L’Iran sous 5 nouvelles sanctions américaines, la crypto dans le viseur de Washington
Une traque à rebours, jusqu’au dernier wallet. Quelques heures après avoir promis un « D-Day économique » contre Téhéran, le Trésor américain a mis les mots en actes le lundi 24 août. Washington a lancé Operation Economic Outcast, une offensive tous azimuts contre les circuits financiers de l’Iran, avec près de 60 entités, individus et navires visés d’un coup. La crypto n’est plus une cible périphérique de cette guerre économique. Elle devient, pour la première fois sous cette forme, un secteur entier désigné comme sanctionnable.
- Washington a lancé l’Operation Economic Outcast, ciblant la crypto comme secteur sanctionnable contre l’Iran, avec 30 adresses crypto dans le viseur.
- Le Mabna Institute, un groupe de piratage iranien, a été lié à des transactions de plusieurs millions de dollars en crypto, révélant un réseau complexe de blanchiment de fonds.
La crypto rejoint le club très fermé des secteurs sanctionnables contre l’Iran
L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) a émis cinq déterminations sectorielles au titre du décret présidentiel 13902, couvrant :
- les crypto-actifs,
- la technologie,
- l’or,
- l’aviation,
- le transport maritime.
Jusqu’ici, l’administration désignait des exchanges ou des individus un par un. Dorénavant, n’importe quelle plateforme dans le monde qui traite une transaction pour un acteur iranien du secteur numérique s’expose désormais à des sanctions secondaires, même sans être elle-même nommée sur une liste.
Cinq des personnes visées appartiennent au Mabna Institute, un groupe de piratage iranien actif depuis 2013 pour le compte du Corps des gardiens de la révolution islamique. Le ministère de la Justice avait déjà inculpé 17 membres de ce réseau le 18 août, accusés d’avoir compromis 144 universités américaines et 178 étrangères, et dérobé plus de 31 téraoctets de données.
Mabna Institute, quand les wallets ont fini par parler
Le silence des adresses crypto n’a pas duré. TRM Labs a analysé les 30 adresses Bitcoin, Ethereum et TRON désignées par l’OFAC, appartenant à quatre des dix-sept membres inculpés. Résultat : environ 16,8 millions de dollars reçus depuis janvier 2018. Un seul homme concentre l’essentiel du flux. Keyvan Fayaz, alias Achilles, The Joker ou bc.monster, contrôle dix adresses ayant reçu 15,5 millions de dollars, soit 92 % du volume total du réseau, une sorte de trésorier de fait pour les opérations de piratage à la demande du groupe.
Behzad Mesri, également poursuivi pour le piratage de HBO en 2017, présente un profil différent. Ses transactions s’empilent en couches avant de converger vers une adresse de dépôt sur une grande plateforme centralisée, une manœuvre classique pour brouiller l’origine des fonds. Il ne reste, sur l’ensemble des 30 adresses, que 202 662 dollars de solde résiduel. Le reste a déjà quitté la chaîne depuis longtemps.
Après Nobitex, la crypto reste l’angle mort favori de Téhéran
Ce n’est pas la première fois que les wallets iraniens finissent sur une liste noire. En effet, en juin, Washington avait déjà frappé Nobitex, leader du marché crypto iranien, accusé d’avoir traité plus de la moitié des flux numériques entrants du pays. Shelbit, Zedcex, CoinEx : la liste des plateformes déjà pointées du doigt par le Trésor s’allonge à chaque nouvelle vague, sans jamais tarir vraiment le canal.
La bascule change surtout la mécanique de contrôle. Une sanction sectorielle ne vise plus une poignée de noms : n’importe quel exchange qui traite, même sans le savoir, une transaction liée à un acteur iranien du numérique risque désormais de perdre son accès au système financier américain. TRM Labs recommande déjà aux équipes de conformité de passer au crible leurs historiques de transactions à la recherche d’une exposition aux 30 adresses désignées le 24 août.