BlackRock s’allie à SBI pour marier fonds tokenisés et stablecoin yen
Un yen numérique pour les bons du Trésor de Larry Fink. SBI Holdings, Startale Group et deux filiales de BlackRock ont annoncé ce mardi 27 octobre un protocole d’accord. Objectif : relier des fonds monétaires tokenisés au JPYSC, le stablecoin yen émis par SBI Shinsei Trust Bank depuis juin. Le document ne contient ni montant ni date de lancement. Le fonds tokenisé BUIDL de BlackRock ne se réglait jusqu’ici qu’en dollars.
Points clés
- Quatre signataires, dont BlackRock Financial Management et BlackRock Japan, pour un accord de principe au stade de l’étude.
- Trois volets de travail, de la technique à la réglementation, sans enveloppe ni échéance.
- Le JPYSC circule depuis le 24 juin 2026, uniquement sur les comptes de SBI VC Trade.
L’accord BlackRock SBI tient en trois chantiers
Le communiqué publié par SBI Holdings ce 27 octobre à 10 heures (heure de Tokyo) parle d’un « accord de base ». C’est l’équivalent japonais du protocole d’accord (MOU). Quatre entités l’ont paraphé, SBI Holdings, Startale Group Pte. Ltd., BlackRock Financial Management, Inc. et BlackRock Japan. L’objectif tient en une ligne, construire un « écosystème d’actifs numériques » autour de fonds monétaires tokenisés et du JPYSC.
Selon The Block, les partenaires vont étudier trois chantiers. D’abord, l’infrastructure technique, pour souscrire ou racheter une part de fonds tokenisée contre du JPYSC. Ensuite, les modèles économiques et la distribution, en s’appuyant sur les réseaux commerciaux de BlackRock et de SBI. Enfin, la réglementation. Sur ce point, le Japon a de l’avance. Il encadre les stablecoins depuis 2023, via une révision de sa loi sur les services de paiement votée en 2022.
Yoshitaka Kitao, PDG de SBI Holdings, assume la dimension nationale du projet. « Le passage à la finance on-chain devient une tendance mondiale inévitable. Si le Japon veut mener cette transformation plutôt que de prendre du retard, nous devons nous préparer tôt. » Sota Watanabe, CEO de Startale, y voit « une pièce essentielle des fondations de la finance on-chain ». Côté BlackRock, Sachiko Hashimoto (BlackRock Japan) et Jonathan Steel (BlackRock Financial Management) promettent un pont entre finance traditionnelle et actifs numériques. Mais ils ne nomment aucun produit.
Le fonds BUIDL absent de l’accord
Un fonds monétaire tokenisé place l’argent en bons du Trésor et en liquidités à court terme. Chaque part est inscrite sur une blockchain sous forme de token. BUIDL, lancé par BlackRock en mars 2024 avec Securitize, affiche environ 2,17 milliards de dollars d’encours selon The Block. Le communiqué de SBI ne le cite pourtant jamais. Il parle de fonds monétaires tokenisés au pluriel et ne désigne aucun véhicule précis.
JPYSC : le stablecoin yen lancé par SBI en six mois
Retour au 15 décembre 2025. Ce jour-là, SBI et Startale signent un premier protocole d’accord. Il porte sur un stablecoin yen « entièrement régulé », destiné aux règlements internationaux. CoinDesk détaille alors les rôles : Shinsei Trust & Banking émet et rembourse le jeton, SBI VC Trade le distribue. Startale fournit les smart contracts. Le lancement est visé pour le deuxième trimestre 2026, sous réserve des dernières approbations réglementaires.
Le calendrier a tenu. Le 24 juin 2026, SBI Shinsei Trust Bank a traité la première émission du JPYSC. SBI le présente comme le premier stablecoin yen adossé à une banque fiduciaire au Japon. Son statut d’« instrument de paiement électronique » lui évite un plafond de 1 million de yens par transaction. Ce plafond vise les stablecoins des simples opérateurs de transfert de fonds. Depuis septembre, SBI place une partie de ses réserves en obligations d’État japonaises. En revanche, le token reste cantonné aux comptes de SBI VC Trade. Sa sortie vers une blockchain publique attend encore un feu vert juridique et fiscal.
SBI n’a pas attendu BlackRock pour tester son jeton. En juillet, il a mené une preuve de concept sur un testnet Ethereum avec Startale et la plateforme singapourienne DigiFT. Les souscriptions et les dividendes du SBI Japan High Dividend Equity Fund y ont transité en JPYSC. Ce fonds pèse environ 200 milliards de yens (1,3 milliard de dollars). Startale sert de bras technique au groupe. SBI a d’ailleurs mené son tour de table de 50 millions de dollars en mars 2026.
Ni montant ni blockchain dans l’accord BlackRock SBI
Lisez le communiqué en entier, vous n’y trouverez ni enveloppe financière ni date de mise en service. Il ne nomme aucune blockchain. Quant au JPYSC, il n’a pas encore quitté le registre de SBI VC Trade. BUIDL est aujourd’hui déployé sur Ethereum, Solana, Aptos et Avalanche, mais le texte ne dit pas s’il sera le fonds connecté au JPYSC. Il n’explique pas non plus comment régler une part en dollars contre un stablecoin en yens, sans opération de change. Certes, BlackRock a tokenisé en août des parts de six fonds monétaires via Kinexys, la plateforme blockchain de JPMorgan. Mais ces fonds sont libellés en dollars, en euros et en livres sterling, aucun en yens.
Le Japon a déjà encadré les stablecoins yen
Pourquoi le Japon, alors ? Parce que le cadre y est déjà écrit. Seuls les banques agréées, les fiduciaires et les opérateurs de transfert de fonds enregistrés peuvent émettre un stablecoin adossé à une monnaie. SBI coche la case grâce à sa banque fiduciaire. En face, MUFG, SMBC et Mizuho préparent leur propre réseau de stablecoins yen. Le projet a reçu le label « Payment Innovation Project » de la FSA, le régulateur financier japonais. De son côté, le JPYC de JPYC Inc. circule depuis octobre 2025. BlackRock a donc signé avec le camp qui avait déjà un token en circulation et un exchange agréé pour le distribuer.
SBI accumule les partenaires autour du JPYSC. En août 2025, le groupe annonçait déjà une plateforme de trading d’actions tokenisées avec Ripple, Circle et Startale. Le RLUSD et l’USDC y servent de monnaies de règlement. Dès décembre, SBI a conçu le JPYSC comme la jambe yen de ces règlements, aux côtés du stablecoin dollar USDSC de Startale.
MUFG, SMBC et Mizuho visent des transactions réelles en stablecoin yen d’ici la fin de l’exercice fiscal 2026, en mars 2027. D’ici là, SBI est seul au Japon à réunir un stablecoin yen en circulation et sa propre banque fiduciaire émettrice. Et depuis ce matin, le premier gestionnaire d’actifs mondial siège à sa table.