Poutine signe la première loi crypto russe : Bitcoin autorisé à l’achat, toujours interdit au paiement
Il faut que tout change pour que rien ne change. Vladimir Poutine a signé le 4 août la première loi russe encadrant le marché des cryptomonnaies, six ans après le texte de 2020 sur les actifs financiers numériques, qui avait posé quelques briques sans jamais structurer de marché. Plateformes d’échange, dépositaires numériques, courtiers et chambres de compensation entrent dans un périmètre juridique défini. Une ligne reste infranchissable : le rouble demeure la seule monnaie de paiement autorisée sur le territoire russe. Entrée en vigueur au 1er septembre, montée en charge étalée sur près de deux ans.
Points clés
- Le président russe a promulgué le texte fondateur du marché crypto national, applicable dès le 1er septembre 2026.
- Les épargnants non qualifiés sont limités à 300 000 roubles d’achats cryptos annuels par intermédiaire ; les qualifiés n’ont aucun plafond.
- Payer en cryptomonnaie reste banni sur le sol russe, mais les contrats de commerce extérieur y échappent.
- L’extraction de cryptomonnaies est prohibée à Moscou, dans son oblast et une partie de la région de Koursk, du 15 août 2026 à fin 2032.
Le marché crypto s’organise, les paiements restent hors-la-loi
Pour opérer légalement selon les informations officielles de TASS, les plateformes d’échange devront s’inscrire dans un registre spécial, justifier de 15 millions de roubles de fonds propres (environ 187 000 dollars) et rejoindre une organisation d’autorégulation du marché financier. Un ticket d’entrée modeste. Il sort malgré tout de la zone grise des acteurs qui servaient jusqu’ici des millions de Russes sans le moindre statut.
Côté paiements, rien n’a bougé. Régler des biens ou services en cryptomonnaies sur le territoire reste interdit, la publicité pour cet usage aussi. La loi prévoit cependant une brèche pour les contrats de commerce extérieur entre résidents et non-résidents. Cette exception n’a rien de théorique. Moscou a commencé à utiliser les cryptomonnaies dans son commerce international dès 2024, via un régime expérimental pensé pour contourner les sanctions occidentales et l’exclusion des circuits bancaires en dollars.
« Dans le cadre du régime expérimental, il est possible d’utiliser les bitcoins que nous avons minés ici, en Russie. De telles transactions ont déjà lieu. Nous pensons qu’elles doivent être étendues. C’est l’avenir. »
Anton Siluanov, ministre des Finances de la Fédération de Russie
Cryptomonnaies en Russie, 300 000 roubles pour les particuliers, la porte grande ouverte aux qualifiés
Le compromis tient en un chiffre. Les investisseurs non qualifiés pourront acheter les cryptomonnaies les plus liquides dans la limite de 300 000 roubles par an et par intermédiaire, soit environ 3 700 dollars. La liste des actifs éligibles reste à définir, ce qui laisse à la Banque de Russie la main sur le périmètre réel.
Les investisseurs qualifiés, eux, achètent ce qu’ils veulent, sans plafond. Les deux catégories devront passer un test d’adéquation. L’historique de transactions crypto d’un particulier peut à lui seul lui ouvrir le statut de qualifié, un raccourci que la Banque centrale ne voulait pas entendre l’an dernier. Elle plaidait alors pour réserver ces actifs à des investisseurs « super-qualifiés », au patrimoine d’au moins 100 millions de roubles. Elvira Nabiullina a perdu cette manche.
Minage de bitcoin, le calendrier s’étale et la vis se resserre à Moscou
Les dispositions sur l’émission et la circulation des actifs numériques n’entreront en application que le 1er septembre 2027. Les prestataires d’échange pourront opérer sans enregistrement jusqu’au 1er juillet 2027, les opérateurs d’actifs financiers numériques déjà actifs bénéficient d’un sursis jusqu’au 1er mars 2027. Le marché russe fonctionnera donc encore de longs mois en régime transitoire.
Le tour de vis se poursuit en parallèle sur le minage de cryptomonnaies, légalisé et fiscalisé depuis fin 2024. Un décret gouvernemental interdit désormais l’extraction et la participation à des mining pools à Moscou, dans son oblast et une partie de la région de Koursk, du 15 août 2026 à fin 2032. Une dizaine de régions étaient déjà concernées par des interdictions totales ou saisonnières, la faute à un réseau électrique sous tension. Le pays reste pourtant l’un des trois premiers au monde par la puissance de calcul consacrée au Bitcoin.
La Russie et les cryptomonnaies : 2 vitesses
Cette architecture arrive sur un marché déjà en mouvement. Le MOEX propose depuis 2025 des contrats à terme adossés à l’ETF Bitcoin de BlackRock, Sberbank a lancé en mai une obligation structurée liée au cours du BTC, et le stablecoin adossé au rouble A7A5 a fait transiter plus de 100 milliards de dollars en moins d’un an, selon la société d’analyse Elliptic. Face à ces montants, les 300 000 roubles annuels laissés au petit épargnant russe font pâle figure.
Cette loi n’ouvre donc pas un marché libre, elle consolide un canal étroit et surveillé, pensé autant pour l’épargnant que pour l’État. Le rouble garde le monopole des paiements domestiques, mais Moscou a déjà montré, avec ses règlements crypto pour le commerce extérieur, qu’elle sait ouvrir des portes ailleurs quand les sanctions ferment les autres. La prochaine échéance tombe le 1er mars 2027, quand les opérateurs actuels devront choisir entre s’enregistrer ou disparaître.