Prince Group : le Royaume-Uni gèle le penthouse à 8,9 millions de livres du présumé chef financier
Vue sur Buckingham. La vue est imprenable, le propriétaire beaucoup moins. Le Royaume-Uni vient de geler le penthouse londonien de Thet Li, présumé chef financier du Prince Group. Pour rappel, les États-Unis cherchent déjà à saisir 14 milliards de dollars en Bitcoin liés à cet empire. De quoi rappeler que les châteaux de sable crypto finissent parfois saisis.
Les points clés de cet article :
- Les autorités britanniques ont ainsi gelé le penthouse londonien de Thet Li, acheté 8,9 millions de livres en 2022. L’homme est soupçonné d’être le chef financier du Prince Group.
- De plus, une audience doit se tenir ce lundi pour maintenir la saisie de montres et de bijoux évalués à 10,6 millions de livres. À cela s’ajoutent 92 570 livres en espèces.
- Enfin, le filet s’élargit avec un manoir de 12 millions de livres et un immeuble de bureaux de 100 millions de livres. Les deux biens, liés au président Chen Zhi, sont également sous le coup de gèles.
- Les États-Unis visent en outre environ 14 milliards de dollars en Bitcoin liés au groupe. Le groupe rejette toute accusation et se dit victime d’un acharnement.
Un penthouse au-dessus de St James’s Park, un gel au registre foncier
C’est dimanche que le Times a révélé l’information, reprise par nos confrères de Decrypt. D’ailleurs, Thet Li, 39 ans, avait acheté en 2022 un appartement au 13e étage surplombant St James’s Park et Buckingham Palace. La facture s’élevait à la modique somme de 8,9 millions de livres. À la suite d’une enquête du Foreign Office, les autorités ont donc apposé un ordre de gel sur la fiche du bien au registre foncier britannique. En amont, le Trésor américain l’avait sanctionné dès octobre 2025 parmi 146 cibles du Prince Group. Le département le décrivait comme un « CFO illicite de facto » chargé de la contrebande d’espèces et de la gestion de l’argent sale. De son côté, le Royaume-Uni l’a suivi en mars, via son régime de sanctions des droits humains. Londres citait ses liens avec Chen Zhi et des centres de fraude cambodgiens où les travailleurs subiraient travail forcé et traitements cruels.
Dans les faits, les autorités décrivent le Prince Group comme une façade de fraude en ligne à « échelle industrielle », selon le quotidien britannique. L’ensemble inclut les arnaques sentimentales et à l’investissement surnommées pig butchering. Effectivement, l’ONU estime à plus de 100 000 le nombre de travailleurs victimes de traite forcés d’y opérer. Une audience doit par ailleurs se tenir ce lundi pour prolonger la saisie des montres et bijoux de Li, évalués à 10,6 millions de livres, ainsi que de 92 570 livres en espèces.
Un filet qui s’étend de St John’s Wood à l’île de Man
Évidemment, le penthouse ne fait que rejoindre une liste déjà bien garnie. D’après le Times, les ordres de gel couvrent aussi un manoir de 12 millions de livres à St John’s Wood. S’y ajoute un immeuble de bureaux de 100 millions de livres dans la City, tous deux liés à Chen Zhi, le président du groupe. Or, ce dernier avait été arrêté au Cambodge puis extradé vers la Chine. Côté bras droit présumé, Wu An Ming voit lui aussi ses biens glacés. Un manoir de 30 millions de livres à Holland Park, et un hôtel particulier de 53 millions de livres à Belgravia, immatriculé au nom d’une femme présumée être son épouse. Selon les informations disponibles, Wu aurait été arrêté au Japon en juin.
Pour rappel, la police avait aussi perquisitionné en octobre dernier deux résidences de Li sur l’île de Man, dans une opération conjointe avec le FBI. Sur place, le Prince Group aurait obtenu des licences de jeux. Celles-ci servaient, selon les autorités, à blanchir le produit de ses crimes. Outre-Atlantique, les États-Unis cherchent la confiscation d’environ 14 milliards de dollars en Bitcoin liés au groupe, un record. Parallèlement, la Scam Center Strike Force revendique déjà 580 millions de dollars de saisies et de gèles en cryptomonnaies. Finalement, de son côté, le Prince Group affirmait l’an dernier « rejeter catégoriquement l’idée que lui-même ou son président Chen Zhi se soit livré à une quelconque activité illégale ».
Au final, l’affaire illustre un tournant. Les gendarmes financiers ne se contentent plus de tracer les stablecoins, ils s’attaquent désormais à la pierre. Une ère où les actifs gelés se comptent aussi en bitcoins bloqués dans une réserve sous surveillance. Il reste à savoir si les 14 milliards de dollars visés par Washington suivront le chemin du penthouse londonien.