Le fondateur d’Evergrande condamné à la prison à vie en Chine
Il y a dix ans, Hui Ka Yan était le deuxième homme le plus riche d’Asie. Jeudi, un tribunal chinois l’a condamné à la prison à vie pour fraude et corruption. Le fondateur d’Evergrande, autrefois premier promoteur immobilier du pays par les ventes, a aussi vu ses biens personnels confisqués et ses droits politiques suspendus pour le restant de ses jours.
- Le fondateur d’Evergrande, Hui Ka Yan, a été condamné à la prison à vie pour fraude et corruption, ses biens confisqués et ses droits politiques suspendus à vie.
- Ses sociétés ont reçu une amende totale de 15,82 milliards de yuans, avec des accusations de fraude comptable et de détournement d’actifs.
Un procès collectif à 56 accusés, dont les deux fils de Hui Ka Yan
Hui n’a pas été jugé seul. Le tribunal a condamné 56 autres personnes liées à Evergrande, parmi lesquelles ses deux fils, Xu Zhijian et Xu Tenghe, selon Bloomberg. Evergrande, cotée à Hong Kong, écope d’une amende de 8,82 milliards de yuans (environ 1,3 milliard de dollars). Sa filiale continentale Hengda Real Estate doit payer 7 milliards de yuans supplémentaires, portant le total à 15,82 milliards de yuans, soit environ 2,4 milliards de dollars.
En avril, Hui avait déjà plaidé coupable de fraude à la levée de fonds et de collecte illégale de dépôts publics. L’agence de presse officielle Xinhua a justifié la sévérité de la peine sans détours, dans des propos relayés par CNN : « le montant impliqué dans ce crime est exceptionnellement élevé, les circonstances sont particulièrement odieuses, les pertes économiques exceptionnellement lourdes, et le préjudice pour la société extrêmement grave. »
Un empire bâti sur la dette et le mensonge comptable
Le groupe et son fondateur ont aussi été reconnus coupables d’émission frauduleuse de titres, de violation des règles de publication d’informations financières et de corruption. Hui aurait en outre détourné des actifs de l’entreprise via des mécanismes de dividendes. En 2024, les régulateurs chinois avaient déjà accusé la principale filiale continentale d’Evergrande d’avoir gonflé ses revenus de plus de 560 milliards de yuans en comptabilisant des ventes par anticipation, une fraude comparée à celles de Luckin Coffee et d’Enron par son ampleur.
Rien de tout cela n’est venu de nulle part. Né en 1958 dans le Henan, fils d’un bûcheron, Hui a quitté son emploi dans la sidérurgie en 1992 avant de fonder Evergrande en 1996 à Guangzhou. L’entreprise a construit plus de 1 300 projets dans 280 villes, en s’endettant lourdement pour financer sa croissance jusqu’à devenir le promoteur le plus endetté au monde. Elle s’est aussi diversifiée dans l’eau en bouteille, le football professionnel et les véhicules électriques, portée par l’ivresse de la bulle immobilière chinoise.
De la résidence surveillée à la liquidation totale
Le tour de vis de Pékin sur le secteur immobilier à partir de 2020 a coupé Hui de ses sources de financement habituelles. Evergrande a fait défaut fin 2021. Hong Kong a prononcé sa liquidation judiciaire en 2024, avant qu’un tribunal continental n’accepte à son tour une demande de liquidation visant l’une de ses principales filiales. Hui, lui, avait été placé sous résidence surveillée dès 2023, un régime intermédiaire entre la liberté et l’arrestation formelle.
L’affaire s’inscrit dans une longue série de sanctions contre des magnats chinois déchus. Wu Xiaohui, ex-président d’Anbang, avait écopé de 18 ans de prison en 2018. Lai Xiaomin, de China Huarong, avait été exécuté en 2021 pour corruption. Evergrande, lui, reste aujourd’hui en liquidation, avec des créanciers chinois et étrangers qui se disputent ce qu’il reste de ses actifs, un scénario redouté par d’autres géants surendettés du secteur