CME contre Kalshi : La guerre des marchés de prédiction tourne à l’insulte publique lors de la réunion de la CFTC
Une audition officielle, trois egos, zéro consensus. Le patron du CME Group, Terrence Duffy, a averti jeudi que certains contrats liés aux marchés de prédiction restaient vulnérables à la manipulation. C’était lors d’une réunion du comité consultatif sur l’innovation de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC).
L’échange a vite dérapé, opposant le régulateur, le patron du CME et la directrice des opérations de Kalshi dans une passe d’armes rarement vue lors d’une audition officielle.
- Une réunion de la CFTC a été le théâtre d’une confrontation tendue entre le CME, son président Terrence Duffy, et la directrice des opérations de Kalshi.
- Terrence Duffy a alerté sur la manipulation possible de certains contrats de marché, citant des exemples controversés et suscitant des échanges vifs.
Le CME pointe des contrats jugés trop faciles à manipuler
Dans les détails, Terence Duffy a ciblé en particulier le mécanisme d’auto-certification, qui permet à des milliers de contrats d’arriver sur le marché sans examen réglementaire approfondi. Il a cité deux exemples précis : des paris sur ce que le président Donald Trump dirait pendant son discours sur l’état de l’Union, et sur la date de capture du président vénézuélien Nicolás Maduro.
Dans les deux cas, des soupçons de délit d’initié ont émergé. Un militaire américain a même été arrêté par le FBI en avril pour avoir parié sur Polymarket en s’appuyant sur des informations classifiées liées à Maduro.
Le CME lui-même n’est pourtant pas un spectateur neutre. Sa plateforme de dérivés a écoulé plus de 100 millions de contrats événementiels depuis leur lancement l’an dernier, selon The Block.

Le président de la CFTC recadre Duffy en direct
La réponse n’a pas traîné. Le président de la CFTC, Michael Selig, a coupé Duffy pour préciser que les contrats en question n’avaient jamais été listés aux États-Unis. « C’est arrivé à l’étranger, et c’est une fausse information », a-t-il rétorqué. Duffy, lui, n’a pas reculé d’un pouce.
La passe d’armes ne s’est pas arrêtée là. Luana Lopes Lara, directrice des opérations de Kalshi, a ensuite demandé à Duffy si le CME avait déjà connu des problèmes de manipulation en interne.
« J’ai plus de monde dans mon service réglementaire que vous n’en avez dans toute votre entreprise », a-t-il répliqué. Elle n’a pas laissé passer : « Peut-être devriez-vous apprendre l’efficacité. » Lui a eu le dernier mot : « Peut-être devriez-vous apprendre ce qu’est un marché crédible. »
États contre fédéral, la vraie bataille derrière Kalshi
Le fond du différend dépasse largement les egos en présence. Des élus de plusieurs États américains réclament un droit de regard sur les contrats à connotation sportive, qu’ils assimilent à des paris illégaux au regard de leurs propres lois sur les jeux d’argent. Trente-huit procureurs généraux d’État soutiennent déjà le Massachusetts dans sa bataille judiciaire contre Kalshi sur ce terrain précis.
Selig, de son côté, revendique une compétence exclusive de son agence fédérale sur l’ensemble du secteur, sports compris. Il attaque en justice les États qui tentent de s’y opposer.
Kalshi et Polymarket pèsent aujourd’hui à eux deux près de 20 milliards de dollars de valorisation, un secteur qui a vu son volume gonfler de plus de 2 800 % en un an.
Selig a promis, lors de cette même réunion du 20 août, de nouvelles règles encadrant la manière dont les plateformes listent leurs contrats événementiels. Une annonce qui ne clôt en rien la querelle entre acteurs historiques du dérivé et jeunes plateformes crypto-natives.