Anthropic : plus de 80 milliards $ de pertes en 6 mois
Quinze fois plus de revenus, six fois plus de pertes. Le Wall Street Journal a consulté mardi 20 octobre au soir un nouveau brouillon du prospectus d’introduction en Bourse de la société. Anthropic affiche 16,3 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, contre 1,1 milliard un an plus tôt. La perte nette grimpe pourtant à 80,7 milliards, contre 13 milliards sur la même période de 2025. Fin septembre, un premier document faisait état d’une perte de 42 milliards de dollars sur l’ensemble de 2025. Le compteur a donc presque doublé en six mois, et l’essentiel du trou reste une affaire d’écritures comptables.
- Le brouillon de S-1 consulté par le Wall Street Journal affiche 16,3 milliards $ de revenus et 80,7 milliards $ de perte nette au premier semestre 2026.
- Environ 72 milliards $ de cette perte relèvent d’une écriture comptable : la réévaluation des titres convertibles, sans aucune sortie de cash.
- Anthropic s’est engagée sur 450 milliards $ de contrats cloud, soit une fois et demie la capitalisation d’Ethereum, avant une IPO visée à 2 000 milliards $.
Anthropic perd 80,7 milliards $, presque tout sur le papier
Un S-1 est le document d’enregistrement qu’une société dépose auprès de la SEC avant de vendre ses actions au public. Celui d’Anthropic circule encore en version préliminaire, et la société a refusé de commenter les chiffres du quotidien américain. Les reprises du document, dont celle de Yahoo Finance, attribuent la majeure partie de la perte à des charges comptables. Environ 72 milliards de dollars correspondent à la réévaluation d’instruments convertibles détenus par les investisseurs.
Le mécanisme mérite deux lignes. Une partie des fonds levés par Anthropic l’a été sous forme de titres convertibles en actions. Les normes comptables imposent de les inscrire au passif à leur juste valeur. Cette valeur suit par ailleurs la valorisation de la société. Entre février et l’automne, Anthropic est passée de 380 milliards de dollars à un objectif de 2 000 milliards. La dette théorique envers ses propres investisseurs explose en conséquence. Aucun dollar ne sort de la caisse, mais cette perte dite non-cash pèse bel et bien dans les comptes publiés.
Côté argent qui sort vraiment, la facture de calcul atteint près de 9 milliards de dollars sur le semestre. Les revenus couvrent donc la puissance de calcul consommée, ce qui n’était pas le cas un an plus tôt.
450 milliards $ de contrats cloud, jusqu’à 750 milliards : la vraie facture
Le document du 29 septembre parlait de 518 milliards de dollars d’obligations pluriannuelles. Le brouillon du 20 octobre détaille le passif. Anthropic s’est engagée à payer autour de 450 milliards de dollars de services cloud sur les sept à dix prochaines années. Dans le détail, 111 milliards iraient à Google et 110 milliards à Amazon, d’après les lecteurs du document. La société écrit aussi qu’elle pourrait dépenser jusqu’à 750 milliards de dollars dans les années à venir. Objectif : obtenir davantage de capacité de calcul.
Mettez ces montants en face des 16,3 milliards de revenus semestriels. Même en annualisant les 16,8 milliards du troisième trimestre présentés aux investisseurs mi-octobre, le compte n’y est pas. Il faudrait près de sept ans de chiffre d’affaires au rythme actuel pour couvrir les seuls contrats déjà signés. Les facteurs de risque listés dans le brouillon le reconnaissent à leur manière. Anthropic cite l’opposition locale aux centres de données, qui pourrait ralentir la construction des capacités promises. Elle mentionne aussi sa dépendance envers trois fournisseurs cloud qui la considèrent comme une concurrente.
Une IPO Anthropic à 2 000 milliards $ sur deux lectures des mêmes comptes
Le troisième trimestre raconte une autre histoire. Les revenus de juillet à septembre ont atteint 16,8 milliards de dollars, en hausse de 45 % sur un trimestre. La société revendique aussi, pour la première fois, une rentabilité ajustée, selon CNBC et le Financial Times du 15 octobre. Le rythme annualisé dépasse 65 milliards de dollars depuis août.
Et c’est bien le problème des investisseurs. Le même prospectus montre une entreprise qui gagne enfin plus qu’elle ne dépense en calcul. Il montre aussi une entreprise qui perd 80 milliards par semestre, selon la ligne que l’on choisit de lire. Un analyste interrogé par CNBC le 7 octobre parlait déjà de l’« IPO la plus ridicule de l’année ». La cotation visée sur le Nasdaq à près de 2 000 milliards de dollars dépasserait celle de SpaceX. Aucune date ferme n’est toutefois publique à ce jour, après un premier report évoqué pour la mi-octobre.

L’IPO d’Anthropic serait la plus grosse de l’histoire, devant SpaceX. Elle arrive pourtant alors que les méga-introductions de l’IA aspirent déjà la liquidité du marché crypto. Ses 450 milliards de dollars de contrats cloud représentent à eux seuls une fois et demie la capitalisation d’Ethereum. Celle-ci tourne en effet autour de 300 milliards ce mercredi.