Économie : La stratégie en 4 étapes des millennials pour protéger leur carrière de l’IA
Le plan de carrière a pris un coup de vieux. Glassdoor a interrogé les salariés américains : 76 % des millennials disent remettre en question leur trajectoire professionnelle, entre plans sociaux à répétition et automatisation qui grignote les tâches de bureau.
Dans les faits, quatre réflexes reviennent chez ceux qui encaissent le mieux le choc : apprendre à manier l’IA plutôt qu’à la craindre, transformer une expertise en actif, multiplier les canaux de revenus et faire travailler son épargne. La quatrième brique passe d’ailleurs de plus en plus par les actifs numériques. On fait le point sur cette étude.
Points clés
- 76 % des millennials remettent en question leur trajectoire professionnelle face aux licenciements et à l’automatisation, selon Glassdoor
- Plus d’un million de suppressions de postes annoncées aux États-Unis en 2025, un record depuis 2009, dont des dizaines de milliers imputées à l’IA
- Quatre réflexes reviennent : maîtriser l’IA, transformer son expertise en actif, multiplier les revenus et faire travailler son épargne
- Stablecoins pour les missions transfrontalières, staking à environ 3 % et achat programmé de bitcoin s’installent dans la stratégie patrimoniale des 25-44 ans
Licenciements et IA : Pourquoi 76 % des millennials doutent
Le chiffre de Glassdoor ne sort pas de nulle part. Le cabinet Challenger, Gray & Christmas a recensé plus d’un million de suppressions de postes annoncées aux États-Unis en 2025, un niveau inédit depuis 2009. Des dizaines de milliers de ces coupes sont explicitement imputées à l’intelligence artificielle par les employeurs eux-mêmes. Amazon a rayé 14 000 postes de cols blancs fin 2025, après que son directeur général Andy Jassy eut prévenu que l’IA générative réduirait mécaniquement les effectifs administratifs du groupe.
Le Forum économique mondial chiffre l’ampleur du basculement dans son Future of Jobs Report : 40 % des employeurs interrogés anticipent une réduction d’effectifs sur les tâches automatisables d’ici 2030, pour 92 millions d’emplois détruits et 170 millions créés. Le solde reste positif, mais les postes créés ne tombent ni dans les mêmes bureaux ni sur les mêmes profils.
Et les géants de l’IA ne se dérobent pas devant leurs responsabilités :
« Nous, en tant que producteurs de cette technologie, avons le devoir et l’obligation d’être honnêtes sur ce qui arrive. »
Dario Amodei, directeur général d’Anthropic – Source : Forbes
Le patron d’Anthropic chiffre la casse à la moitié des postes de cols blancs juniors et un chômage américain compris entre 10 % et 20 % sous un à cinq ans. Les millennials encaissent ce choc à l’âge le plus coûteux. Nés entre 1981 et 1996, ils ont aujourd’hui entre 30 et 45 ans : crédit immobilier, enfants en bas âge, parfois parents à charge. La génération entrée sur le marché du travail pendant la crise de 2008 affronte une seconde secousse au moment précis où ses charges fixes culminent.

La stratégie en 4 étapes des millennials pour blinder leur carrière face à l’IA
Les parcours qui résistent reposent moins sur un intitulé de poste que sur un empilement de couches indépendantes les unes des autres.
- Manier l’IA plutôt que la subir. Les compétences en IA générative arrivent en tête des savoir-faire dont la demande progresse le plus vite selon le Forum économique mondial, et les fiches de poste qui les exigent se multiplient dans le marketing, la finance et le développement.
- Transformer l’expertise en actif. Une audience, une newsletter, un carnet de clients ou un produit numérique restent la propriété du salarié le jour où l’employeur désactive le badge.
- Multiplier les canaux de revenus. Upwork estime que 64 millions d’Américains ont exercé une activité indépendante en 2023, soit 38 % de la population active. Le revenu complémentaire fonctionne alors comme une assurance.
- Faire travailler l’épargne. Un matelas de sécurité en liquidités d’abord, puis une exposition à des actifs longs : indices actions, immobilier et, de plus en plus, cryptomonnaies.

Crypto : La brique que les millennials ajoutent à leur filet de sécurité
L’exposition aux actifs numériques n’a plus rien d’anecdotique dans cette tranche d’âge. Security.org chiffrait à près de 28 % des adultes américains la part des détenteurs de cryptomonnaies en 2025, avec une concentration marquée chez les 25-44 ans. Pour un indépendant, l’intérêt dépasse largement le pari spéculatif.
Les stablecoins ont réglé plusieurs milliers de milliards de dollars de transferts en 2025 et servent désormais de rail de paiement pour les missions transfrontalières. Un freelance français qui facture un client singapourien encaisse en quelques secondes pour quelques centimes de frais, là où un virement international immobilise trois jours et prélève 20 à 40 euros.
Côté investissement, le staking d’ether offre actuellement un rendement d’environ 3 % par an, tandis que l’achat programmé de bitcoin (DCA) reste la méthode la plus utilisée pour lisser le prix d’entrée, sans chercher à timer le marché. Ces actifs présentent toutefois une forte volatilité : le bitcoin a connu plusieurs corrections de plus de 50 % au cours de la dernière décennie. Ils ne doivent donc en aucun cas servir de fonds d’urgence.
Aucune de ces quatre couches ne rend une carrière invulnérable. Empilées, elles changent pourtant la nature d’une négociation : un cadre qui tire un tiers de ses revenus d’une activité indépendante et dispose de douze mois de dépenses d’avance n’aborde pas un plan social comme un salarié mono-revenu. Pendant que les métiers de bureau traditionnels absorbent les coupes, les postes de développeur blockchain, d’analyste conformité et de spécialiste des paiements en stablecoins continuent de s’ouvrir chez les exchanges et les émetteurs. Le monde change et les jeunes doivent s’adapter pour trouver leur place.