Hyperliquid veut des contrats perpétuels sur la puissance de calcul IA, et le demande à la CFTC
Après le pétrole, les puces. Le Hyperliquid Policy Center est le bras lobbyiste de l’exchange de dérivés onchain. Ce mardi 20 octobre, il a déposé une lettre de commentaire auprès du régulateur américain des marchés à terme. Sa demande : autoriser aux États-Unis des contrats perpétuels d’un nouveau genre. Leur sous-jacent n’est ni le bitcoin ni le brut, mais l’heure de location d’un GPU. Hyperliquid avait déjà plaidé en août pour des perpétuels énergie et un trading 24h/24. Cette fois, l’exchange pousse donc l’outil roi de la crypto vers la matière première de l’intelligence artificielle.
- Le Hyperliquid Policy Center a demandé à la CFTC d’autoriser des contrats perpétuels basés sur la location d’heures de GPU, une matière première essentielle pour l’intelligence artificielle.
- La CFTC a considéré la création de produits dérivés sur la puissance de calcul comme cruciale pour la compétitivité américaine dans la course à l’IA, ouvrant une consultation publique sur ce sujet en août.
Pourquoi la CFTC s’intéresse au compute
Reprenons depuis le début. Le 19 août, la CFTC (Commodity Futures Trading Commission, le gendarme américain des dérivés) a ouvert une consultation publique. Son objet : des produits dérivés adossés à la puissance de calcul. Autrement dit, le prix de location des processeurs qui entraînent et font tourner les modèles d’IA. Son président Michael Selig avait alors donné le ton, selon Reuters. L’Amérique « ne peut pas gagner la course à l’IA sans un marché robuste de dérivés sur le compute ». La consultation portait sur quatre points, dont la surveillance du marché et la possibilité de contrats perpétuels sur le compute.
Pourquoi un régulateur de matières premières s’empare-t-il de ce sujet ? Parce que le prix du calcul bouge beaucoup et que personne ne peut s’en protéger. Prenons les chiffres cités par le HPC. Fin 2024, une heure de location d’une puce Nvidia H100 valait entre 2,50 et 3,19 dollars sur les places de marché en ligne. Un an plus tard, elle tournait autour de 2 dollars. Par exemple, un data center qui a acheté ses cartes à crédit encaisse la baisse sans filet. Un développeur qui loue du calcul subit la hausse de la même façon. Enfin, contrairement au blé ou au gaz, cette heure de calcul ne se stocke pas.
D’ailleurs, le marché traditionnel a déjà flairé l’aubaine. Le CME Group a annoncé en août des futures sur la location mensuelle des GPU H100 et B200. Ils étaient prévus sur le NYMEX pour le 5 octobre. Bref, des contrats datés, avec échéance, à l’ancienne.
Ce que réclame le Hyperliquid Policy Center à la CFTC
C’est exactement là que la lettre du HPC se place. Les contrats à échéance, dit-elle en substance, ne couvrent qu’une partie du besoin. Un data center loue ses machines heure par heure. Une plateforme d’inférence paie son calcul tous les jours. Or aucune de ces deux expositions n’a de date de fin. Un contrat perpétuel ne s’éteint jamais et se maintient par un mécanisme de financement entre acheteurs et vendeurs. Il épouse donc ce profil, sans obliger le couvreur à « rouler » sa position d’un mois sur l’autre.
Le HPC demande six choses au régulateur. D’abord, des dérivés sur les deux formes sous lesquelles le calcul se vend : la GPU-heure et le token d’inférence. Ce dernier est l’unité de texte produite par un modèle. Ensuite, des principes clairs pour les indices de référence. Le HPC soutient explicitement le standard proposé par Douro Labs, le contributeur principal de l’oracle Pyth. Par ailleurs, le droit pour plusieurs indices concurrents de coexister plutôt qu’un benchmark unique. Puis des limites de position et une surveillance renforcée pendant les premiers mois. Et surtout, l’examen des perpétuels sur le compute au cas par cas. C’est la procédure déjà utilisée pour les perpétuels crypto depuis la déclaration de politique de mai 2026.
Une porte ouverte en mai pour les perpétuels crypto
Ce dernier point est l’enjeu. Fin mai, la CFTC a approuvé le premier contrat perpétuel sur le bitcoin coté sur un marché régulé américain. Dans la foulée, elle a publié une doctrine qui autorise ce type de produit par examen individuel. Hyperliquid veut donc que cette porte, ouverte pour les cryptos, serve aussi aux matières premières. Le dossier énergie, en août, était ainsi le premier essai. Le compute est le second, et il arrive sur un terrain où Washington a envie de dire oui. En effet, le gouvernement américain le répète depuis des mois. La course à l’IA se gagne avec des marchés profonds, construits sur son sol.
La lettre pousse aussi un argument bien plus crypto. Une partie du marché du calcul tourne déjà onchain. Ainsi, des prêts en stablecoins garantis par des GPU, des crédits d’inférence tokenisés ou des réseaux d’inférence réglés sur blockchain. Demain, des agents logiciels achèteront peut-être du calcul en continu, sans intervention humaine. Ils auront alors besoin de marchés ouverts en permanence et réglés par du code. Autrement dit, la description d’un carnet d’ordres Hyperliquid.
Le calendrier n’est pas anodin pour l’exchange. Le CME, qui lance ses propres produits compute, a attaqué la CFTC en justice. Motif : l’autorisation des perpétuels de Kalshi et Coinbase. Entre le géant des dérivés et le régulateur, Hyperliquid choisit son camp et pose sa candidature pour fournir l’infrastructure. Désormais, les commentaires sont sur la table. La Commission n’a fixé aucune date pour trancher. Cependant, son président avait promis en août de premières « règles de la route » pour les marchés américains du compute.