Stablecoins : Circle avale Tazapay pour 400 millions $, la course aux rails de paiement s’accélère
Qui paie ses dettes s’enrichit. Circle a annoncé lundi le rachat de Tazapay, une plateforme singapourienne de paiements transfrontaliers, pour environ 400 millions de dollars en actions. C’est la plus grosse acquisition de l’émetteur de l’USDC depuis celle de l’exchange Poloniex en 2018. L’opération s’inscrit dans une semaine chargée pour les stablecoins, tant les grands noms des paiements accélèrent la construction de leurs propres autoroutes on-chain plutôt que de louer celles des autres.
- Circle a réalisé une acquisition historique en rachetant Tazapay pour 400 millions de dollars, marquant un tournant stratégique majeur.
- Cette opération s’inscrit dans une tendance de consolidation rapide des infrastructures stablecoin, avec Mastercard également impliqué dans une acquisition récente.
Tazapay, le dernier maillon que Circle voulait s’éviter de construire
Tazapay traite plus de 25 milliards de dollars de volume annuel dans une centaine de marchés, et 60 % de ce volume passe déjà par des stablecoins, selon les informations rapportées par CoinDesk. La société aidait déjà Circle à concevoir son réseau de paiement (Circle Payments Network) depuis 2025. Autant dire que le rachat ressemble moins à un pari qu’à la formalisation d’un partenariat déjà bien engagé.
L’enjeu tient en une phrase : plutôt que de négocier pays par pays avec des banques locales, Circle récupère d’un coup l’infrastructure de dernier kilomètre. Direction 2027 pour la clôture officielle, le temps de passer sous les fourches caudines de l’autorité monétaire de Singapour.
Mastercard avait ouvert le bal avec BVNK
Cinq jours plus tôt à peine, Mastercard finalisait de son côté le rachat de BVNK, plateforme britannique d’infrastructure stablecoin, pour un montant total pouvant grimper à 1,8 milliard de dollars. BVNK fait tourner environ 30 milliards de dollars par an pour des clients comme Worldpay ou Deel, dans plus de 130 pays. Deux mastodontes des paiements, deux rachats en quelques jours à peine.
Le calcul est le même des deux côtés. Un réseau de cartes ou un émetteur de stablecoin qui ne possède pas ses propres rails de conversion entre monnaies fiduciaires et actifs numériques (les stablecoins) reste dépendant de prestataires tiers, avec la marge et la lenteur que ça implique. Racheter plutôt que louer, voilà la logique qui anime Visa, Mastercard et Circle depuis le début de l’année.

Le rachat qui vaut plus cher que la ligne du bilan
Le prix, sur le papier, reste modeste. 400 millions de dollars, c’est une paille à l’échelle de Circle, valorisée en dizaines de milliards depuis son entrée en bourse. Mais la vraie valeur ne se lit pas dans le chiffre. Elle se niche dans les 100 marchés déjà couverts par Tazapay, un réseau que Circle aurait mis des années à bâtir seul.
Reste que ce genre d’opération tout-en-actions comporte son lot d’inconnues. La clôture n’interviendra qu’en 2027, et l’accord régulateur de Singapour n’est jamais acquis d’avance.
Les banques européennes regardent la scène d’un autre œil
Cette course américaine aux rachats tranche avec l’approche choisie en Europe, où 37 banques se sont unies derrière un stablecoin euro conforme MiCA plutôt que de se livrer bataille à coups de chéquier. D’un côté, la consolidation à l’américaine, quelques géants qui rachètent l’infrastructure. De l’autre, un consortium bancaire qui préfère mutualiser les coûts. Deux paris différents sur la même question : qui contrôlera les tuyaux qui feront circuler l’argent numérique de demain.