Crypto : Christine Lagarde et la BCE ont bloqué Binance aux portes de l’Europe
Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. La fable date de 1678. Elle n’a pas pris une ride. Selon le Wall Street Journal, la présidente de la Banque centrale européenne aurait soufflé au Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis de ne pas valider la licence MiCA de Binance. L’histoire ne raconte pas un refus réglementaire. Elle raconte un coup de fil qui aurait suffi à faire dérailler un dossier que personne, sur le papier, n’avait le pouvoir de bloquer depuis Francfort. Démêlons le vrai du rapporté.
Les points clés :
- Binance a retiré sa demande de licence MiCA en Grèce à la mi-juin 2026, avant toute décision formelle de la Commission hellénique des marchés de capitaux (HCMC).
- Ses services européens ont été restreints à partir du 1er juillet 2026, faute d’agrément passeportable dans les 27 États membres.
- Selon le Wall Street Journal (17-18 septembre 2026), Christine Lagarde aurait demandé à Kyriakos Mitsotakis de ne pas approuver le dossier.
- La HCMC dément que ces propos aient été tenus par ses responsables. La BCE, elle, n’a aucun rôle institutionnel dans l’octroi des agréments CASP sous MiCA.
Le récit du Wall Street Journal : un « major milestone » resté lettre morte
Fin mai 2026, Binance croit tenir sa victoire européenne. Un bail est prêt à Athènes. Richard Teng, le patron de la plateforme, planifie une visite auprès du Premier ministre grec.
Un communiqué vante déjà un « major milestone » pour l’expansion du groupe sur le continent. Et puis plus rien. Début juin, la HCMC informe l’ESMA de son intention d’approuver.
Quelques jours plus tard, une vice-présidente de l’autorité grecque change de discours : le dossier n’avance plus. Selon le Wall Street Journal, elle aurait expliqué que Christine Lagarde avait demandé à Mitsotakis de ne pas donner son feu vert. Deux motifs seraient en cause :
- le plaidoyer de culpabilité de Binance aux États-Unis en 2023,
- la crainte de voir la plateforme renforcer les stablecoins en dollars face au projet d’euro numérique.
La BCE n’avait pas le droit
Sous MiCA, l’agrément d’un prestataire de services sur cryptoactifs relève des régulateurs nationaux, pas de la Banque centrale. La BCE n’a formellement aucun droit de veto sur ce type de dossier.
Elle avait certes soutenu, en avril, une proposition visant à transférer ces décisions vers l’ESMA. Rien à voir avec un blocage direct d’un dossier grec. La HCMC, elle, dément que les propos prêtés à ses cadres aient été tenus. Deux versions s’opposent, et aucune n’est tranchée.
Après le retrait grec, Binance lorgne la France et l’ombre de l’euro numérique plane toujours
Binance n’a jamais essuyé de refus publié. L’entreprise a retiré son dossier avant que la HCMC ne tranche, un choix qui évite à tout le monde d’avoir à motiver quoi que ce soit par écrit. Elle regarderait désormais du côté de la France et de l’AMF. Sur le fond, l’enjeu dépasse la Grèce : c’est la place du dollar, via l’USDT et consorts, face à l’euro numérique que Francfort défend becs et ongles.
Binance France dispose déjà d’un enregistrement DASP depuis mai 2022, un statut transitoire qui lui permet de continuer à opérer localement pendant l’instruction. L’AMF se dirait ouverte au dialogue, mais aucun dossier MiCA formel n’a pour l’instant été déposé. Sur le marché européen, les bénéficiaires immédiats sont Coinbase et Kraken, tous deux déjà agréés MiCA, qui récupèrent une partie des utilisateurs restés sans plateforme domestique depuis le 1er juillet.
MiCA, Union Européenne et soupcçon d’ingérence
Le sujet dépasse le seul cas Binance. Sous MiCA, l’octroi d’un agrément relève exclusivement des régulateurs nationaux, jamais de la BCE. Une ingérence de ce type ne laisse pourtant aucune trace écrite, ni refus formel, ni recours, ni communiqué commun. Cela explique en grande partie la discrétion qui entoure l’affaire depuis le début.
Rien, à ce jour, ne confirme que Christine Lagarde a personnellement bloqué Binance. C’est une allégation, sourcée par un grand quotidien économique, appuyée sur des propos rapportés et déjà contestés. Elle ne vaut pas verdict. Elle vaut alerte : quand une autorité sans pouvoir formel semble peser plus lourd que la procédure, la confiance dans MiCA en prend un coup.