Polymarket, Kalshi : Les Américains disent non aux paris sur les élections
Consensus autour des paris politiques. Selon un sondage Reuters/Ipsos publié le 12 octobre, 69 % des démocrates et 61 % des républicains interrogés s’opposent aux paris sur les résultats électoraux américains. Cette convergence intervient alors que Polymarket et Kalshi développent leurs marchés et qu’un conflit judiciaire oppose les autorités fédérales aux États sur leur encadrement.
Points clés
- Le sondage Reuters/Ipsos, mené auprès de 4 506 adultes, révèle une opposition majoritaire aux paris électoraux dans les deux camps politiques.
- Les paris sur les opérations militaires et les décisions gouvernementales suscitent également un rejet marqué.
- Trente-neuf États et le district de Columbia soutiennent une demande d’examen par la Cour suprême dans un dossier opposant le New Jersey à Kalshi.
Les Américains rejettent majoritairement les paris sur les élections
L’enquête, réalisée en ligne du 30 septembre au 5 octobre dernier, mesure l’acceptabilité de plusieurs catégories de paris. Les résultats électoraux suscitent une opposition majoritaire chez les répondants Démocrates comme Républicains, malgré leurs différences politiques.
Le rejet s’étend aux affaires gouvernementales. 65 % des personnes interrogées s’opposent aux paris sur les actions militaires américaines, contre 8 % de favorables. Pour les annonces et décisions de politique publique, l’opposition atteint 63 %, tandis que le soutien se limite à 9 %.
Les paris sportifs professionnels rencontrent moins de résistance, mais les opposants restent plus nombreux que les partisans : 43 % contre 29 %. Cette différence ne permet donc pas de conclure à une adhésion majoritaire au sport, ni à un rejet uniforme de toutes les catégories de marchés.
Ces plateformes permettent d’acheter et de vendre des contrats dont le paiement dépend de la réalisation d’un événement. Leurs défenseurs présentent notamment les prix comme un indicateur des anticipations des participants. Cependant, 75 % des sondés assimilent cette activité à des jeux d’argent, selon Reuters. Kalshi conteste pour sa part le cadrage de l’enquête, qu’elle juge biaisé.
Le sondage renseigne ainsi sur l’opinion du public. Il ne mesure ni la fiabilité des prévisions produites par ces marchés ni leur conformité juridique.

Kalshi au cœur du conflit entre réglementation fédérale et pouvoirs des États
Sur le terrain judiciaire, la question porte sur l’autorité compétente pour encadrer ces contrats. Les plateformes invoquent la supervision fédérale de la Commodity Futures Trading Commission, la CFTC. Plusieurs États défendent, au contraire, leurs prérogatives en matière de jeux d’argent, notamment pour les contrats sportifs.
Dans le dossier Flaherty contre KalshiEX, enregistré sous le numéro 26-299, les autorités du New Jersey demandent à la Cour suprême d’examiner une décision de la cour d’appel fédérale du troisième circuit. L’Ohio, 38 autres États et le district de Columbia ont déposé un mémoire de soutien (mémoire d’amicus curiae) pour soutenir cette demande.
Ces États décrivent un conflit national de compétences, alimenté par des décisions judiciaires divergentes. Ils demandent aux juges de clarifier dans quelle mesure le droit fédéral écarte leurs propres règles sur les paris.
Le dépôt de cette requête ne signifie toutefois pas que la Cour suprême a accepté de juger l’affaire. Le mémoire constitue un argument en faveur de son intervention, sans préjuger de sa décision.
Les marchés prédictifs font donc face à deux questions distinctes : leur acceptabilité auprès du public et leur statut réglementaire. L’opposition aux paris électoraux nourrit le débat politique, tandis que le contentieux porte sur la répartition des pouvoirs entre Washington et les États.