 milliards de revenus. Ils devancent largement l’Allemagne avec 24,1 milliards, la Chine avec 21 milliards et le Royaume-Uni avec 19,4 milliards. La France atteint environ 9,4 milliards de dollars.
À l’échelle régionale, l’Amérique du Nord totalise 134,6 milliards de dollars, contre 125,1 milliards pour l’Union européenne et 54,7 milliards pour l’Asie de l’Est.

Le CARF ne couvrirait que 14 % des flux selon Chainalysis
Le CARF, ou Crypto-Asset Reporting Framework, doit permettre l’échange automatique d’informations fiscales sur les cryptoactifs. Les plateformes et autres prestataires concernés devront identifier leurs clients, recenser leurs transactions et transmettre ces données aux administrations fiscales.
La collecte a commencé en 2026 dans plusieurs juridictions, y compris en France, avant de premiers échanges internationaux prévus en 2027. L’Union européenne applique ce dispositif à travers la directive DAC8.
Son principal défaut tient toutefois à sa dépendance envers les intermédiaires. Une plateforme centralisée peut déclarer l’identité de ses clients et leurs opérations. En revanche, un échange effectué sur un DEX, un transfert entre deux wallets privés ou des récompenses versées directement par un protocole ne passent pas nécessairement par un acteur soumis à cette obligation.
Selon Chainalysis, environ 86 % de l’activité potentiellement imposable identifiée resteraient ainsi hors du champ pratique du CARF. Cela représente près de 393 milliards de dollars de flux que les administrations ne pourront pas retracer uniquement grâce aux déclarations des plateformes.
Les États-Unis conservent également leur propre système. Le formulaire 1099-DA impose aux courtiers crypto de transmettre certaines informations à l’IRS, mais la règle qui aurait étendu cette obligation aux interfaces de la finance décentralisée a été abrogée en avril 2025.
Ces activités ne sont pas pour autant exonérées. La responsabilité de déclarer les opérations imposables continue de peser sur les contribuables. En France, les particuliers doivent notamment déclarer leurs cessions taxables et leurs comptes d’actifs numériques détenus auprès de plateformes étrangères.
Le CARF et DAC8 devraient donc améliorer la visibilité sur les plateformes centralisées, sans supprimer les principaux angles morts de la fiscalité crypto. Pour suivre la DeFi, la self-custody et les transferts de pair à pair, les administrations devront encore s’appuyer sur l’analyse directe des blockchains.