Chine : un réseau mondial de coffres à or pour imposer le yuan face au dollar
L’or, carte de visite diplomatique du yuan. La Chine construit un réseau mondial de coffres à or destiné à rendre sa monnaie plus facilement échangeable dans le commerce international, selon un rapport publié mardi par S&P Global Ratings. Pékin accélère en parallèle ses achats de réserves via sa banque centrale. Nous racontions déjà comment les BRICS multipliaient les paiements en yuan pour réduire leur dépendance au dollar, cette fois, c’est l’or qui sert de levier à cette bascule.
- La Chine a construit un réseau mondial de coffres à or pour faciliter la convertibilité du yuan en or, renforçant ainsi son utilisation dans le commerce international.
- Hong Kong est devenu le premier maillon de ce réseau avec son coffre de livraison d’or offshore, et d’autres villes comme Singapour et Dubaï sont envisagées pour étendre ce dispositif.
- Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique plus large de dédollarisation, avec une augmentation continue des réserves d’or de la Chine et une intégration croissante dans le réseau de paiements CIPS.
Le mécanisme : rendre le yuan convertible en or
« Si vous tradez en renminbi, la question se pose toujours de savoir comment vous allez l’utiliser », résume Charles Chang, responsable Chine des notations d’entreprises chez S&P Global. « Mais si ce renminbi est convertible en or, le tableau change du tout au tout. L’or se négocie partout, il est utilisable dans de nombreux endroits. »
La convertibilité en or offre ainsi une utilité concrète à une monnaie qui reste, sur le papier, largement sous-utilisée dans les échanges mondiaux malgré la poussée des BRICS. Pékin a d’ailleurs reclassé l’or, en 2025, d’actif financier vers « minerai stratégique », un changement de statut qui facilite ce type de montage.
Hong Kong, premier maillon d’un réseau mondial
Le dispositif technique s’appuie sur une infrastructure déjà en place plutôt que sur un projet purement théorique.
En effet, le premier coffre de livraison d’or offshore de Chine a ouvert l’an dernier à Hong Kong, dans le cadre d’un accord avec la Bourse de l’or de Shanghai (Shanghai Gold Exchange), Bank of China (Hong Kong) agissant comme opérateur désigné.
Deux nouveaux contrats sur l’or libellés en yuan ont été listés dans la foulée, réglables au choix par livraison physique ou par virement, une flexibilité pensée pour attirer aussi bien les industriels que les gérants de réserves.
D’autres places fortes de l’or, Singapour, Kuala Lumpur, Dubaï, Riyad et Moscou, sont à l’étude pour agrandir ce réseau. « Le réseau offre une connectivité vers le plus grand marché physique de l’or au monde », précise Chang, qui y voit aussi un argument pour les pays cherchant à diversifier ou rapatrier leur stockage d’or afin d’en garder le contrôle.
Une stratégie qui dépasse le seul or
Le lingot n’est qu’une pièce d’un puzzle plus large que S&P Global décrit comme progressant sur plusieurs fronts à la fois.
Les mineurs d’or chinois, à commencer par Zijin Mining (premier transformateur d’or du pays) et Shandong Gold Mining, devraient croître plus vite que la plupart de leurs homologues mondiaux dans le sillage de ce reclassement réglementaire. Fin juillet, les réserves d’or de la Chine atteignaient 76,08 millions d’onces, un 21e mois d’accumulation consécutif. Le réseau de paiements CIPS, lui, reliait en juin plus de 5 200 banques dans 191 pays, avec environ 920,5 milliards de yuans échangés en moyenne chaque jour en mars, selon la même étude relayée par Global Times.
De quoi nourrir, comme l’écrivait récemment le Journal du Coin, le même narratif de dédollarisation qui pousse aussi certains gérants institutionnels vers l’or et le Bitcoin, deux actifs sans banque centrale occidentale derrière eux. Pékin, de son côté, a déjà 21 mois d’achats consécutifs à son actif pour appuyer la démonstration.