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26 milliards de dollars, 70 % en tokens natifs : la bombe à retardement des DAO

Une trésorerie qui se mord la queue. Imaginez une entreprise qui détiendrait 70 % de sa trésorerie en ses propres actions. Chaque chute du cours grignoterait sa capacité à payer ses salariés, et chaque tentative de vendre pour couvrir les factures ferait encore plonger le cours. C’est exactement ainsi que fonctionnent la plupart des DAO, ces organisations autonomes décentralisées dont la trésorerie est gérée collectivement par les détenteurs de jetons. Explications.

Les points clés de cet article :
  • La majorité des trésoreries des DAO ont été logées dans leur propre token, créant une boucle financière inquiétante.
  • Le rapport de GSR a révélé que cette situation a exposé les DAO à des risques financiers majeurs, illustrant une vulnérabilité structurelle.

GSR chiffre le problème à 26 milliards de dollars

Le cabinet londonien GSR Markets, spécialiste du market making sur actifs numériques, a publié le 7 août un rapport sans détour.

Plus de 70 % des actifs détenus dans les trésoreries de DAO sont composés du jeton natif du protocole lui-même, le reste se répartissant entre stablecoins, ETH, Bitcoin et autres réserves.

L’ensemble de ces trésoreries dépasse désormais 26 milliards de dollars au premier trimestre 2026. Le chiffre paraît confortable, jusqu’à ce qu’on donc réalise que l’essentiel repose sur des jetons capables de perdre 30 à 50 % de leur valeur en quelques semaines à peine.

En effet, quand le cours plonge, trois choses se produisent en même temps :

  • la valeur de la trésorerie fond,
  • les revenus du protocole (souvent libellés dans ce même jeton) reculent,
  • la DAO doit vendre davantage de jetons pour couvrir des dépenses courantes comme les salaires ou les audits de sécurité.

Cette vente supplémentaire pèse à son tour sur le cours, ce qui referme la boucle.

Les DAO prises dans le piège de la gouvernance ?

Comprenons bien la situation. Vendre son propre jeton en pleine période faste reste presque tabou dans une communauté de détenteurs.

En effet, comme l’explique le rapport une proposition de conversion vers des stablecoins ou des actifs plus stables comme l’ETH se heurte régulièrement à une résistance de gouvernance, même quand la logique financière ne fait aucun doute.

Par ailleurs, le problème est aussi structurel, car une bonne partie des contributeurs actifs d’une DAO détiennent eux-mêmes des jetons natifs en quantité, ce qui les incite personnellement à éviter toute décision susceptible de peser sur le cours à court terme.

Résultat, tout le monde s’accorde en théorie sur l’intérêt de diversifier, mais, dans la pratique, personne ne veut porter la proposition. Ne soyons pas ultra négatifs pour autant. Le chiffre s’améliore malgré tout lentement, la concentration moyenne atteignait encore 82 % en 2023 selon GSR, contre 70 % aujourd’hui.

Séparer réserve opérationnelle et pari long terme

Face à ce constat, GSR recommande :

  • une architecture simple,
  • une réserve opérationnelle couvrant douze à vingt-quatre mois de fonctionnement, à loger en actifs stables,
  • des avoirs long terme qui peuvent rester en jetons natifs à condition d’être couverts par des stratégies de hedging (couverture de risque).

Le cabinet suggère notamment des structures d’options appelées collars, qui consistent à acheter une protection contre la baisse tout en vendant une partie du potentiel de hausse pour en financer le coût.

Notons que malgré l’autorité de GSR, le pionnier du market making a un biais face à cette statistique puisqu’il vend justement ce type de service. Cela n’invalide pas pour autant le diagnostic : la vulnérabilité est documentée depuis plusieurs cycles baissiers, et l’industrie progresse, mais trop lentement pour éviter que la prochaine correction ne rejoue le même scénario.

La résistance politique au sein des DAO

Changeons un peu d’angle justement. Du côté des DAO, diversifier une trésorerie n’est pas seulement une question technique, c’est aussi une question politique. Proposer de vendre une partie du token natif pour acheter des stablecoins ou de l’ETH est souvent perçu par la communauté comme un manque de confiance dans le projet.

Les contributeurs et les gros détenteurs, qui sont fréquemment les plus actifs dans la gouvernance, ont eux-mêmes une exposition importante au token. Résultat : tout le monde s’accorde sur le principe de la diversification… tant que personne n’a à voter pour la réaliser. Cette inertie collective explique pourquoi, malgré plusieurs cycles baissiers, la proportion de tokens natifs dans les trésoreries reste aussi élevée.

Uniswap, ou comment 100 % de UNI peut faire fondre une trésorerie

Uniswap offre l’illustration la plus claire du problème. Pendant des années, sa trésorerie a été composée à près de 100 % de tokens UNI. Résultat : sa valeur en dollars a suivi exactement le cours du token. En 2021, elle a frôlé les 19 milliards de dollars. Quelques mois plus tard, dans le bear market de 2022, elle s’est effondrée entre 1,5 et 2 milliards de dollars et y est restée bloquée pendant près d’un an et demi.

Plusieurs tentatives de diversification ont vu le jour. Le plus spectaculaire reste la proposition UNIfication de décembre 2025 : la DAO a voté le burn de 100 millions de UNI directement sortis de la trésorerie (soit près de 600 millions de dollars à l’époque). Le vote a été massif : 125,3 millions de UNI pour contre seulement 742 contre, soit plus de 99,9 % d’approbation. C’est l’une des rares fois où la communauté a accepté de réduire significativement l’exposition au token natif.

En clair, même le plus grand protocole DeFi de la planète a mis des années à commencer à sortir de la boucle de rétroaction décrite par GSR. Et il n’est toujours pas sorti complètement.

Ce problème dépasse la seule sphère des DAO. Les entreprises cotées qui accumulent des milliards de dollars en bitcoins affrontent des difficultés comparables dès que le marché se retourne, preuve que la leçon vaut bien au-delà de la finance décentralisée.

Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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