Confidentialité « maximale » pour l’Euro numérique : La BCE peut-elle tenir parole ?
Confidentialité maximale, promesse sur parole. La Banque centrale européenne l’affirme noir sur blanc : l’euro numérique offrira « le niveau maximal de confidentialité que la technologie actuelle permet ». Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, détaille cette promesse dans un entretien publié le 24 août. Sur le papier, l’Eurosystème ne pourra identifier aucun utilisateur, en ligne comme hors ligne. Nous racontions déjà pourquoi cette promesse laisse sceptique, entre la CNIL, son homologue allemande et une architecture technique encore en construction.
- La BCE a promis que l’euro numérique offrirait un niveau maximal de confidentialité, selon Piero Cipollone.
- Des doutes persistent quant à la capacité technique de garantir cette promesse, malgré des mesures prises pour renforcer la confidentialité.
Ce que Cipollone promet précisément
Trois clarifications structurent l’entretien accordé par Piero Cipollone au site italien ilsussidiario.net, mené le 10 août et publié deux semaines plus tard sur le site de la BCE.
D’abord, l’euro numérique ne remplacera pas les espèces, mais les complétera, pour les usages où le cash ne fonctionne pas, comme les achats en ligne. Cipollone cite en preuve la consultation publique que la BCE vient de lancer sur le design des futurs billets, un projet qui n’aurait aucun sens si l’institution comptait supprimer le cash.
Ensuite, le mode hors ligne fonctionnera de pair à pair : les détails d’une transaction ne seront connus que du payeur et du bénéficiaire, comme pour une pièce en espèces.
Enfin, selon l’entretien officiel, l’Eurosystème ne pourra identifier ni les payeurs ni les bénéficiaires, que la transaction soit en ligne ou hors ligne. Seules les banques impliquées y auront accès, et seulement pour la lutte contre le blanchiment.
L’euro numérique, protections de la vie privée : le casse-tête chinois de l’UE
L’annonce arrive après des mois de mise en garde des autorités de protection des données elles-mêmes.
La CNIL et son homologue allemande, la BfDI, réclamaient déjà en mai un seuil de confidentialité sous lequel aucune transaction ne serait tracée, jugeant les garanties du texte insuffisantes.
La BCE avait pourtant déjà recruté, dès 2025, la société COTI pour muscler la confidentialité technique du dispositif, avec un système de paiements conditionnels censé vérifier l’origine des fonds avant chaque transaction, sans exposer l’identité de l’utilisateur au reste du réseau. Un chantier technique réel, engagé bien avant l’alerte de la CNIL, mais jugé insuffisant par elle et distinct de la promesse purement orale formulée par Cipollone cette semaine.
Sauf que ce correctif ne change rien au débat de fond : des organisations de la société civile estiment que les garanties de confidentialité de l’euro numérique reposent trop sur des assurances institutionnelles plutôt que sur une application technique, alertant qu’une promesse législative peut être affaiblie lors de sa mise en œuvre, réinterprétée par un tribunal, ou tout simplement rompue.
En France, sur un tout autre dossier numérique, le Conseil constitutionnel a censuré le 14 août la loi qui devait interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, jugeant l’atteinte à la liberté d’expression disproportionnée et les risques pour la santé des mineurs insuffisamment établis. Deux textes distincts, deux échelles institutionnelles différentes. Juges et régulateurs semblent converger sur un même constat.
Le calendrier institutionnel, lui, a déjà bougé d’un cran ce mois-ci. Le Parlement européen a approuvé le mois dernier le règlement encadrant l’euro numérique, une étape que Cipollone confirme lui-même dans l’entretien. Une émission reste envisagée pour 2029, sous réserve des tests techniques et d’un futur feu vert du Conseil des gouverneurs de la BCE.
Le calendrier précis de ces tests n’a pas encore été rendu public par l’institution, à la différence de la date d’émission elle-même, déjà largement communiquée. Les eurodéputés avaient déjà voté, en amont du texte final, des garanties de confidentialité contraignantes plutôt que de simples engagements oraux comme celui de Cipollone.