Ethereum : BitMine détient déjà 4,8% de l’offre d’ETH
Qui trop embrasse mal étreint. BitMine, la société de trésorerie Ethereum dirigée par Tom Lee, vient de franchir un nouveau palier symbolique : 5,79 millions d’ETH en réserve, soit 4,8% de l’offre totale en circulation. La barre des 5% n’est plus très loin. Mais le chiffre qui mérite vraiment l’attention n’est pas celui-là. Il se cache dans la répartition de ce trésor : 85% de ces ethers dorment désormais en jalonnement (staking), le mécanisme qui sécurise le réseau en échange d’un rendement. Et cette masse, à elle seule, redessine la carte du pouvoir sur Ethereum.
- BitMine a franchi un seuil symbolique avec 5,79 millions d’ETH en réserve, représentant une part significative du marché d’Ethereum.
- La stratégie d’accumulation et de staking de BitMine suscite des inquiétudes quant à la centralisation du pouvoir sur le réseau Ethereum.
Un rachat d’actions qui cache la vraie manœuvre
Hier, BitMine a ajouté 9 946 ETH la semaine dernière, portant ses avoirs totaux à 5 787 414 tokens, pour un trésor global de 11,8 milliards de dollars toutes classes d’actifs confondues. Dans le même mouvement, l’entreprise a racheté 6,1 millions de ses propres actions. Un signal classique de confiance envoyé aux marchés, presque anecdotique comparé à l’autre chiffre du communiqué : 4 917 189 ETH placés en staking, soit 85% du trésor.
Rappelons vite le mécanisme pour qui décrocherait : jalonner de l’ETH, c’est l’immobiliser pour faire tourner un validateur qui valide les blocs du réseau, en échange d’un rendement annuel. BitMine en tire aujourd’hui environ 254 millions de dollars par an de revenus de staking, selon les données communiquées par l’entreprise elle-même. De la rente pure, adossée à la sécurité du réseau qu’elle contribue elle-même à assurer.
12% du staking total : un chiffre que personne n’affiche sur ses slides
C’est là que le bât blesse. D’après les statistiques de staking compilées par Datawallet, environ 40,9 millions d’ETH sont actuellement jalonnés sur l’ensemble du réseau, soit 33,56% de l’offre totale. Rapportez les 4,92 millions d’ETH stakés par BitMine à ce total, et le résultat tombe sec : un peu plus de 12% de tout le staking Ethereum concentré entre les mains d’une seule société cotée en Bourse.
Pour donner une échelle de comparaison : Lido, le géant du staking liquide (liquid staking, où l’ETH jalonné reste représenté par un jeton négociable), en détient environ 22%. Binance plafonne à 9,15%. Coinbase, à peine 5,12%. BitMine, en quelques mois seulement, s’est donc hissé au-dessus de deux des plus gros exchanges centralisés du marché sur ce seul critère. Et sans que grand monde n’en parle vraiment.
La centralisation, ce vieux débat qu’Ethereum croyait avoir dépassé
Ethereum a passé des années à se méfier de la concentration du pouvoir de validation entre trop peu de mains. La preuve : une proposition d’autolimitation de Lido à 22% a même été soumise au vote de sa gouvernance en juin, rejetée à 99,8% mais révélatrice d’un vrai malaise. Sauf que le débat portait jusqu’ici presque exclusivement sur les protocoles de liquid staking. BitMine change la donne : voilà une trésorerie d’entreprise, motivée par un objectif d’accumulation à des fins boursières, qui devient en cours de route un acteur systémique de la sécurité du réseau. Personne ne l’avait vraiment vu venir sous cet angle.
Le raisonnement de Tom Lee reste, sur le papier, imparable : accumuler, jalonner, encaisser le rendement, racheter ses propres actions avec le surplus. Mais à l’échelle où BitMine opère désormais, ce choix individuel devient une variable collective pour tout le réseau. Si la trésorerie venait à connaître des difficultés, revendre en urgence une position de cette taille pourrait peser lourd sur les validateurs concernés. Un scénario qui, sans être imminent, mérite d’être suivi avec la même rigueur que le débat sur la centralisation du staking qui agite déjà l’écosystème depuis des mois.