Inflation aux États-Unis : les prix à la production explosent de 6,3 %, la Fed n’a plus d’excuse
Deuxième gifle en 24 heures. Après l’inflation à la consommation mercredi, c’est au tour des prix à la production de déraper. L’indice PPI publié ce jeudi par le Bureau of Labor Statistics bondit de 1,3 % en septembre et de 6,3 % sur un an, deux records depuis 2022.
Les économistes attendaient 0,5 % et 5,3 %. Le marché, lui, n’attend plus grand-chose de la Fed : la hausse des taux du 28 octobre, encore jugée improbable il y a une semaine, devient le scénario central.
Points clés
- Les prix à la production ont grimpé de 1,3 % sur un mois, leur plus forte hausse depuis mars 2022.
- Sur un an, l’indice atteint 6,3 %, un sommet depuis décembre 2022.
- Hors alimentation, énergie et marges commerciales, le PPI sous-jacent monte de 0,5 % et de 5 % sur un an.
- Les biens ont renchéri de 2,6 % en un mois, un record depuis la création de l’indice en 2009.
Prix à la production : 2,6 % en un mois sur les biens, du jamais vu
Le PPI mesure ce que les entreprises encaissent pour leurs produits, avant que le consommateur ne passe à la caisse. Il annonce souvent le CPI de deux ou trois mois plus tard. Et celui de septembre ne promet rien de bon. Selon le BLS, les biens de demande finale ont renchéri de 2,6 % en un seul mois, la plus forte hausse depuis que la série existe, en décembre 2009. L’énergie explique plus de 80 % du mouvement, avec un bond de 10,8 %. L’essence en gros a pris 20,3 %.
En amont, c’est pire. Le pétrole brut a grimpé de 28,3 % sur le mois et l’énergie non transformée de 22,2 %. Les services suivent, à +0,8 %, tirés par le transport et l’entreposage (+3,4 %). Seule consolation pour le petit-déjeuner américain, le prix des œufs a fondu de 39,7 %.
Ce qui inquiète, c’est que le cœur de l’indice bouge aussi. Hors alimentation, énergie et marges de distribution, le PPI progresse de 0,5 % sur le mois et de 5 % sur un an. Autrement dit, le choc pétrolier commence à se diffuser dans le reste des prix, exactement ce que Jeff Schmid, de la Fed de Kansas City, redoutait en répétant que l’inflation « n’est pas seulement un problème d’énergie ».
La Fed du 28 octobre n’a plus d’excuse
Mercredi déjà, le CPI à 3,7 % avait fait passer la probabilité d’une hausse de taux le 28 octobre d’environ 22 % à 37 % sur le FedWatch du CME, avec une pointe au-dessus de 50 % en séance. Le PPI enfonce le clou. Kevin Warsh a relevé les taux de 3,75 % à 4 % en septembre, et seize des dix-huit membres du comité prévoyaient une hausse supplémentaire avant la fin de l’année. Le calendrier vient de se raccourcir.

Le dollar a effacé ses pertes de la matinée après la publication, à 102,2 sur l’indice DXY. Le bitcoin, lui, n’a pas réagi. Il s’échange autour de 80 800 dollars, en repli de 2,6 % sur 24 heures, après un plus bas à 80 444 dollars dans la nuit. La zone des 80 000 dollars, qui correspond à sa moyenne mobile sur 50 jours, est désormais la seule chose qui le sépare d’un retour vers les niveaux de septembre.
Le prochain PPI, celui d’octobre, ne sera publié que le 13 novembre, bien après la décision de la Fed. D’ici là, le PCE du 27 octobre sera le dernier mot de la statistique avant celui de Kevin Warsh, le lendemain.