Crypto et menace quantique : Europol sonne l’alarme et presse l’Europe d’agir
Le présent a une mémoire longue. Mercredi 7 octobre, Europol a publié deux rapports sur la menace quantique. Le premier porte sur les wallets, le second sur les données déjà volées en attendant que la puissance arrive.
Les points clés de cet article :
- Europol considère la cryptographie à clé publique comme réellement menacée, les wallets étant le point d’exposition principal.
- NIST prévoit de retirer la cryptographie classique à clé publique d’ici 2035, les configurations actuelles étant dépréciées dès 2030.
- La migration de l’ensemble des UTXOs de Bitcoin demanderait au moins 76 jours de coupure cumulée.
- Une signature post-quantum occupe environ 20 Ko contre 72 octets pour une ECDSA.
La blockchain tient, le wallet craque
Le premier document, signé par l’European Cybercrime Centre (EC3), avance une distinction claire. Les fonctions de hachage qui sécurisent l’intégrité de la blockchain restent largement résistantes.
En revanche, la faille se situe dans les wallets, ceux qui autorisent les transactions grâce à la cryptographie à clé publique. C’est l’algorithme de Shor, publié en 1997, qui rend RSA, Diffie-Hellman et la courbe elliptique inopérante.
Dans les faits, Europol ne craint pas l’effondrement des cryptomonnaies. Ainsi, le rapport redoute une vulnérabilité ciblée sur la propriété et le contrôle des actifs numériques.
Le calendrier reste flou. Le Quantum Threat Timeline Report 2025, bâti sur l’avis de 32 experts mondiaux, donne une probabilité croissante qu’un ordinateur quantique casse RSA-2048 en 24 heures.
De son côté, Google vise une machine tolérante aux fautes d’ici 2029, un horizon que le document juge incertain. La réponse est donc organisationnelle plus que technologique.
D’une part, Europol recommande des mises à jour incrémentales et l’account abstraction du standard ERC-4337, qui remplace les comptes classiques par des smart contracts. D’autre part, l’adoption des algorithmes standardisés par le NIST en 2024, FIPS 203 (CRYSTALS-Kyber) et FIPS 204 (CRYSTALS-Dilithium).
Le hic ? La taille. Une signature hash-based comme XMSS occupe environ 20 Ko contre 72 octets pour une ECDSA, de quoi saturer des blocs déjà contraints.
Ainsi, une étude citée par le rapport chiffre la migration de tous les UTXOs à 76 jours de coupure continue minimum. Une telle coupure est intenable, et le chantier s’étalerait sur 300 jours en réservant 25% de chaque bloc. Effectivement, Taproot, adopté en 2021 avec les signatures Schnorr, n’apporte aucune résistance quantique et reste sous 1% d’usage.
« Harvest now, decrypt later », la collecte avant la puissance
Le second rapport, développé avec l’UC3M dans le cadre de l’Advisory Group Research and Development, ne parle plus de blockchain mais de données. Un attaquant stocke aujourd’hui des éléments chiffrés sans pouvoir les lire, en pariant qu’un ordinateur quantique le permettra plus tard.
Cette menace ne demande aucun ordinateur quantique aujourd’hui. Elle concerne surtout les données qui gardent une valeur sur la durée, les communications gouvernementales, les dossiers d’enquête et les identités d’informateurs.
Les entreprises sont classées de risque moyen à élevé pour leurs secrets commerciaux. Les particuliers restent de faible à moyen, sauf leurs dossiers médicaux, déjà cassés par la cyberattaque Oracle de 2025. D’un côté, la théorie est solide. De l’autre, la pratique dépend des configurations. L’analyse technique montre que TLS, SSH et le stockage OpenPGP sont vulnérables, mais pas au même degré.
Europol n’a pas connaissance d’un cas HNDL avéré et documenté. Néanmoins, des groupes comme REvil et Clop collectent déjà des données exfiltrées avant chiffrement pour les revendre ou relancer une extorsion plus tard. L’intention à long terme est difficile à prouver, le comportement, lui, est observable.
La crypto ne s’effondrera pas, mais personne ne migrera à sa place. Il reste maintenant à savoir si les réseaux accepteront de payer le prix du chantier que l’Europe leur réclame déjà.