Anonymat crypto : pour le renseignement chinois, c’est une « illusion »
Les paroles s’envolent, les écrits restent. Un avertissement signé du ministère de la Sécurité d’État, ce lundi 28 septembre. Le principal service de renseignement et de contre-espionnage chinois affirme que l’anonymat des cryptomonnaies relève de l’illusion Selon lui, chaque transaction finit tôt ou tard par ramener à un nom.
Vous pensiez qu’un wallet sans nom suffisait pour disparaître ? Pékin rappelle pourtant que le registre n’oublie rien. Or, dans ce pays, détenir du Bitcoin reste toléré mais l’utiliser, interdit. Et la cible dépasse largement les petits escrocs.
- Le ministère de la Sécurité d’État chinois a affirmé que l’anonymat des cryptomonnaies est une illusion, chaque transaction pouvant être retracée jusqu’à un individu.
- Les passages entre monnaies fiat et cryptos laissent des traces, rendant possible l’identification de l’utilisateur par les plateformes d’échange.
Anonymat crypto : le registre public qui n’oublie rien
Le raisonnement tient en quelques lignes. D’après le texte du ministère repris par le portail d’État Guangming, une blockchain fonctionne comme un grand livre de comptes public. En effet, chaque transaction s’y inscrit pour toujours, sans possibilité de l’effacer ni de la modifier. Certes, l’adresse d’un portefeuille ne porte pas de nom.
Mais elle porte un masque. Les enquêteurs remontent donc la chaîne en croisant les adresses de portefeuille avec les identifiants d’appareils et les adresses IP. Ces numéros signalent votre connexion sur le réseau. Toutefois, selon Pékin, le vrai talon d’Achille se situe ailleurs. Les passages entre fiat et crypto laissent forcément une trace auprès des plateformes d’échange et des prestataires de paiement. Or ces acteurs connaissent l’identité de leurs clients.
Le ministère invite d’ailleurs la population à signaler toute activité suspecte au 12339. Il s’agit de sa ligne de dénonciation consacrée à la sécurité nationale.
Traçabilité des cryptos : l’affaire Bitfinex donne raison à Pékin
Sur le fond, difficile de contester l’argument. En 2016, un pirate vide la plateforme Bitfinex de près de 120 000 BTC. Puis, en février 2022, le département de la Justice américain récupère environ 94 000 de ces bitcoins. Le magot vaut alors 3,6 milliards de dollars. Les autorités font aussi arrêter un couple new-yorkais qui tentait de blanchir le butin depuis des années.
Patience et tableurs. Des sociétés d’analyse on-chain comme Chainalysis ont ainsi bâti tout leur modèle économique sur ce constat. En effet, dès qu’une seule adresse se rattache à une identité réelle, via un exchange ou un commerçant, tout l’historique devient lisible.
Reste le contre-pied honnête. Des outils de confidentialité existent bel et bien, du protocole Monero aux services de mélange de transactions. Leurs promoteurs jouent pourtant gros. Ainsi, les fondateurs du portefeuille Samourai Wallet ont écopé de peines de prison ferme aux États-Unis fin 2025.
Espions, rançons et blanchiment : pourquoi le renseignement chinois parle crypto
Le ministère énumère trois menaces. D’abord, les gains de fraudes téléphoniques et de jeux d’argent en ligne, blanchis hors des radars bancaires. Ensuite, les rançons qu’exigent les auteurs de cyberattaques. Enfin et surtout, le financement d’espions. Selon lui, des services étrangers utilisent les cryptomonnaies pour payer des agents recrutés en Chine. Il met aussi en garde contre les offres d’emploi rémunérées en crypto qui réclament l’accès à des informations sensibles.
Côté réglementation, Pékin a déjà tout verrouillé. Le 6 février 2026, huit autorités chinoises ont en effet publié une nouvelle notice qui remplace la circulaire de 2021. Parmi elles figurent la Banque populaire de Chine et le ministère de la Sécurité publique. Le texte maintient l’interdiction de toute activité crypto sur le territoire. Il prohibe aussi les stablecoins adossés au yuan sans autorisation expresse. De plus, il confie la tokenisation d’actifs réels (RWA) à la tutelle des régulateurs financiers.
L’ironie n’échappera à personne. Car le pays qui dénonce la fausse discrétion des cryptos pousse en parallèle son yuan numérique. Or cette monnaie de banque centrale intègre la visibilité de l’État dès sa conception.
En Europe, la même logique avance par la loi plutôt que par les avertissements. Depuis le 1er janvier 2026, la directive DAC8 oblige les plateformes crypto à transmettre au fisc les données de leurs clients. De plus, même un géant des distributeurs de Bitcoin impose désormais une pièce d’identité.