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Un data center IA à 10 minutes de Lascaux : la Dordogne découvre la France des « usines à calcul »

Les bisons de Lascaux, le foie gras et les canoës sur la Vézère. La Dordogne offre depuis cinquante ans la même carte postale, celle d’une France simple d’avant les machines. Pourtant, contraste saisissant, à dix minutes de la célèbre grotte, une papeterie fermée doit accueillir fin 2027 un supercalculateur d’intelligence artificielle. Le groupe SPB (via sa filiale Condat Solutions) annonce deux milliards d’euros d’investissement. Mais une pétition des habitants dépasse déjà 5 600 signatures, et 400 personnes ont rempli la salle des fêtes du Lardin-Saint-Lazare le 30 septembre dernier. Pourtant, ce dossier arrive dans un pays où les data centers et les mineurs de bitcoin chauffent déjà des maisons mais les réticences locales sont encore très souvent au rendez-vous.

Les points clés de cet article :
  • SPB veut installer fin 2027 un centre de calcul pour l’IA sur l’ancienne usine de papier de Condat-sur-Vézère, avec deux milliards d’euros annoncés et 250 emplois promis.
  • Un collectif d’habitants a réuni plus de 5 600 signatures contre le projet, à côté de la grotte de Lascaux et en zone Natura 2000.
  • Les 25 mégawatts de la première tranche s’ajoutent à 18 gigawatts déjà réservés chez RTE, là où le minage de bitcoin offre une souplesse que l’IA n’a pas.

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Condat Solutions : ce que SPB promet à la vallée de la Vézère

Le groupe sarthois SPB, dirigé par Ghislain Huot, a racheté le site en mars actant alors le licenciement de 164 salariés, (tout en conservant vingt-et-un d’entre eux). La nouvelle société s’appelle Condat Solutions et son projet porte le nom d’« IA-Factory ». D’après l’annonce faite à ICI Périgord, le projet vise la création de 250 emplois directs à terme. Une école formerait aussi jusqu’à 200 spécialistes par an. SPB précise que le site ne stockera pas de données, mais sera destiné à vendre plutôt une « puissance sécurisée » à des industriels, des hôpitaux et des laboratoires. La première tranche, d’environ 25 mégawatts, doit démarrer fin 2027.

L’argument massue est financier. La maire de la commune, Francine Bourra, favorable au projet, l’a rappelé en réunion. En effet dépolluer une papeterie coûte « des centaines de millions d’euros ». Au-delà de ce point le site dispose aussi d’un atout majeur avec un raccordement au gaz et à l’électricité. Un atout réellement décisif, puisque RTE a reçu ces derniers mois des demandes de raccordement pour 18 gigawatts de data centers et la file d’attente compte désormais 80 projets.

Lascaux, Natura 2000 et 5 600 signatures : la fronde qui monte

Mais la zone est sensible : la très célèbre grotte de Lascaux est à dix minutes de route et les alentours sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO avec en prime une zone Natura 2000. Des milliers d’emplois dépendent d’ailleurs du tourisme. Sept habitants ont lancé en juillet le collectif Vigilance Condat, puis l’association Lacovenat a été crée.

Leur pétition a recueilli 5 600 signatures, alors que les deux communes comptent 2 500 habitants soulignant une inquiétude qui semble dépasser le cadre strictement local. Le 30 septembre, plus de 400 personnes ont rempli la salle des fêtes pour discuter du projet. Les questions ont d’abord porté sur l’eau de refroidissement. Ensuite sur l’identité des clients de la future puissance de calcul, que SPB n’a pas donnée même si Mathieu Introvigne, qui pilote le volet énergie, évoque des « pistes » pour la chaleur des serveurs.

Par exemple des serres de fraises, du séchage de bois ou de la pisciculture. « Le temps des études est encore en cours », a-t-il répété aux habitants. Enfin des questions ont également été soulevées sur le contrôle démocratique d’un équipement conçu bien loin d’eux. « Quel contrôle aurons-nous face à l’IA ? », résume le reportage de France 3 Périgord. Le député de la circonscription, Sébastien Peytavie, reste prudent. Aucune enquête publique n’a encore été ouverte.

