Robinhood Chain dépasse Ethereum et Base en frais : la petite chaîne qui joue dans la cour des grands
Petit poisson deviendra grand, pourvu que Dieu lui prête vie. Deux mois. C’est le temps qu’il a fallu à Robinhood Chain, lancée en grande pompe lors du « World is Flat » à Londres début juillet, pour doubler Ethereum sur son propre terrain : les frais. Sur les trente derniers jours, la blockchain du courtier américain a généré plus de revenus qu’Ethereum et que Base, deux réseaux qui comptent parmi les plus utilisés de l’écosystème. Vous allez voir : le tableau est spectaculaire sur le papier, beaucoup plus fragile une fois qu’on regarde qui paie vraiment la facture.
- Robinhood Chain a surpassé Ethereum en termes de revenus générés sur les frais en seulement deux mois.
- Le succès de Robinhood Chain repose principalement sur un lancement de tokens spéculatifs via le launchpad PONS, ce qui suscite des inquiétudes quant à sa durabilité.
Robinhood Chain écrase Ethereum sur 24 heures, chiffres à l’appui
Le constat a été relevé par Decrypt dans son point du 31 août 2026, données DefiLlama à l’appui. Robinhood Chain a généré 3,13 millions de dollars de revenus sur les trente derniers jours, contre 2,89 millions pour Base et 2,47 millions pour Ethereum. Sur 24 heures, l’écart se creuse : 495 477 dollars pour Robinhood Chain, 71 703 dollars pour Base, à peine 25 746 dollars pour Ethereum.
| Chaîne | Revenus 24h | Revenus 30 jours |
|---|---|---|
| Robinhood Chain | 495 477 $ | 3,13 M$ |
| Base | 71 703 $ | 2,89 M$ |
| Ethereum | 25 746 $ | 2,47 M$ |
Un facteur 19 entre le premier et le dernier de la liste. Ethereum, qui a longtemps trusté ce classement, se retrouve troisième sur son propre indicateur. Petit avertissement avant d’aller plus loin : ces chiffres bougent en continu, d’une minute à l’autre sur DefiLlama, et la plateforme distingue les « fees » (ce que les utilisateurs paient) des « revenue » (ce que la chaîne ou les protocoles en retiennent réellement). Le classement peut donc légèrement varier selon l’heure exacte de la consultation de cet article.
Reprenons donc notre analyse. Regardez qui paie et l’exploit s’explique tout seul. Sur les 12,08 millions de dollars de frais collectés en 24 heures au moment de la rédaction, Uniswap capte à lui seul 5,16 millions de dollars. Le launchpad Pons suit avec 4,9 millions, et l’agrégateur GMGN ferme la marche avec 1,32 million. Le réseau lui-même, via ses frais de transaction natifs, n’en touche qu’1,07 million. Trois applications concentrent l’essentiel de l’activité.
PONS, le carburant qui a fait décoller Robinhood Chain (et sa fragilité)
PONS est le launchpad qui permet de créer et d’échanger des tokens directement sur Robinhood Chain, une sorte de pump.fun version courtage américain. Samedi dernier, le protocole a signé un record : 690 000 dollars de revenus sur une seule journée. Sur trente jours, son volume d’échange cumulé frôle les 209 millions de dollars. Sans ce protocole, l’écart avec Ethereum et Base se referme largement.
C’est là que le bât blesse. Une chaîne dont le classement des frais dépend à ce point d’un seul launchpad de tokens spéculatifs n’a pas le même profil qu’un réseau où l’activité se répartit entre prêt, échange et dérivés. Base a déjà vécu ce scénario : une vague de memecoins qui gonfle les frais avant de refluer aussi vite qu’elle est montée. Rien ne garantit que Robinhood Chain y échappe.
Ethereum et Base distraits, ou tout simplement ailleurs ?
Voir Ethereum troisième sur son propre indicateur ne signifie pas que le réseau s’effondre. Depuis l’activation de la mise à jour Fusaka en décembre 2025, qui a doublé la capacité des blobs (les données que les layers 2 publient sur la couche de base), les frais payés directement sur Ethereum mainnet ont mécaniquement fondu. L’essentiel de l’activité s’est déplacé vers des réseaux comme Base, Arbitrum, ou désormais Robinhood Chain, qui tourne justement sur la technologie d’Arbitrum. Comparer les frais d’Ethereum L1 à ceux d’une L2 taillée pour le trading spéculatif, c’est un peu comparer le loyer d’un immeuble entier à celui d’un seul étage.
Robinhood, de son côté, ne joue pas uniquement la carte DeFi. La chaîne héberge les Stock Tokens, ces actions tokenisées disponibles dans plus de 120 pays, et un service de trading agentique qui permet de connecter une IA directement à son compte. Robinhood y a aussi glissé un produit de prêt assuré chez Lloyd’s of London, histoire de couvrir toutes les briques du courtage traditionnel d’un coup.
Le vrai signal n’est pas que Robinhood Chain a dépassé Ethereum sur un indicateur volatil. C’est que la course aux frais s’est déplacée vers les chaînes qui savent convertir une base de clients traditionnels en liquidité on-chain avant même qu’elle touche la DeFi ouverte. Base l’a démontré la première en s’appuyant sur les millions d’utilisateurs de Coinbase. Robinhood applique la même recette, avec des actions tokenisées en plus et un launchpad de memecoins en embuscade. Deux courtiers, deux chaînes, une seule stratégie : faire payer les frais par les clients qu’on avait déjà.