Pump.fun « optimisé pour l’addiction » : ce que disent vraiment les messages internes cités au tribunal
Mauvaise rediffusion pour Pump.fun. Depuis le week-end, des captures de messages internes de la plateforme de memecoins circulent sur X comme une révélation toute fraîche. Elles sortent en réalité d’une plainte déposée le 7 janvier à New York dans le recours collectif qui vise Pump.fun depuis janvier 2025 et dont le volet racket a survécu fin août au tri de la juge.
- Des captures de messages internes de la plateforme Pump.fun ont fait surface, issues d’une plainte déposée à New York en janvier 2025.
- Les allégations incluent un modèle de plateforme conçu pour maximiser le trading addictif, avec des accusations fondées sur la loi fédérale anti-racket RICO toujours en cours contre Baton et ses fondateurs.
Pump.fun et les messages internes cités au tribunal
L’affaire s’appelle Aguilar v. Baton Corporation. Baton est la société qui exploite Pump.fun. Le dossier est instruit par le tribunal fédéral du district sud de New York, sous le numéro 1:25-cv-00880, devant la juge Colleen McMahon. Les plaignants sont défendus par Burwick Law et Wolf Popper.
Petite correction au passage. Le « Document 125 » brandi sur X est une lettre des avocats de Pump.fun à la juge. Les citations viennent du document suivant, la deuxième plainte amendée de 186 pages, enregistrée le 7 janvier 2026. La date « 01/07/26 » de l’en-tête est au format américain.
Page 104, un intertitre résume la thèse des plaignants. Les conversations internes de l’équipe prouveraient que la plateforme a été « délibérément conçue pour maximiser le trading addictif et les revenus de frais ». Les messages cités datent du printemps 2024 et viendraient d’un lanceur d’alerte.
Le 27 avril 2024, le cofondateur Alon Cohen écrit que Pump.fun a fait sauter les barrières qui protégeaient les particuliers de chances « vraiment vraiment faibles ». Il parle de « gambling ». Et il promet des utilisateurs « plus heureux (même si la plupart perdent) ».
La veille, dans un échange avec ses associés Dylan Kerler et Noah Tweedale, l’équipe réclame des « lumières clignotantes » et une « animation constante ». La plainte décrit un objectif de nouveau contenu toutes les deux secondes, façon machine à sous. La direction suggère de consulter un « gars d’Instagram » pour comprendre les « tactiques » du web2. Le 1er mai, Cohen partage dans le chat d’équipe la comparaison d’un utilisateur entre l’application et le crack.
Ce que la justice a retenu contre Pump.fun
Tout cela reste des allégations, et le tri a déjà eu lieu. Le 31 août 2026, la juge McMahon a rendu une décision de 79 pages qui a sérieusement allégé le dossier. Solana Labs, la Solana Foundation et leurs dirigeants, Anatoly Yakovenko compris, en sortent. Les demandes fondées sur le droit boursier pour les tokens FRED et GRIFFAIN tombent aussi, faute d’« entreprise commune » au sens du test de Howey.
Ironie du dossier, la juge a écarté la théorie du jeu d’argent illégal, puisque acheter un memecoin n’est pas un pari au regard du droit new-yorkais.
Le cœur du dossier tient pourtant. Les accusations fondées sur le RICO, la loi fédérale anti-racket, visent toujours Baton, Cohen, Kerler et Tweedale. Le cabinet Wolf Popper précise que la juge a trouvé plausible une association de fait entre la société, ses fondateurs et 25 promoteurs non identifiés. Selon le résumé publié par Crypto Times, les faits de fraude retenus reposent sur trois posts de Cohen de fin 2024 vantant une plateforme de lancement « équitable » à l’abri des rug pulls.
Les plaignants chiffrent les pertes des particuliers entre 4 et 5,5 milliards de dollars. C’est un chiffre de partie. Toujours selon Crypto Times, la juge a d’ailleurs exclu les pertes de trading du champ du RICO, pour ne laisser dans la balance que les frais et les pertes d’exécution.
Nous n’avons trouvé aucune réaction publique de Pump.fun aux captures virales lundi matin. Devant le tribunal, ses avocats ont qualifié les promesses d’équité de simple « puffery », une exagération commerciale sans portée juridique. Dans sa lettre de janvier, Baton rappelle que les tokens sont créés par les utilisateurs eux-mêmes, et conteste même utiliser le nom commercial Pump.fun.
Le modèle de Pump.fun encaisse à chaque clic
Les frais tombent quel que soit le sort du token. Sur la bonding curve, le mécanisme qui fixe le prix avant l’arrivée sur PumpSwap, la grille officielle prélève 1,25 % par transaction, dont 0,95 % pour le protocole et 0,30 % pour le créateur. Depuis le 17 octobre, une commission de plateforme de 0,45 % s’y ajoute sur le site et l’application mobile. Un aller-retour coûte donc environ 3,4 % avant le moindre mouvement de prix.
DefiLlama crédite l’ensemble des produits Pump de 63 millions de dollars de revenus sur trente jours, et d’environ 1,38 milliard depuis le lancement. Une partie finance le rachat du token PUMP. Il s’échange à 0,0042 dollar selon CoinGecko, pour une capitalisation de 1,93 milliard de dollars. C’est 52 % sous son record de 0,0088 dollar du 14 septembre 2025.
Samedi 24 octobre, l’analyste The Smart Ape a affirmé sur X avoir repéré un réseau de 43 wallets qui lancent des memecoins sur Pump.fun, raflent l’offre en « bundle », c’est-à-dire en achats groupés via plusieurs adresses dès le lancement, puis retirent la liquidité. Les profits atterriraient sur un portefeuille détenant environ 1,03 million de dollars en USDC. Nous n’avons pas pu vérifier ces adresses de façon indépendante, et Pump.fun ne s’est pas exprimé. Le schéma n’a rien de neuf : 98,6 % des jetons créés sur Pump.fun ne voient jamais le jour.
Avant d’acheter un memecoin tout juste lancé, ouvrez la liste des détenteurs sur Solscan. Plusieurs wallets financés depuis la même adresse et entrés dans le même bloc signent un bundle. Et à 1,7 % par passage sur l’application, trois allers-retours dans la journée grignotent déjà 10 % de votre mise, sans que le cours ait bougé d’un centime.