La Dordogne n’est pas la seule à faire face à ce type de problématique. À l’autre bout du pays, le collectif marseillais Le nuage était sous nos pieds recense 32 oppositions locales à des centres de données en France métropolitaine. À Fouju (Seine-et-Marne), un projet de 1,4 gigawatt a par exemple réuni 71 625 signatures contre lui.

À Châteauroux, le data center de Google en a rassemblé 18 000. La Commission nationale du débat public y tient donc une réunion le 9 novembre. L’État, lui, accélère. La loi de simplification adoptée en 2026 permet de classer ces sites « projet d’intérêt national majeur » pour raccourcir les procédures. Et un décret de 2025 oblige déjà les gros centres à valoriser leur chaleur fatale.

L’équation énergétique : 25 mégawatts dans une file d’attente de 18 gigawatts

Les 25 mégawatts de la première tranche de Condat pèsent peu à l’échelle nationale. RTE comptait en mai 2026 près de 18 gigawatts de capacité réservée pour environ 80 projets de data centers. Pour comparaison : c’était 5 gigawatts et 40 projets fin 2024. La plupart des dossiers demandent 100 à 200 mégawatts, et une dizaine dépassent même les 400. Condat joue donc dans la catégorie du dessous, mais il part, on l’a dit, avec l’avantage d’avoir déjà un raccordement électrique, raccordement que d’autres projets attendent parfois pendant des mois ou des années.

Le gestionnaire du réseau a d’ailleurs justement changé les règles d’attribution cette année. D’ici fin 2026, le principe du « premier prêt, premier servi » remplace celui du premier arrivé. L’objectif est d’écarter les projets de papier. Car RTE a mesuré que les centres raccordés depuis deux ou trois ans n’utilisent en moyenne que 20 % de la puissance demandée. Les exploitants eux-mêmes prévoient dix à quinze ans pour atteindre 80 % de leur consommation cible. Une ancienne papeterie déjà branchée au gaz et à la haute tension coche alors la case « prêt » plus vite qu’un ancien champ de betteraves en Seine-et-Marne.

Le minage de bitcoin s’éteint, l’IA non

La France ne manque pourtant pas d’électricité. Son parc est décarboné à 95 % et le pays en a exporté 100 térawattheures en 2025 selon RTE. Le goulet se trouve plutôt dans les lignes et dans les postes. Les data centers consomment aujourd’hui environ 10 TWh par an, soit 2 % de la consommation nationale. RTE vise ensuite 23 à 28 TWh en 2035. À l’échelle mondiale, l’Agence internationale de l’énergie a chiffré les centres de données à 485 TWh en 2025. Elle table même sur 950 TWh en 2030. Le réseau Bitcoin, lui, tourne autour de 138 TWh par an d’après le Cambridge Centre for Alternative Finance. Avec 52,4 % d’énergie décarbonée dans son mix.

Mais la vraie différence tient à la souplesse qu’offrent les fermes de minage de Bitcoin. Une ferme s’éteint en quelques secondes quand le réseau sature. Elle se fait même payer pour cela. Riot Platforms a ainsi encaissé 56,7 millions de dollars de crédits d’effacement sur l’année 2025 auprès du gestionnaire texan ERCOT, d’après le rapport de CoinShares de mars 2026. Un entraînement de modèle d’IA, en revanche, ne s’interrompt pas sans perdre des jours de calcul.

Le Texas en a d’ailleurs tiré la conséquence avec sa loi SB 6. Elle impose aux grosses charges une capacité de déconnexion à distance. Rien d’équivalent n’existe en France pour l’instant. Et la génération Z a déjà choisi son coupable dans le match entre IA et minage.

Les polémiques sur le sujet ne sont pas nouvelles : les mineurs de bitcoin ont essuyé les mêmes reproches sur les consommations en eau et électricité ou sur les nuisances sonores avant que l’IA ne les dépasse en visibilité et en nombre de projets. En attendant, SPB maintient la fin 2027 comme cap pour sa première phase. Quant à la pétition de Vigilance Condat, elle affichait toujours 5 600 signatures début octobre.

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Gabriel Montaut

Geek, passionné de SEO, de crypto et d'IA. Responsable SEO pour Journal Du Coin et consultant SEO freelance, je suis investi dans la diffusion et la compréhension des innovations tech en général et m’attache particulièrement à rendre l’actualité accessible au plus grand nombre.

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