Canton : la SEC classe son jeton « commodité », une première action tokenisée s’échange
Deux coups en vingt-quatre heures. La SEC a écrit mardi noir sur blanc que Canton Coin est une « commodité numérique ». La première action américaine tokenisée sous l’exemption « innovation » du gendarme boursier s’est ensuite échangée mercredi soir sur Canton Network (la blockchain institutionnelle de Digital Asset). Et un market maker parisien tenait le carnet.
Le réseau sert déjà à Goldman Sachs, BNY, Euroclear et au DTCC pour faire circuler des actifs sans exposer leurs données. Il a désormais un jeton béni par le régulateur et un marché d’actions qui tourne la nuit.
- La SEC a approuvé Canton Coin en tant que « commodité numérique », permettant l’échange de la première action américaine tokenisée sur la blockchain Canton Network.
- Canton Strategic Holdings a annoncé avoir échangé ses actions sous forme tokenisée, marquant un tournant dans le commerce d’actifs numériques.
Canton Coin, « commodité numérique » : ce que dit exactement la lettre de la SEC
Une lettre de non-action est une réponse du personnel de la SEC à une question précise d’un acteur de marché. Si vous faites ceci dans ces conditions, nous ne recommanderons pas de poursuites, dit-elle en substance. Celle-ci est datée du 3 novembre et répond à une demande des avocats de Canton envoyée le 30 octobre. Quatre jours. Jonathan Ingram, chef adjoint du contentieux de la Division of Corporation Finance, l’a signée et elle tient en une phrase : la Division « est d’avis que Canton Coin est une commodité numérique » au sens de l’interprétation publiée en mars.
En pratique, les Super Validators, validateurs et fournisseurs d’applications peuvent continuer à frapper du Canton Coin de façon programmatique sans enregistrer le jeton au titre du Securities Act. Le raisonnement repose sur deux affirmations des avocats que le staff reprend sans les vérifier. Le jeton tire sa valeur du fonctionnement automatique du réseau, et Canton n’a pas de « partie centrale ». Pas d’ICO ni de prémine non plus.
Les réserves sont classiques mais elles comptent. Des faits différents « pourraient amener la Division à des conclusions différentes », et le courrier ne constitue pas une conclusion juridique. Le marché n’a pas chipoté. Le CC (le ticker du jeton) a pris jusqu’à 6 % en séance mercredi d’après plusieurs médias, avant de revenir autour de 0,098 dollar jeudi matin (cours à recoller au moment de la publication).
Première action tokenisée sous l’exemption SEC, Flowdesk à la liquidité
Le même mercredi, à 16 h 15 heure de New York, Canton Strategic Holdings (Nasdaq : CNTN) a annoncé que ses propres actions venaient de s’échanger sous forme tokenisée. La société se présente comme le premier groupe coté à détenir du Canton Coin et siège parmi les Super Validators du réseau. Son patron Mark Wendland a résumé la journée en six mots, « Today, the first trades are done », les premières transactions sont faites.
La mécanique mérite deux lignes. Five North (un actionnaire existant) a sorti ses titres d’un compte chez un courtier pour les inscrire sur le registre on-chain tenu par Fairmint, un agent de transfert enregistré auprès de la SEC. DRW Cumberland a acheté. Le pool permissionné tournait sur Tradecraft, la plateforme de TSV, et le règlement-livraison s’est fait d’un bloc sur Canton, titres contre dollars tokenisés (USDC de Circle ou SBC de Brale).
Entre les deux, un Français. Flowdesk, market maker né à Paris en 2020 et agréé MiCA depuis juin, a fourni la liquidité via sa filiale américaine Flowdesk Liquidity Solutions. Reed Werbitt, son patron aux États-Unis, parle d’un objectif « vers lequel nous construisons depuis le début ». La maison n’est pas enregistrée comme broker-dealer. Elle s’appuie sur l’exemption de la définition de dealer prévue par l’Exchange Act et sur le texte temporaire du 17 septembre qui autorise ces pools d’actions tokenisées pour des investisseurs approuvés.
Wall Street on-chain, ce que Canton change et ce qui manque encore
Ne vous emballez pas sur les volumes, personne ne les connaît. Aucun des deux communiqués ne donne un prix ni un nombre d’actions. Le marché reste fermé au grand public, réservé à des wallets vérifiés (identité et sanctions) inscrits sur la liste blanche de Fairmint, avec des plafonds de volume et des arrêts possibles. Et l’exemption de la SEC est temporaire, comme la lettre de non-action est révocable.
Le mouvement de fond, lui, est documenté. Le DTCC, qui garde l’équivalent de 114 000 milliards de dollars de titres, a lancé la semaine dernière un service de tokenisation qui s’appuie en partie sur Canton, et Morgan Stanley dit déjà l’utiliser. Yuval Rooz, le PDG de Digital Asset, réclame des institutions qui aient « confiance dans la technologie qu’elles utilisent et dans le modèle économique qui la soutient ». Digital Asset a levé 355 millions de dollars cette année pour financer la technologie, la SEC vient de se prononcer sur le modèle économique.
Tout n’est pas gagné pour autant. Cboe et Citadel Securities ont attaqué en justice les contrats perpétuels sur actions le jour même de leur feu vert par la CFTC, et la tokenisation d’actions peut s’attendre au même comité d’accueil dès qu’elle touchera aux volumes des Bourses traditionnelles.
L’Europe avance par un autre chemin. Société Générale-FORGE émet déjà sur Canton et MiCA régule les émetteurs plutôt que les pools de liquidité, dans un marché où Flowdesk a décroché le 13 octobre son agrément d’établissement de paiement auprès de l’ACPR. Aux États-Unis, l’exemption du 17 septembre reste temporaire et le pool de TSV n’a encore qu’un seul titre à son tableau, celui d’une société dont le métier est de détenir du Canton Coin.